‹ Un dernier GallicanChapitre 140 sur 162 · ŒUVRES POSTHUMES · texte numérisé non relu

ŒUVRES POSTHUMES

time et d'affection. Sa dernière brochure, si elle se répanâjût ne ferait guère que troubler le repos de sa tombe. Elle ne changerait pas les idées de ceux qu'elle combat. Peut-être donnerait-elle lieu encore à une polémique où la ménioire de l'auteur serait peu ménagée. Mieux vaut garder le silence que d'exciter un bruit qui ne saurait avoir de bons résultats. Je ne vous envoie que les trois exemplaires auxquels vous avez restreint votre demande. Je pars pour une longue tournée de confirmation».

L'archevéquefitpresqueentièrementdétruirerédition.

Mlle Leguay cmt encore, sur l'avis de M^^ Régnier et de plusieurs autres ecclésiastiques, nécessaire de difiTérer l'impression du manuscrit des Néo-^eaiholiqaes. Elle se consola en préparant la publication de la Tie de M. Bernier. Immédiatement après sa mort, M. Beugler avait accepté l'offre de l'écrire. Il ne se pressa point et ce ne fut que quand il sentit les atteintes de la maladie qui devait l'emporter qu'il se préoccupa d'achever son œuvre. Elle était presque finie quand il mourut au mois d'août 1866. Il avait fait retourner à Mlle Leguay les papiers qu'elle lui avait confiés, mais sans y joindre son propre travail. Le manuscrit fut perdu ou supprimé dans sa succession. Toales les recherches qu'entreprit pour le retrouver le confesseur de rauteur, l'aMié de la Dyriais, restèrent vaines. Ainsi disparut une biographie composée trop tôt pour être complète, mais très précieuse parce qu'elle avait été élaborée dans un cercle d'hommes de talent, d'amis intimes du défunt, et de contemporains des faits.

1 Lettre du i8 septembre.

Pour aider M. Bougler, Mlle Leguay avait écrit une relation de rétablissement de son asile de Saumur et quelques souvenirs sur la vie de M. Bernier. Ces pages furent revisées par un prêtre distingué, Tabbé Gardais. Il indiqua les points à développer, les témoignages à recueillir. Le petit mémoire grossit parallèlement à Tœuvre de l'historien en titre et peut-être aurait-il atteint la forme d'un livre si le conseiller de la pieuse fille n'avait été éloigné de la ville d'Angers^ par sa nomination h la cure des Rosiers, en décembre 1862.

De nombreux amis de M. Bernier demandèrent à Mlle Leguay de faire imprimer cette notice. Elle allait céder, en 1869, à leurs instances réitérées, quand la crainte de déplaire à M^"^ Angebault et de réveiller la haine des adversaires du chanoine l'arrêta. Plus tard, dans des circonstances difficiles qu'elle n'osa pas surmonter, elle vit une preuve de l'opposition de la volonté de Dieu.

L'œuvre de Mlle Leguay est une œuvre de sentiment. On n'y rencontre pas, comme on le pense bien, la prétention de raconter, d'analyser, de juger le théologien et le polémiste ; on n'y voit que l'attachement respectueux qui veut mettre en lumières les éminentes qualités de l'esprit et surtout du cœur de son directeur et de son ami vénéré.

La forme est ordinairement simple, quelquefois embarrassée, mais pleine d'une grâce touchante, et d'une onction d'autant plus pénétrante qu'elle est moins cherchée. Les erreurs de faits, l'absence de critique historique, des longueurs, des hors-d'œuvre, quelques

défauts de style, achèvent de li^ii donner un caractère spécial. C'est cette notice qui a sauvé de l'oubli le nom de M. Bernieri C'est elle qui a suggéré à son historien ridée de retracer son portrait, c'est elle qui lui a permis de retrouver et de classer les documents de sa carrière.

Mlle Leguay en a laissé une quarantaine d'exemplaires écrits de sa propre main, et destinés aux meilleurs amis du chanoine ^ Les copies postérieures à 1869 sont les moins intéressantes. Les expressions clichées de la dévotion y tiennent de plus en plus de place, et cette nouvelle manière s'explique par le changement de vie de l'auteur.

En 1866, la servante qu'elle avait chez elle depuis dix-sept ans et qu'elle avait élevée elle-même dans son petit asile, la quitta pour se marier. Désolée de se trouver seule, elle eut la pensée de retourner à Saumur auprès de ses chers enfants. Leur grâce, leur joie et leur tendresse lui auraient donné la joie et la consolation. Elle aurait revécu le temps de sa jeunesse. Cette heureuse pensée ne se réalisa pas. Les deux amies de Mlle Leguay, la comtesse de Tigné et Mlle Bernard, qui avaient pris le voile à la Visitation d'Angers, lui conseillèrent de se retirer dans leur monastère. Elle s'y fit

I J*ai réuni et déposé une quinzaine de ces mémoires aux archives de Mongazon. — En 1 901, j'ai offert à;ia bibliothèque de la Ville d'Angers, trois manuscrits de Mlle Leguay^contenant, le i^% le catalogue des livres composant la bibliothèque de l'abbé Bernier, catalofi^ue dressé et écrit par lui-même en octobre 185H et sa biographie par Mlle Leguay ; le 2*, une biographie plus longue, écrite en 1871 : le 3*, une notice sur la fondation de la maison d'entants trouves, et sur la fondation du monastère du Bon-Pasteur à Saint-Florent le jeune.

admettre comme agrégée, sans être assujettie à la règle ni à la clôture.

Les copies qu'elle écrivit de ses Souvenirs à partir de celte époque se distinguent des précédentes par la substitution du pronom indéfini « on ]> aux expressions de la première personne et par la suppression de tout ce qui la concernait, elle et sa famille. Elle disait à M. Chesneau, le supérieur du couvent : « Je vais m'efforcer d'apprendre Thumilité à la façon de nos chères sœurs visitandines 1 ».

Malgré son désir de ne point se mettre en avant, elle essayait de profiter de toutes les occasions de justifier la mémoire du chanoine. Quand Tévëque fit, en 1867, le voyage de Rome, Mlle Leguay lui demanda de bien vouloir donner à la congrégation de l'Index des explications sur M. Bernier. Bien qu'il se fût soumis complètement et publiquement après sa condamnation, on n'en avait tenu aucun compte, on n'avait jamais fait suivre dansie catalogue des livres prohibés la mention de ses deux ouvrages de la formule : Auctor laudabiliter se subjecit ou bien opus reprobaoit,,. Pensant attirer les bénédictions divines sur la négociation, Mlle Leguay remit entre les mains de l'évèque, avec l'expression de sa demande, l'offrande de cinq cents francs pour le denier de Saint-Pierre. A son retour, Monseigneur lui écrivit : d Je me suis occupé à Rome de l'affaire que vous m'avez confiée et à laquelle moi-même je portais bien de l'intérêt. J'ai consulté plusieurs fois un prélat

I Lettre de décembre 1809.

4aé JUSTINE LEGUAY

influent. Il a répondu que si la personne était encore vivante, la Congrégation pourrait encore traiter avec elle, pour demander des explications ou donner des instructions, mais que la Congrégation ne pouvait et ne voulait jamais revenir sur l'examen des faits accomplis, quand la personne n'existe plus ' i».

En 1872 une religieuse de la Visitation mourut après avoir passé plus de cinquante ans dans le cloitre. La pensée de tant de mérites acquis et le spectacle d'une fin très édifiante firent rougir Mlle Leguay de ce qu'elle appelait la làclieté de sa vie. Malgré ses soixante-dix ans elle sollicita d'entrer au noviciat. Avant l'immolation suprême, elle réunit ses derniers documents sur M. Bernier et alla les joindre avec ceux qu'elle avait déjà déposés au petit séminaire dans le prie-Dieu de M.Mongazon. Le supérieur, M. Subileau, lui avait promis de les garder précieusement jusqu'au jour où se présenterait un historien qui voulût bien les mettre en œavre ^. L'orientation religieuse et politique que Ms^ Freppel donnait à son diocèse montrait que cette possibilité tarderait.

L'ancien aumônier de la Visitation devenu évêque d'Evreux, M^*" Grolleau, un des bons amis de M. Bernier, fit exprès le voyage d'Angers pour donner Thabit de religieuse à la pieuse fille. Elle reçut, en même temps, le

1 Lettre du 19 juillet 1867. L'allégation est inexacte.

2 Mlle Leguay remit aussi à M. Subileau, pour le futur historien qu'elle désespérait déjà de connaître, cinq cents francs qu'on devait lui donner, capital et intérêts. La somme fut placée dans une entreprise catholique qui a fait faillite. Enfin Mlle Leguay fit une fondation de quatre messes par an dans la chapelle du petit séminaire.

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