‹ Un Démoniaque. Espagnes. Histoires du bord de l'eauChapitre 6 sur 62 · LA MAIN D OMBRE 7 I · texte numérisé non relu

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de son enfance , une impression plutôt de petite fille que de jeune fille, toute frissonnante de terreur et d'au delà.

Sur ce terrain la conversation glissait vite à l'occultisme, au spiritisme, à la magie, à toutes les sciences de l'inconnu et du mystère qui passionnent cette fin de siècle énervée et lasse : l'un d'entre nous prononçait le mot de tables tournantes et, brusquement dressée de son siège, la marquise sonnait la livrée, demandait un guéridon. Une animation singulière colorait sa pâleur, et soudain intéressée, amusée, tout le côté chimérique de sa nature enfantine remué à l'idée d'évocations et d'incursions dans le merveilleu.x, elle arpentait maintenant, avec des gestes brusques, toute son indolence devenue fébrile, ce grand salon lumineusement rose où des esprits et des morts peut-être allaient se manifester. .Maia voilà ; la marquise était trop esthétiquement meublée, on ne trouva pas le guéridon nécessaire, toutes les tables étaient anglaises ou

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du siècle passé et, après quelques essais infructueux sur une petite table à galerie de cuivre ajouré, il fallut y renoncer. D'ailleurs la marquise, avec son éternelle tulipe à la hauteur des lèvres, rompait d'elle-même la chaîne^ préoccupée qu'elle était de tenir sa fleur, et notre belle hôtesse énervée commençait à donner les signes évidents d'une très méchante humeur, quand Henri Tramsel proposa le jeu de la Main tf ombre.

La Main d'ombre, qu'était cela ? — Un des plus sûrs moyens d'entrer en communication avec les esprits, mais il fallait pour cela des conditions de local toute particulières. Le salon de la marquise les remplissait justement avec sa grande baie vitrée communiquant à la salle à manger, mais l'épreuve était des plus impressionnantes et demandait des nerfs solides, des caractères trempés. « Impressionnante? Oh! cela allait être délicieux! Mais que fallait-il faire? » Et quand Henri Tramsel eut éteint successivement, sauf une, toutes

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les lampes ennuagées de dentelles de la grande pièce claire et qu'il nous eût fait asseoir tous les cinq devant la large baie drapée de soie molle donnant du salon danslasalle à manger : « La première condition, — dit-il d'une voix un peu sombrée, — est de croire. Aucun de nous ne met en doute, n'est-ce pas? l'immortalité de l'âme, la réalité d'esprits et d'êtres invisibles rôdant autour de nous dans l'espace, la possibilité d'un au-delà, d'un monde inconnu côtoyant le nôtre et auquel nous désirons tous être plus ou moins initiés.- »

Nous acquiescions tous d'un mouvement de tète, un peu gênés par le grand silence établi tout à coup dans ce salon, il y avait une minute,encore si lumineusement gai. Maintenant obscur et vide, il s'enfonçait envahi de grandes ombres, que la seule lampe demeurée allumée faisait vaciller étrangement. L'abat-jour de gaze bleuâtre, surmonté d'une tête de chouette, mettait autour de nous comme une clarté lunaire, et le grand store de soie molle, qui nous

séparait de la salle à manger absolument noire, se gonflait par places avec des plis qui faisaient songer. Nous étions assis tous les cinq sur un rang devant la baie mystérieuse, comme devant un rideau de théâtre, et la harpe Empire de la marquise debout dans un angle confirmait cette impression de spectacle improvisé.

« Voici ce dont il s'agit, — reprenait Henri Tramsel. — Je vais invoquer l'invisible, le prier de se manifester par une sensation de froid, et celui qui la ressentira le plus vivement sera l'élu, l'appelé. Il devra se lever, tendra sa main dans le vide, derrière la draperie de soie, et attendra ainsi jusqu'à ce qu'une main vienne lui serrer les doigts, et alors, à lui d'interroger. » Et, après un petit frisson, Henri Tramsel conjurait en quelques mots les esprits ou les âmes des morts auxquels nous pouvions être chers dans le présent ou le passé. Chose étrange ! comme un courant d'air venu de la salle à manger déserte nous mon-

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