‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 52 sur 62 · CHINCHILLA · texte numérisé non relu

CHINCHILLA

quantc minutes d'arrêt, de minuit à une heure, à Lincina (car, naturellement, les trains ne concordent pas et il n'y a pas à choisir, il n'y en a qu'un par jour pour desservir celte partie de l'Espagnei, mais à IJncina il y a un buffet et nous avons eu le temps de souper de trois... cafés au lait successivement ingurgités, car il faudrait un appétit de frère mendiant pour avaler leur tortilla omelette à i'huile rance) et leur viande frite également de même huile, et leur affreuse oll.i pciruia.

C'est une cuisine de sorcières!

J'en suis encore à me demander de quoi peuvent bien se nourrir les Français, obligés de résider en Espagne. J'avoue que ce régime est au-dessus des forces, au-dessus même des complaisances de mon estomac : l'omelette aux anchois et aux amandes pilées, le perdreau farci de sardines, le lapin aux confitures et la tarte à la citrouille demeurent pour moi des objets d'épouvante et je commence à comprendre (j'avoue, à ma honte, avoir traversé

l'Espagne en me nourrissant, dix jours durant, de mandarines, de fruits confits et de nougatsi je commence à comprendre l'immense utilité des pâtissiers et des corifiterias.

Je me souviens pourtant d'avoir parfaitement déjeuné dans une posada d'ouvriers, certain matin, à Barcelone, de bouillabaisse et de menus poissons frits et confits dans l'huile, une friteria, comme ils disent là-bas, la/r/leri.i dont raffole tout le bas peuple espagnol... Oh! cette posada du port de Barcelone! Autour de nous des matelots, des paysans, des portefaix du port, rasés comme des galériens, buvaient, la tête renversée, le vin doux à la régalade et des gitanes, noires comme des olives, nous enveloppaient de haineuses œillades.

C'était, ma foi, piquant et savoureux, mais ce que je fus malade le lendemain! La traversée de Marseille à Tunis n'est rien auprès d'agapes pareilles. Décidément je suis bien de

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