‹ Un démoniaqueChapitre 11 sur 40 · HARICOT VERT · texte numérisé non relu

HARICOT VERT

« Monsieur est au Luxembourg, il va rentrer et prie Monsieur de l'attendre », et la domestique m'introduisait dans le cabinet de l'immortel. Un autre visiteur y était déjà, un frêle et long jeune homme d'une suprême élégance, presque féminin d'attitude, malgré le profil précis et fier et dont l'allure sinueuse évoquait aussitôt à mes yeux la ligne tourmentée d'une arabesque. Étroitement moulé dans un complet vert myrthe, cravaté très

haut de soie d'un vert plus pâle et comme sablé d*or, il érigeait, au-dessus d'une grosse émeraude piquée dans cette cravate, une toute petite face exsangue aux cheveux bruns crespelés et courts : une petite tête hautaine et fine de grande race épuisée, telles on en voit signée Clouét ou Phorbus dans la galerie du Louvre consacrée aux Valois.

L'inquiétant visiteur ne daignait d'ailleurs pas s'apercevoir de ma présence. Debout auprès de la table de travail de l'Académicien, il hanchait légèrement dans une pose pleine de grâce et de l'extrémité de sa canne, un jonc d'au moins dix louis à la pomme d'ivoire vert bizarrement fouillée, il tournait les feuillets d'un manuscrit éparpillés devant lui.

C'était à la fois adorable et odieux de négligente impertinence, ce manuscrit de grand poète, ces vers immortels d'un maître et d'un vieillard remués du bout de la canne, dans l'intimité de son cabinet, parla curieuse indif-

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