‹ Un dernier GallicanChapitre 14 sur 162 · LE COLLÈGE DE DOUÉ · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE DE DOUÉ

table mérite. M. Moufflet' ne put continuer l'œuvre de M. Bernier. La municipalité voulut alors essayer d*un caréy et puis d*un autre. L'Université en appela même un, du fond de la Picardie, comme habile restaurateur des collèges tombés ; mais, en sortant bientôt après, celui-ci ne laissa que des ruines.

I M. Mouffiet devint ensuite proviseur des lycées de Bastia et de Grenoble

Le Guré de Saumur < <1831-1837)

Dans sa Notice sur le Collège de Beaupréaa, M. Dernier oppose ù la (k'scrîplion eiilhousiasle de sa clièrc Vendée angevine le liibleau de la région où s'ccoulcrunt dîs-sepl années ilc sa vie, soiE comme principal, soit comme curé,

x napprochons-iM)us de Saumur, dit-il, pour obstn-er les campagnes tiivironnantes, surtout les communes qui s'étendent depuis la rive gauche de ia I.oire, jusqu'aux limites des départements de la Vienne et des Deux-Sévres. Nous trouverons dans les villages et dans tes fermes do vrais philosophes, qui ont pris, nous ni; savons pas où, leur philosophie, mais à qui Voltaire, Helvétius et Michelctnesauraient plus rien apprendre. Pour eux, Dieu esistc, probablement, mais ils ne le distinguent guOre de la namre ; ils sont presque panthéistes, sans s'en douter, et leur religion est à peu prés nulle. Ils ne sont pas bien sûrs d'avoir une âme, et ils aiment à répéter : (( Quand /V serons morts, tout sera mort t. Ils se mettent fort peu en peine des commandements de Dieu et de l'I-Iglise. Prédisposés à croire les plus grossières absurdités, pourvu qu'on les débite avec assurance, surtout quand ils y voient un vernis d'irréligion, ils réservent pour Its enseignements de leur curé toute leur incrédulité et toute lear défiance. Ils sont rudes et souvent maussades, plutïH que simples ; leur hardiesse dégénère en effronterie ;

I W«»c Jt l.\'ij;u, \ \XXVm (iSgg).

LE SAUMÛROIS i9

leur franchise ressemble trop à Tinsolence, et souvent elle masque la mauvaise foi. Si vous paraissez être au-dessus d'eux, ne fût-ce que par votre habit, cela suffit pour qu'ils vous suspectent et vous jalousent, s'ils ne vont pas jusqu'à vous haïr. S'il vous prend envie de causer avec eux, souvenez-vous que ces esprits grossiers ne peuvent s'élever à. aucune pensée de l'ordre intellectuel et moral, parce que chez eux il n'y a que la terre qui reçoive une culture un peu soignée. L'instruction primaire y végète misérablement, comme une plante exotique, et elle n'y produit que des fruits peu abondants et bâtards *. m

Qui reconnaîtrait dans ce portrait l'aimable et intelligente population saumuroise ? Peut-être fut-il ressemblant vers 18îi7 ou 1831 : même pour cette époque, il parait plutôt une caricature, où la main de l'auteur, guidée par une rancune amère et une haine de race, a trop accusé les traits universels du scepticisme rural ou de la crédulité populaire. N'aurait-on pas pu écrire de ces chers Vendéens : <i Prédisposés à croire les plus grossières absurdités, pourvu qu'on les débite avec assurance, surtout quand ils y voient un vernis de religion ..?» Quoi qu'en ait dit M. Dernier, tel n'est point le Saumurois, et dans son indifférence vis-à-vis du catholicisme Thistoire impartiale peut découvrir des circonstances atténuantes.

Sans remonter au protestantisme dont Saumur fut une citadelle, ni même au jansénisme, la décadence religieuse de cette région était sensible avant la Révolution. Des moines riches et philosophes, des prêtres aux idées avancées avaient disposé ce peuple à recevoir avec

1 Xotice, r* édil., p, 6 : 2 édit., p. 16,

30 (,E SAUMCROTS

enthousiasme la constitution civile du clergé. Le quart des ecclésiastiques du diocèse d'Angers prêta le serment, mais les jureurs Turent surtout nombreux dans le Saumurois '. Les événements marchèrent vite et la Terreur, qui se fit sentir particulièrement en Anjou, poussa bientôt nombre de curés constitutionnels à l'abjuration publique d'une foi dont on leur faisait un crime et que plusieurs, d'ailleurs, n'avaient plus. On en vit rendre leurs lettres sacerdotales avec une fanfaronnade scandaleuse. D'autres, moins compromis, entrèrent dans l'arrangement concordataire. Napoléon ne voulait pas qu'on leur demandât de rétractation. Ils tirent le moins possible amende honorable et, sans le vicaire général Meilloc, ils l'auraient complètement esquivée. D'aucuns n'avaient pas vécu sacerdoia liment pendant plusieurs années, parfois pas même philosophiquement. CoifTés du bonnet rouge, quelques-uns étaient devenus dans les clubs des orateurs sanguinaires ou grotesques, accusateurs de leurs anciens confrères et de leurs partisans. En les voyant reparaître dans la nouvelle église, alors que d'autres moins avilis ou même estimés restaient sécularisés, comment le peuple n'eût-il pas été surpris? Ne reprenaient-ils pas simplement un mélier 7 Si plusieurs, par ambition ou par conviction, montrèrent du zèle, la plupart restèrent très accommodants et fraiernisûicnl 'folonVicrs avec leurs anciens collègues, les prclresnti/s, comme on disait, qui, retirés de préférence

Page 1