‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 53 sur 62 · MENUS PROPOS · texte numérisé non relu

MENUS PROPOS

« — Mais en fin de quoi se nourrit l'aristocratie, la haute société de Valence, par exemple, celle dont nous avons tant admiré les équipages attelés et les bêtes de sang à la Turia? » C'est encore mui ou plutôt ce sont encore les rancunes de mon estomac qui reviennent à la charge, je n'ai pas digéré les cafés au lait de Lincina.

« — De quoir... mais de pois chiches et de friterijs, comme le bas populaire... Ah! vous

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ne connaissez pas l'Espagnol, c'est un être tout en façade, comme le décor de ses maisons. « Pauvre comme Aragon et fier comme Bragance! Théâtral et misérable, hors le Catalan qui est le richard du pays et TAndalou demeuré presqu'Arabe, l'Espagnol n'a qu'une préoccupation, paraître et paraître encore avant tout : morgue et vanité, tout est là. Vous avez visité la calle ie /.ï Mare, à Valence, la rue des beaux hôtels particuliers à balcons de fer ouvragé, à patios intérieurs ombragés de palmiers, et tout dallés de marbre; vous en avez admiré les miradores incrustés de faïence et les superbes escaliers se déployant eh doubles rampes au-dessus d'une loge de concierge dorée, sculptée et tarabiscotée en plein chêne comme un confessionnal du siècle de Louis XV... rien ne saurait avoir plus grand air que ces demeures familiales de' l'aristocratie valencienne !... Quelle désillusion si vous y pénétriez... I,es vastes pièces y sont h peine meublées: des murailles sommairement

peintes en trompe-l'œil à la détrempe ; pas un objet d'art, hors quelque portrait d'aïeul refusé par le brocanteur; aucun confort, des guéridons d'acajou, des rideaux de percale et des chaises de paille, voilà pour les intérieurs... Et c'est dans ces chambres d'hôtel de quatrième ordre que demeurent, toute l'année, les élégantes à veste de fourrures et les élégants à cravate ponceau dont vous avez hier apprécié et goûté les voitures et les chevaux à la Turia. L'attelage à montrer, l'alezan à faire caracoler à la promenade, voilà le grand, le seul luxe des quarante à cinquante familles titrées de l'aristocratie valencienne... A la tombée de la nuit, vite, à l'hôtel, Peppe ou Juanito, on rentre précipitamment dans la belle demeure moisie de la rue de la Mare ; et Peppe, sa livrée prestement ôtée, descend à la cuisine confectionner la soupe aux pois chiches ou le petit pâté aux anchois dont dîneront et le noble senor et la très haute senora, el senor entortillé dans sa capa, la senoia en camisole,

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