‹ Un dernier GallicanChapitre 102 sur 162 · LETTRE PASTORALE · texte numérisé non relu

LETTRE PASTORALE

Ce que je craignais, c'était d'aborder des détails scabreux de mœurs et de coutumes. Je me suis appliqué à éviter cet écueil, il paraîtrait que j'y ai réussi, vous n'avez fait aucune obser\'ation à ce sujet.

Vous me dites qu'une grande partie des auditeurs ne comprendra pas le mandement ; je le sais bien, quoique cependant tout m'y semble assez clair ; mais comment faire ?

Il faut s'adresser à toutes les classes, alors il est bien évident que la population des campagnes ne s'élèvera pas à la hauteur de celle des villes et dans les villes mêmes les degrés sont bien différents. Je vois mes collègues traiter des question de droit social et, cependant, une immense majorité ne peuvent aborder de telles questions.

Vous craignez, me dites-vous, mon cher Abbé, des critiques sévères. Je ne sais sous quel point de vue : je n'ai pas compris toute votre pensée.

Enfin, je vous avoue que je serais bien embarrassé maintenant pour faire choix d'un autre sujet et pour trouver le temps de le travailler. Je suis accablé de travail et il me faut tout faire en courant. Veuillez donc me dire définitivement toute votre pensée.

Quant aux corrections elles seront faciles à faire, sauf un ou

deux endroits où vous voudriez plus d'ordre dans les idées. Je

ne me suis pas bien rendu compte de ce que vous désirez. Vous

^ savez que, quand on a fait une chose, on n'en voit pas aussi

«; clairement que les autres les défauts.

V J'attends de vous encore un mot de réponse à cette petite

lettre et je vous réitère l'assurance de mon affectueux dévouement*.

I La lettre pastorale fut éditée et, l'année suivante, M*' An^ebault prit pour sujet : Ce que les femmes ont fait pour la religion. M. Bernicr ne paraît pas avoir été appelé à proposer ses corrections, autrement on n'y aurait pas lu qu'Aquila et Prisca étaient deux dames [Salutate Priscam et Aquilam^ Ép. ad Rom., xvi, 3). Les portraits idylliques de la (( métayère vendéenne » et des religieuses dénotent aussi Tœuvre exclu-

Cependant, dès son arrivée à Juigné, malgré la rigueur de l'hiver et les mauvais chemins, M. Bernier fit une visite à tous ses paroissiens. Il ne s'attendait pas à de grandes satisfactions spirituelles. Avant la Révolution, la cure, bien dotée, n'avait pas toujours eu des bénéflciers résidants ni exemplaires. La constitution civile du clergé fut acclamée dans la région, et la paroisse s'élut un jeune ministre patriote qui devint, bientôt après, vicaire et secrétaire de Tévêque assermenté. Les électeurs le remplacèrent par son frère, d'idées aussi avancées. Tous deux déposèrent par la suite leurs titres de prêtrise et achetèrent ce qu'ils purent de biens nationaux. Le second acquit Téglise et le domaine curial et se transforma en notaire. Le premier s'établit une façon de médecin à quelques lieues de là *. L'influence des deux frèreâ sur le pays fut aussi grande que peu favorable au catholicisme. Elle dura toute leur vie, et l'un ne mourut qu'en 1842, huit années seulement avant l'arrivée de M. Bernier à Juigné. Dans cette contrée le rétablissement du culte par le Concordat n'avait paru que la restauration d'un service social prétendu nécessaire. Un prêtre pouvait avoir toutes les qualités personnelles, on le respectait, mais son enseignement laissait

sivc du prélat : «( La bonne Sœur, c'est comme la fontaine à laquelle chacun vient puiser... La Sœur de VEspàrance^ justifiant un nom si doux vient s'asseoir au chevet du malade, voltige, en quelque sorte, autour de lui .. » — Ces deux lettres pastorales ont été reproduites dans le Recueil d'instructions, mais on y a supprimé l'erreur concernant Aquila.

2 Lôir-Mongazon I Louis-Pierre), né à la Grésille le 27 avril 176^, chirurgien-accoucheur à Brissac. exerçait en vertu d'un certificat qu'il avait obtenu le 6 messidor an XI, du sous-préfet. Ce certificat tenait lieu de diplôme, conformément à l'article 33 de la loi du 19 veniOse, an XL

absolument indifférent. M. Bernier ne fut pas traité autrement et^ après plusieurs mois de ministère, toute l'impression qu'il faisait à ses paroissiens se résumait ainsi : a Celui-là ne nous restera pas longtemps, il est trop bîe^ en bouche. »

Ils s'étonnaient presque autant de la clarté que de la dignité de sa parole. La facilité avec laquelle un homme de si grande réputation se faisait comprendre leur semblait diminuer son mérite. L'utile simplicité de ses sermons était encore surpassée par celle de ses explications du catéchisme. Il les rendait intéressantes, comme autrefois ses classes, en les agrémentant des détails les plus variés, d'anecdotes frappantes, de comparaisons très nettes. Comme un autre Gerson, il se complaisait à se rabaisser au niveau de ses auditeurs petits et grossiers. Il leur parlait avec une bonhomie touchante, et les quelques personnes capables d'apprécier sa situation ne purent retenir leurs larmes en l'entendant un jour dire doucement aux enfants qu'il conduisait à une lieue de là, dans une église voisine, pour y recevoir la confirmation : « Soyez sages et bien attentifs. Il faut que vous vous fassiez remarquer par votre bonne tenue, car vous ne voudriez pas donner à votre curé la confusion de présenter des entants dissipés et sans recueillement. Il faut que les enfants de Juigné donnent l'exemple de la modestie et de la piété. »

Quelques mois auparavant, remarquait-on, il assistait aux cérémonies de ce genre au premier rang, près de l'évèque. A celle-ci, desservant une petite paroisse et dernier arrivant, il s'effaça derrière ses collègues. Rien

n'était changé dans son extérieur, et comme autrefois il se consacrait tout à ses fonctions qui, seules, avaient varié. Il rencontra un de ses anciens élèves près du prélat et le félicita de sa fortune, très cordialement et sans paraître aucunement songer à son propre passé.

L'action de M. Bernier, dans sa paroisse, fut surtout celle d'un administrateur. Comme la sacristie était absolument insufflsante, son premier soin fut de solliciter d*un propriétaire voisin la cession d'un emplacement convenable pour cette annexe. Il poussa si vivement la construction qu'il put s'en servir la même année. Le succès couronna moins promptement ses innombrables démarches pour obtenir de la commune l'agrandissement et la clôture du cimetière. A toute plainte, à toute demande, les paroissiens répondaient : (( Il y a longtemps que les choses sont en cet état ; ça peut bien durer encore. » A force de persévérance, il bénit, cependant, un vaste cimetière parfaitement clos. Il fit à cette cérémonie une émouvante allocution, où, regardant d'un œil d'envie celte terre du dernier sommeil, il exprima le vœu d'y reposer un jour au milieu de ceux avec qui la Providence l'avait envoyé terminer sa vie.

Il ne traînait point ce qu'il appelait ses derniers jours avec fatigue ni désespoir. Il semblait n'avoir rien perdu. Un jour i! disait tranquillement : « Chaque fois que je jette un regard en arrière sur ma vie, j'y constate à regret une lacune, c'est de n'avoir jamais été vicaire. » On eût cru que sa carrière avait été toute ordinaire. Une personne lui posa cette question : « Êtes-vous heu-

reux ici ? Je crains que vous n'y rencontriez pas ce qu'il faudrait? » Il répondit avec une sérénité qui montrait la paix de son âme : c Le vrai bonheur consiste toujours dans Taccomplissement du devoir. » II avait besoin de cette force d'esprit pour supporter une peine qui vint s'ajouter à toutes celles du passé. Quand on vit M. Bernier depuis plusieurs mois dans sa cure, on pensa que l'évêque ne l'en retirerait jamais, et plusieurs de ceux qui lui paraissaient autrefois fort attachés lui témoignèrent de la froideur. « Il ne faut pas, disait M. Bernier, attribuer au cœur de mes amis cette défaillance de leur àfTeclion, ils subissent des influences. » Néanmoins, l'abandon dans lequel le laissait M^' Angebault lui était très pénible. Sa délicatesse n'en fut pas amoindrie. Sorti de l'administration, il l'entendit critiquer vivement ; il supporta même de graves reproches dont il aurait pu se justiQer d'un seul mot : « Cela s'est fait sans moi et malgré moi ». Rappelait-on devant lui les circonstances qui déterminèrent son changement de position, toujours aussi charitable, il ne permettait pas que sa retraite fût attribuée à d'autres qu'à lui-même. II poussa même si loin la délicatesse sur ce point qu'il laissa MUe Leguay ignorer les circonstances et les auteurs de sa condamnation. Il ne sortit qu'une fois de la réserve sévère dont il s'était fait une loi. Pour consoler son amie d'une déchéance qu'elle *ne cessait de déplorer, il lui dit un jour en souriant : a Croyez-vous donc qu'il soit si

agréable d'être vicaire général. Il faut mettre toute son éloquence à convaincre de leur tort de pauvres curés qui ont cent fois raison ! ^ >

Dans ce revirement de fortune Tattitude de la société laïque lui fut une consolation. Tous ses anciens amis de l'aristocratie et de la bourgeoisie, les de Monti, les de Contades, les de Cacqueray, les Mayaud, les Merlet ne cessèrent de lui témoigner leur considération. Le conseil départemental de l'instruction publique le nomma délégué cantonal pour la visite des écoles >. Freslon lui envoyait toujours de bonnes lettres, et le compromettant Bordillon ne manquait pas une occasion d'appeler sa relégation à Juignéun scandale. Ils s'étaient rencontrés un jour en voiture publique lors de la démission. Naturellement l'homme politique avait engagé la conversation sur cet événement. Après avoir exprimé beaucoup de regrets et quelques reproches, il s'était écrié tout à coup avec son originale bonhomie : n Du

1 Si étonnante que puisse sembler cette parole, elle ne fait que d'insinuer très charitablement quelle fut la vraie situation des prôtres de France vis-à-vis leur hiérarchie durant le XIX« siècle. M. le chanoine Ulysse Pannet, doyen du chapitre de Châlons, écrivait encore naguère à M. Pabbé K. Misset, directeur de l'Ecole Lhomond : « Je fréquente depuis de longues années les Evcchés et les Evèques, et je sais combien ils ont de ressources, dans leur situation et dans leur caractère, je ne dis pas pour se faire donner raison, mais pour placer leurs adversaires dans des positions embarrassantes et sans issue, n Lettre imprimée dans MissET, Xotre-Dame de r Epine, près Châlonsstir-Maine, Avant-propos d'une petite réponse (Paris, 190 }>.

2 Les papiers de M. Bernier conservent la minute d'un intéressant rapport qu'il envoya au Conseil académique d'Angers sur plusieurs écoles communales. — J'ai publié cette pièce dans la Revue du r Anjou, n" de juillet-août 1900.

reste, M. le vicaire général démissionnaire, ce n*est pas vous que je plains, ce sont le$ autres ! » i

Deux incidents apportèrent quelque diversion dans cette vie monotone de curé. M. Bernier eut à prononcer deux grands discours. L'un prêché à l'occasion du deuxième centenaire de THôtel-Dieu de Baugé, le 26 novembre 1850, fut composé au milieu des préoccupations de l'installation à Juîgné. C'est un panégyrique de mérite qui impressionna vivement l'auditoire nombreux et choisi. Lorsque, à la fin de la première partie, l'orateur, par une transition heureuse, amena l'éloge d'un parent de la fondatrice de l'hôpital, le vicomte Armand de Melun, qui jouissait alors à Baugé de la plus grande popularité, la sainteté seule du lieu contint les applaudissements <.

L'autre discours est l'éloge funèbre d'un de ses amis d'enfance, René Ploquin. curé de Notre-Dame de*Cholet. Dans le récit de cette vie, d'apparence simple et commune, il sut trouver des faits caractéristiques, pour les mêler à des idées générales d'une manière aussi intéressante que pleine d'enseignements ^

Tout faisait croire que M. Bernier mourrait dans sa

1 Sur Tattitude du Précurseur, journal de Bordillon, vis-à-vis de M. Bernier, cf. les numéros des 5 et lo août, 5 et 35 septembre 1850.

2 Ce discours a été imprimé dans une brochure commémorative publiée par le curé P. Baranger : Le beau jour de la charité à Bauf^é ! J'^judalion Je V Hôpital en i6$o. Célébration de cet anniversaire en 18^0. Historique de h Fête, sermon, discours: Baugé, Colinetie, in-12 de ^8 pages.

3 Ce discours fut imprimé et vendu pour l'érection d'un monument à la mémoire de M. Ploquin : Elop;e funèbre de M René Ploquin, curé de N.'D. de Cholet, prononcé dans iéolise Notre-Dame le 29 juillet tS^ r ; Cholei. imp. Laine, petit in-8 de 23 pages.

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cure, quand, vers la fin de 1851, uncanonicat devint vacant par la démission de son titulaire. Tourmenté depuis longtemps du désir d*être jésuite auprès de la Vierge de Fourvières et touché de la position de son ami M. Bernièr, le chanoine Mercier résigna sa stalle, mais en demandant expressément à Tévêque de la donner au curé de Juigné. Quand les négociations furent terminées, il partit pour Lyon d'où il avertit de son dessein le pauvre desservant. Celui-ci lui envoya la lettre suivante :

Juignc'&ui'Loire, 2 octobre iS^r,

Mon cher Ami,

Une petite course m'a empêche de répondre immédiatement à ta lettre. La pensée de donner ta démission du canonicat dont tu es titulaire et celle de ma nomination sont restées unies dans ton esprit, ou plutôt dans ton cœur. Je t'en remercie bien sincèrement. Je vois là une nouvelle preuve d'une amitié dont je m'honore et qui m'est bien précieuse. Je t'avoue que je l'aurais cru, lors même que tu ne me l'aurais pas écrit, tant mon amitié se tenait sûre de la tienne ; mais je t'avoue en même temps que je n'ai jamais cru, et que je crois peu encore, à ta démission et j'ajoute qu'à ta place je ne la donnerais pas. Ce n'est pas, mon cher ami, que je doute le moins du monde de ton courage ni de ta persévérance, je connais tout ce qu'il y a de généreux dans ton âme ; mais les supérieurs doutent, peutêtre, de ta vocation comme j'en doute moi-même. Puis, crois donc bien qu'ils pèsent une considération dont tu ne tiens pas assez compte quand tu me dis qu'en cas de non-admission tu te jetteras dans les bras de Notre-Dame de Fourvières pour sauver des âmes au confession mil. A soixante-et-un ans on peut d'un jour à l'autre tomber infirme. A la charge de qui tomberais-tu ? ou

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bien quelles seraient tes ressources pour n'être à charge à personne ? Le pauvre abbé Bedeau, curé de Saint-Serge, bien plus jeune que toi, mort presque inopinément, était hier porté en terre. Le même jour on enterrait à Longue ton condisciple Hubert. L'abbé Ploquin et l'abbé Bureau * les avaient précédés de quelques semaines. Il nous va mal à notre âge de nous ouvrir de nouvelles carrières. J'ai quatre ans au bas mot de moins que toi, et pourtant, quoi que tu en dises, je pense que ma vraie place est dans le cimetière de Juigné. La tienne est dans le cimetière d'Angers. Viens donc, en attendant que tu en prennes possession, prier dans ta stalle. à côté du saint homme Dubois et parfois du placide abbé Joubert. Si, malgré tout, tu donnes ta démission, car tu as, aussi toi, une tête où Ton trouverait, en cherchant bien, la bosse de l'obstination, je crois que Monseigneur m'offrira le canonicat. 11 m'en dit un mot dès le mois de novembre. Que ferai-je dans cette hypothèse ? Je ne le sais vraiment pas, mais ce que je sais bien c'est que j'aimerais mieux n'avoir pas à me prononcer et t'embrasser, chanoine comme devant, i la Toussaint prochaine. Les circonstances dans lesquelles et avec lesquelles cette offre serait faite contribueraient sans aucun doute à me décider pour ou contre.

Prie donc Notre-Dame de Fourvières pour ton ami.

H. Bernier.

Le chanoine Mercier persista dans sa résolution et révêque offrit la stalle vacante à M. Bernier. Celui-ci avait pensé que les choses se passeraient autrement, qu'il rentrerait à Angers nommé par l'administration et sans avoir lui-même à décider de son retour. Il hésita beaucoup et peut-être sa fierté fut-elle seulement vaincue par les prières de Mlle Leguay. Il finit sans doute par

1 II fut curé de Saini-Laud d'Angers.

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entrer dans les représentations qu'elle lui adressa, car il écrivait un peu plus tard :

« Si je m'étais borné à comparer position à position, le canonicat aurait eu peine à l'emporter sur la succursale, mais, je suis dans ma cinquante-septième année, des infirmités, ou seulement un affaiblissement de santé me placeraient ici dans un état pénible, ma situation y serait fausse. C'est donc une pensée d'avenir, un besoin éventuel, mais présumablc, de repos qui m'a décidé... Ce départ ne se fera point sans quelque peine ; ce n'est jamais qu'au moment même de la transplantation qu'on reconnaît bien les racines qu'une plante a poussées dans le sol. Je n'ai pas végété longtemps dans celui de Juigné ; mais si je l'ai trouvé bien inculte, il ne s'est montré ni d'une mauvaise nature, ni rebelle à la culture *... ».

Au moment où M. Bernier sortait de Juigné, il venait d'assurer la restauration de l'église.Toutes les ressources de son ascendant et de sa diplomatie avaient été nécessaires pour décider le conseil municipal à voter des fonds pour cette œuvre dont il refusa longtemps de comprendre la nécessité. Le préfet s'empressa d'appuyer une demande de secours au gouvernement et tout était en si bonne voie que le successeur de M. Bernier, guidé par ses conseils, parvint à posséder une belle église. Le nouveau chanoine avait pensé à patronner quelqu'un pour sa succession. Les circonstances de son changement lui firent abandonner ce dessein, et ce fut comme un desservant ordinaire et non comme un ancien vicaire général qu'il quitta le lieu de son exil.

I Lettre à Mlle Bernard, en date du 25 octobre.

lie chanoine titulaire <

Au mois de novembre 1851, M. Bernier prenait possession de la dernière stalle du chapitre dont il occupait naguère la première. Le nouvel arrivant ne sentit jamais beaucoup de goût pour ses fonctions. La régularité de son assistance au chœur le fit néanmoins passer pour un parfait chanoine, puisque cette dignité n'a plus de charges que Toffice divin.

Il vécut éloigné des affaires diocésaines, sans être membre du conseil épiscopal, quoiqu'il reçût encore de M^' Angebault des consultations et des témoignages d'une confiance intime. Des quatre congrégations confiées à sa sagesse deux lui restaient encore, celle de Saint-Charles dont il résigna le gouvernement en 1854, et celle de Saint-Joseph de Baugé dont il garda la supériorité jusqu'à sa mort. Quand, au moment de la mise à Vlndex, il ofl'rit sa démission à ces dernières religieuses, elles répondirent qu'on ne suspectait pas sa foi et qu'elles ne tenaient pas à l'honneur d'avoir comme supérieur un vicaire général. Elles se déclarèrent toujours heureuses et reconnaissantes de sa direction.

I Revue Je l'Anjou^ t. XLI (1900).

Il fit également partie Jusqa'à la fin de sa vie,deradministration des hospices, à laquelle il fut nommé vers la fin de 1852. Il apporta dans ces fonctions le zèle et Tactivité qu'il consacrait à tout ce dont il voulait bien se charger, visita souvent et aima cet asile de misère. Son assiduité aux réunions hebdomadaires de la commission, son concours au bien, modestement accompli et avec dévouement, le règlement de plusieurs affaires délicates le firent beaucoup apprécier de ses collègues.

Ces occupations lui laissaient encore du temps libre. Il le consacra, comme il disait, a à s'instruire 9.

Dans sa cure de Juigné il s'était livré avant tout à ses devoirs d'état, prédication, visite de ses paroissiens, construction de son église. Il avait complètement mis de côté ses chers livres et l'étude de la controverse, si passionnante à ce moment. Des occupations plus conformes à ses goûts absorbèrent désormais ses loisirs. Sa vie fut plus heureuse. Mlle Leguay était aussi plus contente. Son vénéré père, revenu de l'exil, tenait une place en rapport avec son ancien rang. Les principaux membres du clergé et quelques familles distinguées le visitaient respectueusement.

Des collègues que retrouvait M. Bernier le temps a effacé pour la plupart jusqu'au souvenir. Seul le doyen, M. Mossion, avait pris ses précautions contre l'oubli en faisant imprimer de sa prose et de ses vers. Il orna le livre de ses élucubrations ^ de cette belle épigraphe

I Lettres sur la vérité du martyre de saint Maurice et de sa légion^ écrites des lieux mêmes témoins de ce martyre à un jeune Angevin^ in-8 de 31a p., orné d'une vue du Verollay. Angers, Launay-Gagnot, 1859.

empruntée à La Bruyère : a Quand on ne serait pendant sa vie que Tapôtre d'un seul homme, ce ne serait pas être en vain sur la terre, ni lui être un fardeau inutile. » L'application était modeste pour qui se fit le champion de la légion thébaine, composée, comme le dit poétiquement l'auteur :

De six mille six cent soixante-six soldais Armes de toute pièce, et prôts pour les combats.

Outre ses collègues, M. Bernier visitait quelquefois le Cercle delà Cité, appelé plus ordinairement des Tétes-de- Bois, véritable congrégation laïque dont le nom éveillait toujours ridée d'une collection antique où perçaient cependant alors les idées nouvelles de l'ultramontanisme.

Le premier fruit des loisirs de M. Bernier fut une Notice historique sur le collège de Beaupréau et sur M. Urbain Loir-Mongazon. Le travail parut presque entièrement dans la Revue de V Anjou de mars à octobre 1853, et fut publié en volume ».

L'incomparable mérite de cette œuvre est que son auteur a revécu son enfance et sa jeunesse pour en tracer un charmant et fidèle tableau. Les idées générales exprimées sur l'éducation sont, sans aucune modification, celles qu'il mit en pratiquée Doué et à Mongazon, celles qu'il exposa dans sa lutte contre le monopole universitaire, celles du clergé d'alors, vulgarisées depuis par M^** Dupanloup.

I Angers, Cosnier et Lachèsc, 1854, in-8, 223 pp.

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