LE DIRECTEUR SPIRITUEL
une jeune fille d'une rare piété, on se permit de le plaisanter de ce qu*il n*en avait pas fait une religieuse. « Je voudrais avoir, dit-il en souriant, toutes les semaines, des saintes à marier ».
Au nombre des pénitentes de M. Bernier se trouva l'une des demoiselles les plus accomplies de la société angevine. Elle devint Mme Félix de Las Cases. Son mariage donna de grandes espérances de bonheur. Dans le temps où elle allait être mère, son mari n'était pas auprès d'elle. « Il se disposait à y revenir^ raconte Mlle Leguay, quand, avant son départ, il eut un rêve ou une vision. Il lui sembla qu'étant en route pour se rendre, il faisait la rencontre d'un convoi funèbre. » Il hâte son voyage et reçoit l'annonce du malheur dont il est menacé. Quelle ne fut pas sa douleur lorsqu'à peu de distance de son habitation où il accourait, il renconlra le convoi de l'enfant qu'il ne pouvait plus voir et dont la naissance allait imposer un double sacrifice à son cœur d'époux et de père. Il ne lui resta que la triste consolation de passer au chevet de sa femme quinze jours d'angoisses et d'alarmes.
On ignore si avant son union, M. de Las Cases entretenait des relations avec M. Bernier; mais brisé par la douleur, l'infortuné vint chercher quelque consolation près du guide spirituel de celle dont la perte l'accablait. Il y trouva le calme et la paix. S'en tenant à un premier sentiment, il songeait à quitter le monde. Les dominicains lui inspiraient de l'attrait et pourtant tout restait vague et obscur devant lui. M. Bernier lui conseilla d'aller faire une retraite dans un ordre religieux vers lequel il ne se