LA SALETTE
les catholiques de rAqjou. Une guérison attribuée à Teau de la Salette avait non seulement déterminé un grand nombre de fidèles à croire à la vérité de Tapparition, mais encore à vouloir l'imposer à leurs coreligionnaires. La liaison de la guérison et de Tapparition leur semblait nécessaire et ils répétaient en chœur avec Tabbé Rousselot la célèbre parole de Richard de Saint- Victor : (f Seigneur, si ce que nous croyons est une erreur, c'est vous qui nous avez trompés >).
L'écho le plus sonore qu'ils éveillèrent fut celui des voltairiens qui répondirent par des sarcasmes aussi nourris que prolongés ^ Les catholiques plus instruiis se sentirent dans une situation humiliante etdangereuse.
« Ces catholiques sinc<!îres et judicieux, dit M. Bernier, voient d'un côté de fervents apôtres de la Salette qui excitent l'admiration et l'enthousiasme des fidèles, d'un autre côté les librespenseurs qui s'emparent de cet enthousiasme même et de ce grand mouvement opéré dans un siècle tel que le nôtre, à l'occasion de miracles mal caractérisés et très problématiques, pour décrier tout le surnaturel des siècles passés, moins éclairés et plus crédules que le dix-neuvième, et pour soutenir que tout s'explique en définitive par ces quatre mots : Amour du merveilleux et crédulité du côté des peuples, zèle du prosélytisme et habileté du côté des prêtres. Quand on considère de bonne foi et sérieusement cette lutte, suscitée par la Salette, entre deux influences qui agissent en sens inverse sur les esprits, il est naturel de craindre que le résultat total n'en soit pas heureux s. »
1 On en retrouve dans la correspondance de Grégoire Bordillon.
2 Le doute lé^itim^, p. 55.