‹ Un dernier GallicanChapitre 138 sur 162 · VISIONS 4I · texte numérisé non relu

VISIONS 4I

repondit : « Mais c*est ctonnant comme je suis bien. » Il avait h la main une poignée de cerfeuil qu'il se disposait à porter à sa bouche. Je lui dis : « Ne mangez pas cela, ça pourrait vous faire mal ». A quoi il répondit, avec une assurance qui produisit sur moi sûrement une forte impression : « Soyez bien tranquille, maintenant je n'ai plus rien à craindre ». Puis il disparut.

Une autre personne à qui ces communications avaient été confiées écrivait, à la date du 16 août 1860 :

« Si vous saviez comme ces rêves me reviennent souvent à la pensée et comme ils me semblent l'expression de la vérité I II semble que Dieu n'ait demandé à ce bon Père que l'aveu de son erreur pour la lui pardonner et le récompenser de toutes ses vertus : « En effet je me suis trompé ». Puis peu de temps après : « Cest étomiani comme je suis bien, Maititenaiit je tnù plus rien à craindre ». Que le bon Dieu est bon d'avoir permis cette révélation I C'en est bien une pour moi ». ^

Rêves sacrés de ramitié ! Ils ne pouvaient manquer de se produire parmi les pieuses filles qu'avaient subjuguées tant de vertus et tant de talents. L'adversaire de M. Bernier, dom Guéranger, inspirera aussi des visions, mais elles seront, comme il conviendra dans leur milieu, plus conforme aux traditions hagiographiques.

Histoire posthume ^

Par un testament fait à Juigné, M. Bertiier avait institué Mlle Leguay sa légataire universelle. Sans elle il lui aurait été impossible de s'établir dans sa cure, et il s'imaginait qu'il lui laisserait quelque bien pour reconnaître son dévouement. En réalité sa succession consistait en plusieurs milliers de francs de dettes. Il s'en aperçut avant de mourir et constata qu'après toute une vie de labeur^ il n'avait pas « où reposer sa tête * ». En écrivant sur un codicille l'expression de ses dernières volontés : il disait : c Je ne puis donner à ces mots la forme de testament, puisque je ne possède rien it. Il laissait à son frère son petit crucifix de vermeil; à Mlle Leguay, son chapelet, don des enfants de l'asile de Saumur en 1836 ;au petit séminaire, son camail et ses deux rochets de chanoine. Pour ses autres amis il puisa dans son unique trésor, sa bibliothèque. Après en avoir distrait, en souvenir, quelques beaux ouvrages, il la légua tout entière à la Commission des hospices pour être déposée à l'Hôpital : elle serait divisée en deux sections, l'une de trois cents volumes à l'usage des

I Chapitre inédit.

3 Le terrain de sa sépulture lui fut payé par Mlle Bellanger, propriétaire, chemin des Banchais.

o-uvres posthumes 419

laïques, l'autre de huit cents volumes à l'usage des ecclésiastiques et des aumôniers. Le legs fut accepté. Mais, plusieurs années après, Mlle Leguay apprit que les livres restaient en caisses dans le grenier et qu'on ne prenait aucune disposition pour qu'ils pussent servir ; elle les racheta pour cinq cents francs. Ils furent alors déposés à Taumônerie de la Visitation : on les emprunta, on les pilla même un peu. Mlle Leguay en fit alors présent au petit séminaire.

Le soin le plus important qui incombait à la pieuse fille, concernait les œuvres posthumes de M. Bernier. La brochure sur Le doute Ugiiime sortait des presses au moment où il mourait.

Mlle Leguay en soumit un exemplaire à M^' Régnier en lui apprenant la mort de son ancien collaborateur. L'archevêque de Cambrai répondit :

Cambrai, le <; juillet tS^çq.

Mademoiselle,

J'étais en visites pastorales, quand j'ai appris par votre lettre la perte que nous avions faite de l'excellent abbé Bernier. Les affaires diocésaines dont j'ai eu i'i m'occuper sans cesse depuis mon retour à Cambrai ne m'ont pas permis de vous remercier plus tôt de l'affectueuse obligeance avec laquelle vous m'avez écrit.

M. Bernier était un de mes plus anciens et de mes meilleurs amis. Notre liaison datait de 181 5 ; nos rapports ont été de tous les jours pendant de longues années, et jamais notre amitié ne fut troublée par le plus léger nuage. Presque en tout nous avions mêmes goûts et mêmes vues, comme nous eûmes

4ÎO (KUVRES POSTHUMES

longtemps mêmes sollicitudes et mêmes travaux. J'ai offert pour le cher défunt le saint sacrifice de la messe, dtïs que j'ai su que Dieu l'avait retiré de ce monde. Je lui conser^■erai un pieux souvenir au saint auiel tant que je vivrai.

J'ai reçu, la petite brochure dont l'impression l'occupait pendant sa dernière maladie. Je n'ai pu qu'en commencer la lecture. Dans quelque temps, je serai à même de vous dire ce que j'en pense. La mémoire du bon abbé m'est chère et précieuse comme à vous.

On peut graver sur sa tombe ces paroles de l'Ecriture : Timenti Domiuum bette erit in extremis, et in die defunclionts siine beiiedifttur. (Eccl. i, ij). « Celui qui craint le Seigneur se trouvera heureux A la fin de sa vie, et il sera béni au jour de sa mort. ». Elles font allusion aux tribulations qui ont agité une partie notable de sa vie, et à la mort si calme, si douce et si pieuse qui l'a terminée'.

Recevez, Mademoiselle, l'assurance de mes sentiments tout dévoués en N. S.

f R. F., Archev. de Cambrai'.

Celte lettre arrivait à point pour tirer d'embarras Mlle Leguay. M^' Angebault considérait l'opuscule de la Saiette comme un formidable dépôt de dynamite

1. Mlle Lceuay consulta bcaiii:oup pour savoir quelle inscription Kraver au cicd de la simple croix aui marque le lombeau de jM. Bcrnier. nguitia libtratus est. — L'idée de

Rtauicvit suptr cum Spiritus Domhii.

Sfirilus intelleclus ct/orliludinis.

Btnefac, Dnrnine, bonit et redis (orje.

La lomhc de M. Bcrnier se trouve, — du cOié sauchc quand on entre dans le cimetière, — dcrriÈre le monument de Dauban, entre la pierr« tombale de M. ei de .Mme de Chateauncuf et la chapelle de la famille Lepagc.

3 Lettre du 5 juillet iH;u.

Page 1