‹ Un dernier GallicanChapitre 103 sur 162 · NOTICE SUR LE COLLÈGE DE BEAUPRÉAU 3II · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE COLLÈGE DE BEAUPRÉAU 3II

Un trait remarquable de la Notice^ c'est qu'après avoir vivement critiqué le régime oppressif du monopole universitaire, M. Bernier n'ait pas un mot pour la loi de 1850. Lui qui avait combattu l'un des premiers pour la liberté ne se réjouit pas de la conquête et ne parle pas d'espérances.

Du moment que les catholiques a valent voulu pousser jusqu'à la victoire leurs revendications, pensait-il, ils auraient dû montrer qu'ils méritaient l'autonomie de l'enseignement, qu'ils étaient prêts à en jouir en toute capacité. Dès lors, avant le vote de la loi, il eût désiré voir établir pour les petits séminaires une école normale ecclésiastique où les membres du clergé enseignant se fussent formés. Or, même depuis 1850, les administrations diocésaines n'entraient pas dans cette idée. Avec son expérience d'ancien supérieur, M. Bernier craignait qu'on ne recueillit pas d'une liberté si longuement disputée les fruits qu'autrement on eût été en droit d'en attendre.

Des instances souvent réitérées ont tait rééditer la Notice historique à l'un des supérieurs du petit séminaire de Beaupréau, M. le chanoine Moreau i. Il s'était proposé tout d'abord de conserver dans son intégrité le texte de M. Bernier, en l'éclairant et en l'expliquant par des notes. Il renonça vite à ce projet. Il reconnut que l'auteur est inexact et incomplet en ce qui touche le dixhuitième siècle. (( L'histoire du collège ne commence guère pour lui qu'avec l'arrivée de M. Mongazon à Beau-

I In-8 de 342 p. Angers, imprimerie Saint-Antoine, 1900.

préau vers 1785 ; et même il n'est vraiment bien renseigné que sur la période qui va de 1792 à 1821. Il est vrai que cette période est la plus intéressante de la vie de M. Mongazon et de l'existence du collège. L'histoire, dit M. Moreau, en a été écrite par M. Bernier d'une foçoti parfaite et définitive, au moins dans l'ensemble, avec un esprit) une délicatesse, iin charme de souvenirs, une fraîcheur d'imagination vraiment admirables et qu'on ne trouve peut-être à ce degré dans aucun ouvrage de ce genre. Si quelqu'un, dans le but de faire connaître les collèges et la vie de collège en France au dix-neuvième siècle, s'avise un jour d'extraire des ouvrages composés sur ce sujet un recueil de morceaux choisis, M. Bernier y tiendra une place d'honneur. Des pages comme le portrait de M. Mongazon, comme la description de la procession des Rogations dans le parc de Beaupréau, comme le tableau des jeux des élèves et de leurs promenades sur les coteaux de l'Évre, etc., ne craignent aucun voisinage, ne redoutent aucune comparaison ^ »

Aussi, sans songer un seul instant à entreprendre une œuvre entièrement nouvelle, M. Moreau se contenta de faire ce que M. Bernier eût fait lui-même s'il avait donné une nouvelle édition de sa notice : il rectifia les inexactitudes, répara les omissions, ajouta parfois, retrancha rarement.

M. Bernier était trop intéressé dans les grandes luttes qui divisaient les catholiques pour s'occuper uniquement d'histoire locale. Tout le conviait à suivre de près

I 0/>. cit , préface, p. 7.

les disputes. Son nom y revenait assez fréquemment. En 1861^ dans la préface de son troisième volume des Institutions liturgiquesy dom Guéranger crut devoir se justifier contre trois de ses contradicteurs, les abbés Prompsault, Laborde et Bernier. Sa réponse était d*atttant plus facile et d'autant moins urgente que rindex avait déjà condamné les deux derniers auteurs u Néanmoins, « dans un but tout pacifique », Tabbé de ' Solesmes releva plusieurs assertions de V Humble remontrahce et, pour se défendre de l'accusation d'innovation, produisit des textes de Bossuet, saint Cyprien, saint. Éphrem, saint Augustin, Hincmar, Jonas d'Orléans, Yves de Chartres, Pierre de Biois, Pierre de Celles, et du concile de Chester ^ M. Bernier n'a point écrit sa pensée sur cette très longue leçon de théologie. Ceux qui la liront trouveront que beaucoup de témoignages allégués et nombre de raisonnements ne se rapportent guère à la question et que la mention de- l'Index semble un sarcasme contre un condamné sans défense \

Pour intimider et déconsidérer leurs adversaires, les ultramontains français trouvèrent alors le moyen très simple de faire inscrire leurs ouvrages au catalogue des livres prohibés. L'une des premières victimes de ce procédé, largement employé et qui avait si bien réussi

i Prompsault ne fut mis à l'Index qu'en 1855 pour son opuscule : Du siège du pouvoir ecclésiastique dans l'Eglise de Jésus-Christ. Lettre à M, le marquis de Ré gnon ^ fondateur et rédacteur de VVnion catholique,

2 Ouvrage cité. Préface, p. xxxiv à lxix (2' édition, Paris, Palme. 1883».

^ Les habiletés de procédé de dom Guéranger contre M. Bernier ont été relevées par Prompsault dans la première de ses spirituelles Lettres^ p. 45-49-

JI4 POLÉMrQUES

pour M. Bernîer, fut un vicaire général de Paris, l'abbé Lequeux. Comme te manuel de droit canonique dont il était l'auteur avait été adopté dans un grand nombre de séminaires, sa condamnation ne frappa pas seulement le livre mais encore retomba sur les professeurs et les évêques qui l'avaient mis entre les mains des étudiants ecclésiastiques.

M. Bernier envoya sur-le-champ ses condoléances à son collègue. 11 en reçut la lettre suivante, qui ne laisse ' pas que de jeter un grand jour sur la controverse de cette époque.

J'ai éli sensible aux marques touchantes de synipatliic que vous m'aveï données dans les circonstances du décret de la Congré-gation de l'Index, et je puis vous dire qu'elles ont renouvelé tout ce que j'avais éprouvé de sentiments au sujet de ce qui vous était arrivé à vous-même, il y a environ deux ans. Beaucoup de circonstances sont identiques dans les deux affaires ; la mienne a cela de singulier que j'étais allé à Rome, que j'avais porté moi-même mon livre au secrétaire de l'Index, en demandant qu'on voulût bien me faire des observations : et cependant on ne m'en afait aucune; en sorte que j'ai été très étonné de ce coup qui m'a frappé, malgré tous les avis que j'avais reçus. Du reste, vous avez vu combien le décret était absolu et sans réserve. Ce n'est pas que je regrette d'avoir fait à votre exemple, unactc de soumission : je reconnais que ce tribunal a iaiom/v^«ie nécessaire pour prononcer sur les livres ; et ainsi je respecte son autorité ; je reconnais le droit qu'il tient du Souverain Pontife, J'.iur.iii LiL Jisposé, et je le suis encore, si la chose devient possible, à retrancher ce qui aurait été de nature à déplaire au Souverain l'oniife ; mais j'ignore présentement ce que c'est. Je présume qui] c'est tout ce qui est contraire à ce mouvement 11 ijii'on veut faire prévaloir. Je ne sais si on nous

L*ABBÉ LEQUEUX 315

comprend à Rome ; mais du moins on n'aime pas nos usages et nos libertés. Cest aux éveques qu'il appartient dans ces circonstances de donner la direction : mais Tépiscopat français n'est guère, en ce moment, en mesure de prendre une détermination et de la faire connaître. Aussi je suis porté à penser qu'après un peu de bruit qu'aura un instant produit cette affaire, le silence prévaudra, et que la même marche continuera : peu d'écrivains oseront pouvoir penser un peu librement sur ces sortes de matières. Je crains bien quelques fâcheux effets de tout cela ; mais ce qui me console, c'est qu'après tout ni ma personne, ni mon livre, ni mes opinions, ni même les libertés de l'Eglise gallicane ne sont pas nécessaires au salut de l'Eglise et qu'elle triomphera de ces embarras par des moyens que la providence a dans les mains.

Quant à nous, Monsieur l'Abbé, nous serons heureux, si, après avoir essayé de la servir, par des moyens qui n'ont pas toujours réussi, nous trouvons dans l'onction du Saint-Esprit la solide consolation. Veuillez demander pour moi une grâce aussi précieuse ^

Plus tard Tabbé Lequeux, ayant occasion d'écrire à M. Bernier, lui disait encore :

Nous sommes toujours dans une situation singulière, et il semble même qu'elle se complique par l'exagération des partis. Peut-être est-ce de là même que viendra la guérison. Mais assurément il est impossible d'espérer une amélioration, à moins que Nosseigneurs les Evêques ne s'occupent sérieusement des innovations qu'on cherche de toutes les manières à introduire, dans le but d'entraver leur autorité et de leur imposer des assujettissements qu'on fera tourner contre eux. De simples prêtres ne peuvent que gémir et prier, car pour entrer même

1 Lettre du 15 décembre 1851.

3l6 l'abbé LEQtECX

en discussion il faut savoir jusqu'à quel point on pcui espérer d'iîire appujé par les premiers pasteurs et de répondre à leur pensée'.

Trois mois après cette lettre, les Gallicans trouvaient encore une ample matière à mélancoliques réflexions dans la mise à l'Index d'un célèbre mémoire : Sar la sitaation de l'Eglise gallicane relaliifement au droit coalamier. Comme cet opuscule prenait la dérense des auteurs récemment condamnés, Bernier, Lequeux, Bouillet, Guettée, sa propre condamnation leur infligeait une nouvelle humiliation'.

Rome répétait sans cesse ses censures, aux grands opplaudissements des uliramonlains de plus en plus nombreux, et déjà on pouvait entendre sous différentes formes un cri de stupeur : ■ De tous les mystères que présente en si grand nombre l'bistoire de l'Eglise, je n'en connais pas qui égale ou dépasse cette transfonnation si prompte et si complète de la France catholique en une basse-cour de l'anticamera du Vatican '. » Comme rien ne faisait prévoir encore que l'auteur de ce juge-

1 Lctlre du i8 janvier itS;).

1 Sur réial d'esprli des gallicans à cette époque nn pcui voir le curieux mémoire du 4 décembre 1^57, cité dans la l'ii Je M'' Manl, lame II, p. ]i et ta ^le d» tardinttl Gtiiberl, (. Il, pp. 140, 144. '53*' ï V ^ prapus de l'encyclique du 31 mars 1853, M^* Guiberi écrivaii à M-' de Ma/enod ; « J'ai cru devoir me borner à un accusé de réception de l'encyclique, eiprimani en quelques lignes mon respect et m» soumission pour cet acte émané du Saint-SiËge. Il est évident que. dans ce

complètement inutiles. I! y a un parti pris d'aller en avant et l'on ne s'arrêtera que lorsque des événements, que je prie Dieu d'éloigner, viendront montrer combien la voie dans laquelle on s'est engagé est périlleuse. » i>p.cil.,U. p. t;;.

) Monialembcri à Ducllinger. Lellre du 7 novembre 1869,

ï>ROGRÈS DE l'uLTRAMONTAKISME ^IJ

ment, qui n'a pas été dépassé par la rage des vieux gallicans, le comte de Montalembert, arriverait au même point que ses anciens ennemis, la « transformation b n'avait pas encore atteint son maximum de mystère. Pourtant quelle matière à réflexion, que de singuliers changements, de curieuses tendances, M. Bernier ne trouvait-il pas dans cette évolution théologique? Il se rappelait le temps où le diocèse d'Angers ne comptait pas un seul tenant de Tultramontanisme, doctrine qu'il avait vue s'introduire et grandir sous la double influence des écrits d'un prêtre breton, « homme de génie que l'orgueil a dégradé jusqu'à l'impiété et jusqu'au cynisme », et d'un laïque piémontais <k âme noble et chaleureuse, sincèrement catholique, mais passionnée pour des opinions < ».

Ils avaient accrédité dans la France entière la nouvelle doctrine. La vogue et l'engouement n'avaient pu trouver une résistance suffisante dans un clergé trop peu instruit. M. Bernier se rappelait comment, en 1834, étant curé de Saumur, il défendait l'autorité du Saint-Siège contre les assertions d'un jeune prêtre, l'abbé Perché', soutenant, en pleine conférence ecclésiastique, sans qu'il s'élevât de protestations, que les évêques réunis pourraient priver un pape légitime du droit de présider leur concile. On disait cet abbé converti maintenant à l'ultramontanisme. Etaient-ce les

1 Humbie remontrance, p. 103.

2 L'abbé Perché (Joseph-Napoléon), né à Angers en i8oj. succéda en 1870 à Ma*" Odin sur le siège archiépiscopal de la Nouvelle-Orléans II y mourut en 1884.

JlR PROGRÈS DE I.' ULTRA MON TA SI SMI!

études Ihéologiques dont il manquait naguère si extraordinairement qui l'avaient cbangé? La fortune de cette opinion ne venait-elle pas généralement de la passion des nouveautés, de l'intlueiice de publications tapageuses, même de l'ambition? Çt dans quel chaos se débattaient les catholiques de France depuis 1845 ! Non seulement ils se divisaient en gallicans et ultramon tains, . en liturgistes autonomes et romains, mais encore en rigoristes et purs probabilistes, en spiritual isles semirationalistes et en traditionalistes. Depuis 1850 les opinions architecturales se trouvaient érigées en dogme et tout bon catholique devait tenir pour le style ogival. Il n'y avait que de vieux obstinés, comme l'évèque de Chartres, pour maintenir la liberté de penser sur ce point et oser s'écrier : « Non I Jésus-Christ n'est pas venu sur la terre pour former des maçons et des architectes' I >

Uu peu plus tard, s'élevait encore contre les auteurs classiques une controverse ridicule, ■ fruit de l'antigallicanisme le plus étrange et le plus farouche. On a lié, disait l'évèque de Chartres, cette dispute par une chaîne artificielle et par des rapports très forcés à la question de l'ultramontanisme outré. Tous les anti-gallicans étaient de ce côté=. ■

Aux discussions Ihéologiques s'ajoutaient celles de la

r f.illie sur la ^Iniii, page 17 ^- Monlalemberl répondait : ■ Jls ne reviendront plus ces jours- uii les munumenls de la Toi de nos pères ciaieni tournés en dérision par des esprits aussi élevés que Pénelon et l''leury et systématiquement dévastés par ceux qui en étaient les dépo-

2 lijfcis f-rohihUs. p, H.

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