LE PROPRE DIOCÉSAIN
Angers^ lé tô avril i8$$.
Monseigneur,
Les obsen'ations que vous m'avez entendu faire avant-hier, en séance capitulai re m'ont été suggérées par le travail de nos confrères du Mans. Le premier cahier m'avait déjà montré que je ne savais guère à quoi je m'engageais lorsque j'avais accepté l'honorable commission de préparer, pour une notable part, le propre liturgique de notre diocèse. Le second cahier est venu me démontrer que, pour viser à la perfection du genre, d'après les idées dominantes d'aujourd'hui, ou seulement pour ne pas encourir trop de blâme de la part des connaisseurs en liturgie, j'aurais, non seulement à faire une très grosse besogne, mais à sacrifier mes convictions, mes appréciations et presque m'a conscience, sur une foule de points. En effet, lorsque j'entends prôner autour de moi le heau, Vexcelîent travail de nos voisins, j*ai le malheur, tout en applaudissant à leur application sérieuse^ au mérite de leur vaste érudition, à la gravité de leur langage, de trouver pitoyable le résultat de tant d'efforts; il m'est impossible de qualifier autrement une partie de leur propre et notamment leur grand office de saint Julien. Le fond de cet office est d'une pauvreté insigne, les pensées en sont vulgaires, la diction en est plate et sans pureté, la critique en demeure douteuse et problématique malgré les dissertations préliminaires. C'est, du reste l'œuvre d'un auteur du moyen-âge... Evidemment je n'entends rien aux formes et au style liturgiques et je ne suis point apte à la facture d'un /)ro/)r^ diocésain ; car, à mes yeux, les rédactions du 17*^ et du 18"^ siècles ne sont ni trop pures, ni trop châtiées, ni trop modernes; à mes yeux les paroles de Moïse, de Salomon, de saint Paul, ne sont ni trop simples, ni trop communes, ni trop vieilles pour fournir la matière des antiennes et des répons : autre opposition de ma part avec les vrais liturgistes.