‹ Un dernier GallicanChapitre 28 sur 162 · LE BON-PASTEUR · texte numérisé non relu

LE BON-PASTEUR

Saumur, parce qu'en ce temps-là personne n'y faisait abstinence ; les marchands n*en avaient que de très petites quantités. M. Bernier voulut bien que la mère Pelletier lui en envoyât un panier, mais à la condition expresse de le payer lui-même. Un peu plus tard, il offrait rhospitalité aux religieux qui venaient prêcher la retraite au monastère. Ses aimables propositions sont toujours mêlées de judicieux conseils cachés sous des plaisanteries enjouées. Toute sa correspondance le montre ami dévoué de l'œuvre. Son zèle de quêteur alla jusqu'à recueillir douze mille francs pour elle et, cette année- là même, une de ses nièces entra au noviciat d'Angers. Jusqu'à la fin de son ministère paroissial le curé mit cette fondation au-dessus de toutes ses entreprises, bien qu'une connaissance plus approfondie de la congrégation eût refroidi son enthousiasme.

11 ne semblait plus se préoccuper du petit asile. Sans vouloir en témoigner de l'affliction, Justine Leguay rendait le plus de services possible à la fondation. Au moment où l'entrée de sa compagne dans le monastère lui causait autant d'embarras que de chagrin, elle dit aux dames du Bon-Pasteur : « Puisque vous enlevez la mère, vous devriez aussi vous charger des enfants! d Quelle ne fut pas sa surprise en entendant les religieuses lui répondre qu'avant leur départ d'Angers la supérieure générale les avait autorisées à recevoir les enfants que Mlle Leguay ne manquerait pas de leur offrir. Là-dessus la pieuse fille consulta. «L'abandon s'impose», répondit simplement M. Bernier. D'autres influences se firent sentir dans le sens de la continuation et Mlle Leguay s'y

S6 1,'œuvre des estants trouvés

résolut, u Je vous admire, mais je ne vous approuve pas », lui écrivit le curé, et il ajoutait qu'il entendait par cette déclaralion se décharger de foute responsabilité dans l'œuvre, assurant d'ailleurs qu'il continuerait U lui porter un vif intérêt. La fondatrice de l'aaile ne cessa cependant point de le consulter, el, quand elle apprit, au commencement de 1837, que Monsieur le curé venait d'èlre nommé supérieur-suppléant du petit séminaire Mongazon, elle songea tout de suite à remettre les enfants au Bon-Pasteur. Elle abritait alors, dans sa propre maison, de quinze à dix-huit petites filles. Ceux qui avaient déjà remporté la victoire pour faire continuer l'œuvre revinrent encore à la charge et M. Bernter luimême se rangea de leur avis. Il resta le conseiller le plus judicieux et le plus influent de la pieuse fîlle.

Lorsqu'elle sollicita son avis pour la 'première fois après son départ en lui demandant la permission de lui écrire quand elle en aurait besoin, il lui répondit en ces termes ' :

B N'hésitez point, ma bien clière Jenioisellc,, quand vous .lurcz à m'écrire. Je pourrai bien quelquefois tarder à vous répondre, mais je n'hésiterai jamais.

« Répondrai-je à ta partie de votre lettre qui a pour objet notre séparation ? Dieu sait combien elle m'est pénible ; mais il m'est bien consolant de voir et de sentir que ces liens formés par l'estime et la reconnaissance, sous les auspices de la sainte charité, seront durables et, j'ose l'espérer, éternels ! Du reste, plus je pense à Saumur, plus je comprends que la paroisse de Saini-Pierre. si misérable à bien des égards, inspire aux prêtres

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