VICAIRE CAPITULAIRE
directions, chaque jour, trouvez bon qu'elle ne s'arrête que quelques instants avec vous ' »,
Des cinq vicaires capitulaîres, M. Montalant, plus que septuagénaire, et M. Quincé, octogénaire, étaient trop fatigués pour s'occuper des alTaîres. Le supérieur du grand séminaire,M. Desgarots, très réservé, se croyait assez occupé du gouvernement de sa maison. De la sorte, l'administration diocésaine retomba tout entière sur MM. Régnier et Bernier, Celui-lù, devenu plus tard archevêque de Cambrai, appelait son ■ vieux compagnon d'armes b ce collègue qui déjà, vingt années auparavant, lui avait été associé dans son enseignement de professeur de philosopbie. Tous deus avaient les mêmes vues el gouvernèrent de bon accord. Le début de leur Collaboration montre dans M. Bernier une circonspection littéraire trop rare dans sa vie pour ne pas être signalée. En rédigeant la lettre qui annonçait au diocèse la mort de Monseigneur Montault, M. Régnier trouva, dans le long épiscopat et les vertus du défunt, la pensée de le comparer à son célèbre prédécesseur du xvii" siècle, Henri Arnauld. M. Bernier fit observer à son collègue que ce rapprocliemcnl pourrait être mal itilerprélè et la phrase fut supprimée de la lettre capiliilaire.
Deux mois ne s'écoulèrent pas entre le décès de i'évéque et celui de M. Mongazon.
Les dernières années du bon père avaient été heu- . Jusqu'à son dernier soupir, il s'imagina le
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supérieur unique d'une maison idéale. Jamais il n'avait récompensé tant d'étudiants pour leur sage travail. Hormis les tracas suscités par l'Université, toutes les ditOcultésd'administration lui semblaient complètement aplanies. Libre et content, il vivait au milieu de ses enfants comme un aïeul, chef encore vigoureux de la fimille. Une anecdote nous peint ses relations avec les élèves. Un jour, pendant la promenade, éclatait subitement un orage terrible : où étaient-ils en ce moment ? Avaient-ils pu trouver un abri? Ne serait-il point arrivé d'accident, car l'heure du retour est passée depuis longtemps déjà ? Le Père s'inquiète, se désole, il veut qu'on parte s'informer ; il résout d'aller lui-même à leur rencontre et s'y fait traîner dans sa petite voiture. Enfin, au bout du chemin du Colombier, il aperçoit ses enfants. Eux comprenant aussitôt sa pensée, ils accourent, l'entourent, se montrent sains et saufs, lui racontent où ils se sont réfugiés etle ramènent triomphalement. M. MongazoQ recevait fréquemment de tels hommages d'affection.
Ces manifestations faisaient grand plaisir à M. Bernier. Ne s'adressaient-elles pas à son père ? Ne développaient-elles pas le sentiment familial, étoufTé quelquefois si malheureusement par l'internat ? Le supérieur réel veillait seulement à écarter tout prétexte de troubles. Par un beau sacrifice, il favorisait les motifs et les témoignages d'affection pour le bon vieillard et se contentait d'estime pour lui-même. Hélas ! ce fut à quoi seulement il put prétendre pendant plusieurs années, de la part de collégiens encore inaccou-
lûmes à ta discipline el sur lesquels il était forcé d'exercer, contÏQuellemeDt et directement, son autorité répressive, la seule qa'il semblait s'être réservée, et dont il empêcha, par mille artifices iogénieux et délicats, M. Mongazon de soupçonner l'existence et la nécessité.
La mort du vénérable vieillard D'amena d'autre changement que de donner le titre de supérieur à celui qui, depuis deux années déjà, en accomplissait toutes les fonctions.
L'année suivante, au mots de septembre, ie nouvel évêque,Monseigneur Paysant, le nomma vicaire généraL • Lorsque M. Régnier et moi, disait un peu plus tard M. Bernier, nous causons administration avec notre évéque, nous sommes avec lui comme deux écoliers, tellement il a d'expérience et d'aptitude pour les affaires. B Sans faire autant de différence, le public trouvait les trois administrateurs capables, mais aussi de mine très sévère. On le disait, et eux-mêmes en plaisantaient parfois. Un jour ils se demandèrent lequel d'entre eux paraissait d'un plus facile accès. Dans l'impossibilité de se classer, ils reconnurent en souriant qu'on devait avoir sérieusement besoin d'eux pour les aborder,
La fermeté de l'évéque ne tarda pas à être mise en relief par un scandaleux procès auquel se trouva mêlé le nouveau vicaire-général.
En 1840, le chanoine Pierre Leconte > fut fortement
'795. ordonni prÈtrc le 26 février i8ïo, icipat du collËge de Saumur. directeur de jiulairc le 36 octobre 1831.
L AFFAIRE LECOXTE 75
accusé d'avoir abusé de plusieurs enfants de la psaleltc dont il était le directeur.
L'affaire causa d'autant plus de scandale à Angers que le chanoine y était très considéré. Il s'était toujours distingué par son assiduité auprès de l'évéque, sa sympathie pour les ordres religieux, son zèle doctrinal, sa dureté pour les prêtres malheureux et tombés. « Leurs fautes, avait-il écrit en 1826, ne sont-elles pas de nature à être ensevelies dans les ténèbres? Ne prend-on pas tous les moyens pour les couvrir du voile du mystère ? Ne sont-elles pas connues seulement d'un petit nombre de personnes, peut-être intéressées à ne pas révéler le fatal secret ? N'est-il pas naturel que celui qui les a commises affecte un extérieur d'autant plus composé que l'intérieur est plus déréglé ? N'est-il pas possible qu'il réussisse à jouer si bien son personnage, que les plus clairvoyants y soient trompés, surtout lorsque cet homme est plein d'adresse, d'esprit et de finesse ^ ? »
Quinze ans après que Leconte eut émis ces réflexions, on pouvait les lui appliquer.
Son ignominie n'était pas encore complètement ébruitée, lorsque Monseigneur Paysant chargea M. Bernier et M. Lambert, l'ancien économe du petit séminaire, d'informer canoniquement contre lui. Le prévenu se condamna lui-même en quittant précipitamment la France, pour se réfugier à Rome. Le tribunal correction-
I Lettre à M, Pinot, ancien curé de MaT^é^ en réponse à son mémoire {Angers, 39 septembre 1826, in-8, 34 pp.), p. 21-J2. — Leconte est également Tauteur d'un Appel aux amis ie la religion et de l'ordre social en faveur des écoles chrétiennes (Angers, s. cl., in-8, 43 pp).
76 l'affaire leconte
nel d'Angers commençait ses poursuites. L'abbé Lambert n'avait pas su retenir sa langue et, pour sauver la réputation de son collègue, il s'était permis quelques petits mensonges. On racontait même qu'il avait dit à Leconte prenant la fuite : « Tu as eu des torts, mais partout où tu iras nos regrets et notre estime te suivront. 9 II fut cité comme témoin. Â l'audience du 23 janvier 1841, il nia les propos qu'où lui prêtait, et déclara qu'il ne pouvait communiquer des faits venus seulement à sa connaissance par l'enquête canonique dont une ordonnance épiscopale l'avait chargé. Il s'exprima en termes si pleins d'acrimonie, fit des réflexions si irritantes et si provocatrices, que les magistrats piqués remirent l'afFaire à huitaine, en disant que l'évéquc et M. Bernier seraient aussi assignés.
Après différents pourparlers, le prélat comparut en effet avec le supérieur de Mongazon^ à l'audience du 30 janvier. L'évèque déclara, comme il l'avait fait dans sa correspondance avec le substitut du roi, que, malgré son désir d'éclairer la justice, il ne pouvait prêter serment de dire toute la vérité, attendu qu'il avait lui-même dirigé, contre le coupable, des poursuites disciplinaires au cours desquelles il avait reçu * des déclarations sous la foi du secret. Il se reconnaissait obligé en conscience à révéler tous les fkits qui seraient parvenus à sa connaissance en dehors de sa juridiction ecclésiastique et il offrait d'indiquer le nombre des dépositions qu'il avait reçues, l'âge de leurs auteurs, leurs rapports avec l'accusé ; mais il refusait les noms parce que les déposants n'avaient consenti à parler