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professaient avec ferveur la doctrine du dogme nouvellement promulgué, mais plusieurs, dans leur conservatisme, ne sentaient pas le besoind'en modifier la position. D*après sa correspondance, le chanoine n'eut aucun mérite à faire un acte de foi. L'exemption de toute tache originelle en Marie lui avait toujours paru la conséquence naturelle de l'incarnation. Il comprit même parfaitement la joie que le décret causa dans toute l'Eglise. Cependant il trouva puéril-, peu digne et plein d'inconvénients d'attacher à ce point de doctrine autant d'importance que le firent les ultramontains. Leur immense enthousiasme lui sembla et une exagération doctrinale et un blâme de la conduite de l'Eglise qui pendantdix-huitsiècles s'était abstenue d'une définition. € Non seulement, disait-il, cette croyance est à un rang très inférieur dans l'économie générale de la révélation chrétienne, mais il s'en faut de beaucoup qu'elle occupe le sommet dans le plan particulier des croyances relatives à la très-sainte Vierge *. i» a Si encore on se bornait à exagérer outre mesure la grandeur et la sublimité du titre de Vierge immaculée et l'importance du dogme qui le reconnaît en Marie ! On peut du moins au moyen d'une mauvaise métaphysique et de quelques phrases sonores, aussi creuses que bien arrondies, donner atout cela un caractère apparent de gravité et de vérité. On ne s'en tient pas là. On rattache au dogme cl au décret qui l'a proclamé mille idées arbitraires, hasardées, étran-
I Le Joute li-^ilime, p 85.
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gess on veut nous y faire voir le commencement d'une ère nouvelle^ le présage de bédédictions inouïes de la part du ciel, l'annonce prochaine de la conversion ea masse des sociétés dissidentes S etc., etc. » Bref» il parut à M. Bernier que, pour beaucoup, Tlmmaculée-Conception était «une seconde religion », comme la vision de la Salette'.
Depuis quelques années cet événement passionnait
1 Bien que M. Bernier n'en ait pas parlét son histoire peut relever qu'à l'aide du dogme nouvellement dénni l'abbé Jules Morel prouvait la nécessité de l'absolutisme, l'inanité des idées républicaines et prédisait la ruine prochaine des Etats-Unis d'Amérique. Cf. Morel, Inqui" sition et libéralisme^ p. 165-169 ; Hoitis, L'Américanisme^ p. 183.
2 Le doute lé/iritime, p. 86 — Les catholiques ont discuté sur ce sujet jusqu'au XX« sië^cle, si bien que Pie X a dû rappeler la vraie doctrine, dans son encyclique du 2 février 190.^, promulguant un jubilé pour le cinquantième anniversaire de la dénnition du dogme. (( Ne faut-il pas taxer, dit-il, de peu de foi des hommes qui négligent ainsi de pénétrer ou de considérer sous leur vrai jour les œuvres de Dieu .- Qui pourrait compter, en effet, qui pourrait supputer les trésors secrets de grâces, que, durant tout ce temps, Dieu a versés dans son Eglise à la prière de la Vierge ? Et, laissant môme cela, que dire de ce concile du Vatican, si admirable d'opportunité .^ et de la détinitton de l'infaiUtbilité pontîHcale, formulée si bien à point à rencontre des erreurs qui allaient sitôt surgir .- et de cet élan de piété, enfin, chose nouvelle et véritablement inouïe, qui fait affluer, depuis longtemps déjà, aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, pour le vénérer face à face, les fidèles de toute langue et de tout climat .- Et n'est-ce pas un admirable effet de la divine Providence que nos deux prédécesseurs, Pie IX et Léon XIII, aient pu, en des temps si troublés, gouverner saintement l'Eglise, dans des conditions de durée qui n'avaient été accordées à aucun autre pontificat .- A quoi il faut ajouter, que Pie IX n'avait pas plus tôt déclaré de croyance catholique la conception sans tache de Marie, que, dans la ville de Lourdes, s'inauguraient de merveilleuses manifestations de la Vierge ; et ce fut, on le sait, l'origine de ces temples élevés en l'honneur de rimmaculéc Mère de Dieu, ouvrage de haute magnificence et d'immense travail, où des prodiges quotidiens, dus à son intercession, fournissent de splendides arguments pour confondre l'incrédulité moderne. — .T*ni et de si insignes bienfaits, accordés par Dieu, sur les pieuses sollicitations de Marie, durant les cinquante années qui vont finir, ne doiventils pas nous faire espérer le salut pour un temps plus prochain que nous ne l'avions cru ? »
3 IHd., p. j et 86.