MENUS PROPOS J
tous deux en icte à tcte dans la grande salle à manger démeublée, où fume un pauvre brasero bourré de noyaux de cerise et de menu charbon de bois! !!
« Et le même soir, à dix heures, el senor en habit criblé de camélias, la senora, tous les diamants de la famille à monture d'argent aux bras et aux épaules, se montreront, chipotant des sorbets au citron, en première grande loge, au Principale ou à l'Opéra!
(( Et voilà, monsieur, la vie tout en décor, minable et luxueuse, de la haute société espagnole. »
Ainsi parle mon interlocuteur; j'avoue que je jubile; ces révélations sont un thé digestif sur mes persistants souvenirs d'estomac.
« Et celle de Madrid, continue mon voisin mis en goût par mes mines approbatives, où les plus grands noms de la cour vivent de jeu et donnent à jouer dans leurs salons, comme en de vulgaires tripots, avec l'assentiment de la police et du roi... On est très hospitalier à
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Madrid, mais malheur à l'étranger qui se laisse conduire chez la duchesse de X... ou le marquis de B..., il y est tout simplement chambré comme dans un cercle... » Un cercle littéraire, entendons-nous et, apportant l'exemple à l'appui, mon hispano-français me cite tout à trac le nom d'une authentique duchesse ayant son hôtel à Madrid comme à Paris, ruinée d'ailleurs au su et au vu de toute l'Europe, et dont la noble déche ne se soutient sur un pied de cent mille francs de revenus par an que par le jeu, les cartes et les commissions prises sur les mariages!!! et le nom m'est encore cité d'un chevalier d'industrie, un peu brûlé dans les villes d'eau, qui reçut soixante mille francs net pour avoir amené un jeune étranger à sacoche garnie dans le cycle infernal de ce tripot princier.-
D'ailleurs, nous autres français, n'avonsnous pas de très honnêtes gens qui à Paris, à Marseille et ailleurs ne vivent que du cercle ou des courses, les courses où les chevau.v ne
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sont pas moins cornés et biseautés sur le tapis vert des pelouses que le neuf de carreau sjr le tapis vert des tables de bac.
Il est vrai que l'Espagnol a pour lui les courses de taureaux... Les courses de taureaux, c'est à leur f poque, sous le torride et brûlant soleil de juillet, en pleine feria de ^iro5, qu'il faut visiter l'Espagne. Qui l'a traversée l'hiver n'a rien vu, ne connaît rien, ignore le premier mot de tout.
Ce peuple que vous trouvez avec raison triste, silencieux et morose entre alors comme en folie. Ce sont des cris, une agitation, une fièvre, une orgie de couleurs, de rubans et de gaité, et quel assaut de luxe et d'élégances dans les équipages qui conduisent les senores et les senoras à là Plaza, les jours de fcria où doit paraître quelque toréadorapplaudi, comme un Valentin .Martin ou un Juan Guérita.
Pendant quinze jours que dure cette feria, à Valence, c'est le marquis Hibanès, un des plus grands seigneurs des Espagnes, qui a
l'honneur et la faveur très grande de recevoir chez lui, sur le pied de l'intimité, le fameux Guérita. Les plus beaux dîners se donnent alors, pour célébrer cet ancien chulo, dans tous les hôtels de la calle de la Mare, et la popularité de ce Guérita est d'ailleurs si répandue qu'il ne voyage ni ne se déplace d'une ville dans une autre sans être accompagné du marquis de X. X..., autre grand seigneur dé raristocratiemadrilène,quisuitGuérita comme son ombre, descend avec lui chez le marquis Hibanès et couche même dans sa chambre. Rien ne peut séparer ces deux derniers modèles de l'amitié antique, et c'est un fait connu dans toutes les provinces qu'il faut inviter et recevoir chez soi le marquis X. X..., si l'on tient à avoir le spada Guérita !
Étrange confidence! Nous approchons de l'Orient, en effet ne pus-je m'empêcher de dire.
Et, en effet, par la portière à vasistas ouvert du train qui nous emporte, c'est un paysage