LOISIRS DE CHANOINE 35 I
et, pour se le concilier, savait lui adresser des compliments qu*on est étonné de trouver sous sa plume. En même temps et sur les mêmes questions, il réclamait à titre d*ami le secours de son ancien vicaire général. Le chanoine ne lui refusa point ses services, mais n'intervint plus ostensiblement. Il s'abstint même de prendre part à la controverse liturgique. II se garda de comparer, comme d'autres gallicans, les légendes romaines à celles des bréviaires français. La volonté du Saint-Siège fut son seul motif de soumission, mais il crut toujours que celte volonté avait été surprise, et que, plus tard, une fois l'effervescence passée, on regretterait des dépenses et des travaux inutiles, beaucoup de bruit et de besogne pour un résultat peu appréciable. Quand, à la fin de 1858, il lui faudra faire abandonner le bréviaire où sa jeunesse sacerdotale avait trouvé la joie et la force, il n'étalera point de stériles regrets. Sur son lit de mort, à propos de l'autorité des livres liturgiques, il écrira quelques pages inspirées par la seule doctrine théologique qui soit judicieuse et respectueuse pour le Souverain Pontife K
Un débris de la correspondance de M. Bernier avec Tune de ses pénitentes qui se plaignait de son retard à écrire, renseigne sur son train de vie, lorsqu'il eut terminé son grand travail sur les Néo-catholiques, et cessé d'être membre de la commission liturgique.
I Le Doute lèi^itime, p. 67-70.
Mademoiselle et biex chère fili.e.
J'aime les interprétai ion s que vous ilonnoz à mon silence. Elles prouvent, tout à la fois, la confiance que vous inspirent mes dispositions à votre égard et celle que je dois avoir dans les vitres pour moi. Il est certain que je me sentirais de force à vous faire un peu souffrir, s'il le fallait, pour votre bien ; et vous auriez raison d'appeler cela du dévoùment pénible. Mais je dois vous dire, cbére fille, en bonne conscience, que, pour cette fois, je n'ai point ce mérite. Ma paresse pour écrire, jointe h l'absence d'utilité notable : voilà la cause unique de mon retard. Je tenais aussi à profiter de circonstances favorables, pour certaines études qui demandaient un peu de suite ; cela a pu contribuer, comme à mon insu, à l'ajournement de ma lettre et de plus d'une autre chose. Maintenant, je n'ai plus rien en chantier ou sur le métier. Mais ne vous fiez pas trop pour cela à une certaine assiduité épisiolaJre ; vu la nature dont je suis, — et j'ai le malheur, peut-être, de n'en point rougir, — je serais téméraire, si je prenais des engagements à cet égard, excepté toujours, le cas d'utilité... Du reste dans le temps même, où je ne devais nullement appréhender l'ennui du désceuvrenient, j'avais toujours quelque travail ou étude en commencement, pour savoir :V quoi m'occuper utilement dans les instants libres. A présent que je nage en plein dans le loisir, croyez bien que je ne manquerai pas à mettre toujours entre moi Çt l'ennui, quelque chose qui le tienne à distance, et il y aura même tel moment où ce quelque chose l'emportera sur des choses qui me sont en elles-mêmes agréables, \'ous savez que le Triiingh fait une diversion assez notable sur le fleuve de temps qui vient chaque malin inonder ma vie. 11 serait trop long de vous dire en détail, mes semis, mes planiaiions, mes arrosenienls, etc., etc. Mlle Leconte pourrait vous dire tout cela. Elle aimera