‹ Un dernier GallicanChapitre 113 sur 162 · LE PROPRE DIOCÉSAIN · texte numérisé non relu

LE PROPRE DIOCÉSAIN

Or, Monseigneur, que ces derniers diront-ils de moi, si je contribue à faire écarter des prières dans le goût de celles que Le Mans vient d'adopter, par exemple un office moyen -âge de saint Maurice...? N'accuseront-ils pas l'influence de Venlêtc gallican, si j'obtiens le rejet de certaines légendes que nous trouvons dans les Bollandistes, ou môme dans nos propres liturgies, et qui renferment des anecdotes tout aussi piquantes que celle du gros serpent, lequel, disent nos vénérables et doctes manceaux, crepnii médius, à la vue de saint Julien i.

La séance du 14 a tout naturellement achevé de me déconcerter. On n'avait rien étudié, rien préparé ; plusieurs n'avaient même pas lu le travail de la commission. Cependant ce travail a été jugé immédiatement dans l'ensemble et dans les détails ; une soixantaine de saints ont passé, au pas de course, par les mains du chapitre qui a fait leur affaire dans deux heures, ce qui représente deux minutes, l'un dans l'autre, pour chacun ; et Dieu sait pour quels motifs 4 ont été élus plutôt que 29 autres, dans la catégorie de ceux qui ne figuraient pas au projet de la commission ! Une pareille manière d'opérer ne menace-t-elle pas des plus disgracieuses éventualités le travail bien autrement long et délicat qu'il s'agirait maintenant de faire, sur le calendrier adopté samedi ?

Enfin, Monseigneur, j'ai persisté à regarder comme fâcheuse et trop peu motivée la substitution de la liturgie romaine à la nôtre et à n'y voir, dans un avenir peu éloigné, que des dépenses, des embarras, d'inutiles regrets, pour notre diocèse, et sans compensation appréciable. Cette considération qui ne m'a pas empêché cependant d'accepter franchement le travail, au début, contribue avec les raisons précédentes à m'inspirer un profond

1 « Dum urbem repetunt, in iiinere obvius fit puer, quem scrpcns flexuosis nexibus complectebatur : ad cujus aspcctum omnes invasit tremor. Sed orante beato Pontilice, serpens crepuil médius et puer evasit incolumis » (Officia propria insignis KcclesiaeCcnomanensis. L)ie XXVIII januarii, secundo die intra oci.^ Icctio VI).

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di'goût;cL' sentiment trC's involontaire, paralj'se le peu d'aptitude que je pourrais avoir pour ces sortes de choses, et il justifiera suffisamment, aux yeux de Votre Grandeur, de ia démission que je la prie d'accepter, et que je fais par ia présente, de mes fonctions comme membre de la commission du propre liturfrique. Je suis, etc.

Celte lettre refroidit les relations de M. Bernier et de l'ëvèque. Mv Angebault la prit pour un blâme. Dans ses conversations il ne faisait que gémir de l'audace ultra- RiOQtaine en la flétrissant de presbytérianisme et de laîcisme, et néanmoins il lui obéissait. Il croyait que le système bistorique qu'on voulait introduire dans la liturgie n'était point fondé, et il l'acceptait. Tont le monde répétait son mot ; « Ils veulent du romain, ils en auront. >. Il prenait sa revanche en réduisant à leur minimum les olflces propres de son diocèse. El voilà qu'un de ses chanoines se retirait de l'entreprise avec dégoût sans vouloir sacrifier ses convictions à l'engouement pour une fausse chronologie et des légendes apocryphes! L'évèque vît dans cette fierté une leçon blessante et l'abandon rancuneux d'un auxiliaire sur la capacité duquel il avait compté. Pour éviter désormais des tiraillements douloureux, if s'avisa prudemment d'établir une bascule entre les partis. Les élucubrations et les embarras de la commission liturgique furent soumis officieusement à dom (juéranger par l'entremise du chanoine Lamoureux, ancien aumônier de l'Ecole des Arts, et du bénédictin (loin Libreton, ancien élève de cette Ecole, A l'occasion Sa UniLidi'ur intervenait elle-même auprès du père abbé

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