‹ Un dernier GallicanChapitre 104 sur 162 · LA POLITIQUE • 3I · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE • 3I

politique. Comme M. Bernier n'avait plus d'espérances ni d illusions au sujet de la vieille monarchie nationale, l'objet de ses préférences, il s'était franchement rallié à la République. Il crut aux bonnes intentions et à la capacité de Cavaignac. Le coup d'Etat du deux décembre lui parut une aventure blessant l'honnêteté et la liberté. Aussi, lorsqu'il apprit par les feuilles publiques que Freslon avait donné, le 7 décembre, sa démission d'avocat général à la Cour de cassation, il lui envoya tout de suite de chaleureuses félicitations. L'ancien ministre gardait toujours un bon souvenir de ses courtes relations avec M. Bernier. a Je vous traite, peut-être, lui écrivait-il, un peu trop comme un ancien ami. Que voulez-vous, vous êtes prêtre sincère, homme instruit et probe ; votre caractère est net et fier ; vous m'avez séduit, vous en subissez les conséquences. ^ Quand il reçut l'approbation de ce spectateur dégagé d'intérêts et libre de préventions, Tex-avocat lui répondit avec effusion :

La nouvelle que vous avez lue dans le journal des faits est exacte ; j'ai cru, par des motifs de conscience et de haute bienséance sociale, devoir sacrifier la position que j'occupais à la Cour de Cassation ; je n'ai pas partagé les sentiments de la direction morale et politique que notre compatriote Falloux a donnée, selon ce que vous m'écrivez, à ses amis.

A une époque au^si troublée que la nôtre, la voie droite est difficile à trouver et à pratiquer ; aussi ne suis-je disposé à blâmer personne ; mais je crois que la sincérité dans la conduite, rharmonie entre les pensées et les actes, le goîit du sacrifice pour ce que Ton croit juste et bon sont encore des principes plus propres à rétablir le lien social que le parjure,

■JÎO ■ I.A POLITIQUE

la violence A l'appui lies appétits cfTrénés, la dupiicitc et les ruses d'une politique empruntée aux plus honteuses époques de l'histoire des hommes.

Depuis février 1848 surtout, j'ai, au milieu des circonstances les plus diverses, cherché à vivre de manière à n'avoir jamais à rougir ni devant la conscience d'un chrétien sincère ni de^'ant la conscience d'un esprit éclaiié par les inspirations des sages dont l'espèce humaine a gardé le nom. Ce que j'ai fait le 7 décembre est le résultat de ces pensées intimes. C'est à vous, -Monsieur, qui voulez bien me dire votre âge, à vous qui avez atteint cinquante -sept ans dans un sacerdoce auguste, que j'ouvre ainsi sans regret, les replis de mon cœur ! Hélas ! Les épreuves de la France ne sont pas finies ; nous sommes tombés dans l'ordre moral plus bas que je vulgaire ne se l'imagine et, ce qui me désole, bien plus que les circonstances qui me touchent, c'est que toutes les puissances morales de la société semblent frappées de peur et hébétées à la vue d'événements pendant lesquels elles devraient se sentir appelées à relever les hommes que le despotisme le plus grossier et le matérialisme le plus abject vont déshonorer. Tout ceci serait-il de la décadence? Si nous devons subir le sort de la populace et de la foule abjecte des Romains du bas empire, je n'oublie pas qu'il y a des âmes qui, dans ces temps néfastes, ont su se présenter de toute souillure, qu'elles n'avaient pas oublié qu'elles cachaient, sous leur enveloppe d'argile, une flamme céleste qui venait de Dieu et qui devait aspirer A rentrer après la mort dans ce cœur de l'esprit et de la vérité.

Pardonnez-moi, Monsieur, tous ces sentiments ; je ne vous peindrais pas l'état de mon ànie si je ne- vous parlais ainsi ; vous êtes prêtre chrétien, vous êtes honnête ; je vous ai voué une estime et une amitié sincères; à tous ces titres je crois pouvoir vous écrire comme je le fais. C'est presque me confesser!, ■

I Leure Ju 17 Jctemhre 18; 1.

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