‹ Un dernier GallicanChapitre 35 sur 162 · LA JURIDICTION ÉP13COPALE · texte numérisé non relu

LA JURIDICTION ÉP13COPALE

journaux et de savantes consultations furent rédigées par des avocats de talent i.

En résumé, presque tous les jurisconsultes s'accordaient sur ce point que le premier jugement devait être infirmé : ou parce que l'évêque et ses délégués ne devaient à la justice aucune révélation des déclarations reçues par eux sous la foi du secret, dans l'exercice de leurs fonctions disciplinaires; ou parce que, dût-on admettre la prétention du tribunal, la prétention contraire de l'évêque établissait un conQit, et qu'il n'appartenait qu'au Conseil d'Etat de vider celle question préjudicielle.

Le 29 mars 1841, la Chambre des appels correctionnels de la Cour royale d'Angers se réunit pour résoudre le débat. Deux questions se présentaient. En droit, les appelants étaient-ils dans un cas d'exception qui les autorisait à user de réserves? En fait, indépendamment

1 Ouïra les journaui religieux, voir le Droit, ta Gaicllt des Tribunaux, le Journal des Débats. ~ Le vieil évêque de Charires protesta vivement contre Le jugement du Tribunal, par une lettre du îy février, à laquelle Grégoire Bordillon répondit sans politesse. L'archev6que de Toulouse, le chapitre de St-Bricuc (le siège vacant), adhérèrent sans restriction à la lettre de M. Clauael de Montais. .M. de Connenin, trois délibérations d'avocats de Caen, M. Chiftlot, de Dijon, se prononcèrent très favorablement à la juridiction ecclésiastique. — Un a imprimé de M. ChiNoi des Observalioiis sur U ju^tmtnt rendu contre .M. I'£véi}ut d'Angers par le Tribunal correclitiinti de cette ville, le jo janvier 18^1 ; in-^, 9 p., mars 1H41 ; imprimerie Launay Gagnot, Angers.

Cf. le Journal de Maini-et-Loire : 37 cl ^ojanvier. 7, 1 1 et 33 février, 15, 34, 36, î» et Ti mars, f et 3 avril.

Lecunic fut condamné à cinq ans de prison, vingt ans d'interdiction des droits mentionnés dans l'article 43 du code pénal, mille francs d'amende et au^ dépens. — II vécut à falerme de 1S43 i 1847. Il avait confié la gestion de sa pelite funune au procureur des Chartraux de Rome, du consentement du prieur, dom Gérard, de Nantes. Le procureur s'enfuit du monastère, emportant l'argent de Leconte ei du couvent. Lecontc gagna sa vie en travaillant pour les jésuite» Taparolli et de Villefort.

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de ces restrictions, avaient-ils fourni tous les renseignements nécessaires aux poursuites de l'accusation ?

La Cour, dans Taudience du 31, rendit un arrêt longuement motivé, conforme au système de Tévéque. Mais le chanoine Lambert fut condamné aux dépens d'appel, attendu qu'il c avait observé des réticences auxquelles il n'était pas tenu par devoir ».

Cette longue et délicate affaire causa beaucoup de douleur et de fatigue à Monseigneur Paysant. A la fln d'août, quoiqu'il fût, dit-on, atteint d'un malaise assez sérieux pour le retenir à Angers, il voulut commencer une tournée pastorale. Le samedi, 4 septembre, il se rendit à Bocé, petit village situé à une lieue de Baugé, Il y éprouva une grave indisposition. Il tint à présider cependant, non sans lassitude, toutes les cérémonies du dimanche. Le lundi matin, son domestique, entrant dans sa chambre, le trouva privé de connaissance et presque sans vie. Le malheureux prélat expira dans la soirée entre les bras de M. Régnier. Comme le vulgaire, aveuglé par Tamour du mystérieux, croit difFicilemcnt que les personnages meurent subitement, on répéta longtemps qu'il avait été empoisonné.

Le lendemain, le Chapitre se réunit pour nommer les administrateurs du diocèse. MM. Régnier, Bernier, Quincé et Desgarets furent réélus. Deux jours après, ils publiaient un mandement ordonnant des prières pour le repos de l'àme de l'évêque. La fatigue ne permit pas à M. Régnier de prendre part à sa rédaction. M. Bernier récrivit seul dans une nuit. Cette mort^ aussi regrettable qu'imprévue, lui inspira une émotion si pénétrante, et

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il rexprima avec tant de justesse, que la lettre capitulaire fut généralement admirée.

Les deux premiers vicaires du Chapitre gouvernèrent ensemble le diocèse jusqu'au 10 août 1842, jour de rentrée dans la ville épiscopaleet du sacre de Monseigneur Ângebault. Dès sa préconisation, le nouvel évêque les prit pour vicaires généraux, en les invitant à résider près de lui, dans son palais. Il n'y avait aucune difficulté pour M. Régnier, c'était le maintenir à son poste. Le supérieur du petit séminaire devait opter entre sa maison et le grand vicariat. Sur le conseil amical et très net de son collègue et de M. Desgarets, M. Bernier accepta la proposition. II Fut réglé qu'il terminerait Tannée scolaire au collège où il aurait pour remplaçant l'aumônier, l'abbé Derice. Cette fin d'année fut particulièrement laborieuse pour le supérieur. Les derniers temps de l'administration de la vacance du siège retombèrent principalement sur lui, vu qu'en juin M. Régnier fut promu à l'évêché d'Angouléme,

En quittant l'institution où il n'avait trouvé à son arrivée ni discipline, ni plan de direction, de gestion, d'éducatioHi M. Bernier lui laissait une bonne renommée et une belle organisation. Toutefois, il n'avait point assuré sa vie, tellement étaient grands les embarras suscités par le monopole universitaire. Malgré ses qualités si vantées d'administrateur, l'intervention de Monseigneur Paysant dans les affaires de la maison n'avait pas été heureuse. Il porta un rude coup à sa prospérité, en supprimant la classe de^philosophie. Aussitôt ia note^în^^tion de Monseigneur Angebault connue, le

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supérieur lui adressa un mémoire racontant l'histoire du collège avec Texposition de ses difficultés. La solution, trouvée Tannée suivante, consista dans la suppression des classes de troisième, seconde et rhétorique, dont les élèves ecclésiastiques furent envoyés au petit séminaire de Combrée.

Dans son administration de vicaire général, M. Bernier conservera une prédilection pour l'institution au succès de laquelle il avait consacré tant d'efforts. Il s'employa persévéramment à lui faire rendre son plein exercice, à lui fournir des professeurs capables, à proléger de sa bienveillance les supérieurs. Lorsque, placés dans d'autres circonstances, ils crurent devoir s'écarter en quelque chose de sa ligne de conduite, loin de leur en témoigner jamais aucun mécontentement, il les encouragea dans leur besogne pénible. Il parlait de leur bonne volonté avec une charité franche et vraie.

M. Bernier n'emporta point avec lui les regrets de l'affection touchante et populaire dont fut entouré M. Mougazon. Supérieur suppléant pendant deux années, il avait été le grand justicier d'une maison mal composée et qu'il fallait discipliner. Eu arrivant, il établit si fortement son autorité qu'elle fut toujours inébranlable. La nécessité de renouveler de temps en temps des exécutions entretint dans les élèves une crainte salutaire, mais trop forte pour ne point étouffer des sentiments plus tendres. Il resta un souvenir ineffaçable de plusieurs de ses réprimandes publiques. QueUe que fiit sa rigueur, il se possédait tellement, il était si impartial et si équitable dans ses sévérités, que, tout en les redoutant,

les coupables reconnaissaient leur justice. Les mères préféraient même son tribunal à des autorités inférieures cependant moiu3 imposantes. Toutefois, pas plus que la crainte de causer des irritations redoutables, les larmes de la tendresse ne purent le fléchir en certains cas. Se prétendant responsable d'un dépôt sacré envers les familles, il congédiait sans merci les enfants suspects de mauvaise influence sur leurs camarades.

Aussi ferme pour les professeurs que pour les élèves, il en vit s'éloigner plusieurs, qui préférèrent la vie plus libre d'une cure à Topiniâtre labeur auquel il voulait les condamner sur des matières qui, plus tard, cro}'aientils, ne devaient leur être d'aucune utilité. Si ses collaborateurs le trouvaient exigeant, du moins ils vantaient sa largeur d'esprit. Après avoir distribué les fonctions selon sa sagesse, exempt de mesquines jalousies, il abandonnait chacun à ses aspirations et à ses aptitudes, aidant seulement ceux qui réclamaient son concours. Le bien fait par les autres le réjouissait et il en parlait volontiers. Il ne cherchait pas à s'en attribuer la moindre part, mais ne se désintéressait pas non plus des résultats généraux et partiels. Une fois par mois, les maitrcs se réunissaient dans sa chambre pour échanger des renseignements, discuter quelques points disciplinaires, entretenir leur zèle. Là, tous expérimentèrent combien cet homme d'intelligence supérieure laissait de liberté à la discussion et même à la contradiction. Il ne se détermina jamais sans avoir provoqué l'avis de ses collaborateurs, même en des choses secondaires. Avec une bonhomie charmante qui n'enlevait rien à sa dignité,

il tenait à demander et à peser Topinion de ceux en qui il reconnaissait un sens plus droit et une plus grande expérience k

A ces utiles séances, on admirait, outre sa franchise, la netteté de ses avis, la justesse de ses décisions, la finesse de son esprit. Ces qualités brillaient dans toutes ses conversations. « Il nous souvient, dit un témoin oculaire, de Tintérèt avec lequel nous Técoutions durant les heures de loisir qui suivent les repas et coupent les exercices du collège. Il apportait, dans ces causeries familières avec les professeurs ou les étrangers, une gaieté digne, contenue, qui n'était pas sans abandon, mais où les règles de la charité chrétienne étaient toujours scrupuleusement observées. De pareilles dispositions l'eussent fait accueillir dans le monde avec empressement, et nous savons qu'il y était justement apprécié pour ses talents, son amabilité, la distinction de ses manières. II y allait rarement, autant par goût que par devoir. Il savait faire un meilleur usage des qualités sérieuses que le ciel lui avait si libéralement départies > ».

En effet, M. Bernier, fort avare de son temps, le consacrait, comme il disait, « à s'instruire d. Et toutes ses journées étaient disposées de manière à lui laisser le plus de moments possible pour l'étude. Il se levait de très bonne heure. Quoique muni d'un réveil-matin et d'une montre à répétition, il craignait les surprises du

1 Notes de Mlle Leguay.

2 Elo^e funèbre de M. Beniier^ par M Priou. Chanoine tîlulaircde la cathédrale d'Angers en i^Hi, M. Priou mourut en 1H9J.

sommeil, qui le contrarièrent toujours, même à ta fln de sa vie. Il avait chargé de l'éveiller un serviteur dont il plaisantait souvent la rigoureuse exactitude : « Il ne manquait jamais son coup, racontait-il ; chaque malin je l'entendais crier en frappant à ma porte : Dépêchez- Doas, M. le Supérieur, la demie va sonner tout à Cbeare. Et l'homme ne s'était pas éloigné de quelques pas que sonnaient quatre heures et demie ».

Le soir, à dix heures, M. Dernier se rendait habituellement à la chapelle y f^irc sa dernière visite au Saint- Sacrement. Tandis que sa maison reposait en paix, il priait Dieu de la garder et sollicitait pour le lendemain les grâces nécessaires à chacun <.

Une si longue journée s'était passée tout entière dans le travail et presque sans sortir de sa chambre ^ < Il fait des livres >, disail-on. L'un des jeunes gens qui l'ont connu' écrivait plus lard une lettre où se retrouvent tracés des sentiments bien généralement partagés sur le supérieur : « Il est un des hommes qui ont le plus mis dans ma vieet voici comment. Plusieurs fois il m'a prié de lui copier quelques pages extraites de nos meilleurs écrivains, deBossuet en particulier. J'eus alors l'occasion de le voir au travail. L'impression que cette vue a pro* duîte sur moi ne s'eflacera jamais. Le silence de son cabinet était profond. Surun pupitre, devant lui, était ouvert îin livre, un seul ordinairement. Il lisait silenciense-

r Noies (le Mlle Lcguay.

ï 11 refusaii si peu le travail, qu'il avaii accepté d'Ctrc le rédacteur •les Conférences ecclésiastiques du canton tic Siiint-Mauricc.

l'instruction religieuse 85

ment ; quelquefois passait sur son front comme un éclair ; mais ordinairement il était très calme. La pensée se lisait cependant dans ses traits. Il notait quelquefois, à la marge de son livre, les passages qui le frappaient. EnHn, il était pour moi le modèle des grands hommes qui se livrent à l'étude. Quand je sortais de son cabinet, j'éprouvais une sorte d'émotion religieuse qui me rendait meilleur. Bien des fois son image m'est revenue, et avec çlle l'amour du travail i*.

M. Bernier donnait surtout une haute idée de lui-même à la lecture spirituelle. A cet exercice, l'un des grands moyens d'action des collèges ecclésiastiques, le supérieur dirige ses enfants ; il leur fait part de ses désirs, de ses craintes, de ses espérances et de ses joies ; il les forme sur toutes choses. Le vif intérêt que M. Bernier mettait partout, dans les classes qu'il faisait quelquefois, et où il expliquait les auteurs d'une manière incomparable, dans les fréquentes séances académiques qu'il savait organiser et présider, cet intérêt semblait encore plus grand à la lecture spirituelle. Quand il n'avait plus d'avis généraux à donner, il faisait lire et expliquait la Sainte-Écriture. Il commença avec la Genèse pour finir avec l'Apocalypse. La variété des livres bibliques fournissait un nouveau charme à ses commentaires. Possédant les plus beaux passages des classiques et des grands auteurs ecclésiastiques- de France, sa mémoire prompte et sûre lui permettait de les citer sans hésitation au cours de sa glose. Son heureuse exposition saisissait vivement tous les esprits, et telle était la force de sa dialectique qu'elle forçait même les moins bien disposés

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à respecter ce qu'ils ne voulaîenl pas goûter. Composé imiquenient de la divisioD des grands, son auditoire le suivait parfaitciuent. De plus jeunes élèves l'auraient moins bien compris, comme il arrivait à ses sermons.

Dans ses allocutions, soit aux grandes fêles, en présence de tout le collège — M. Bernier prêchait à toutes les solennités — soit, à certains jours, devant les membres des petites congrégations qu'il accréditait volontiers de sa présence, il remplaçait, par la solidité et les vues pratiques, l'onction dont il n'était pas doué. Saccadée comme sa démarche, sa diction n'était pas agréable ; on le préférait néanmoins aux autres prédicateurs de la maison. Son genre paraissait même d'une tendre piété quand on le comparait à celui de M. Régnier qui prêchait quelquefois au petit séminaire. Le futur successeur de Féoelon tirait de la raison presque tous ses motifs de conviction, et l'un de ses textes emprunté à la u philosophie païenne d demeura longtemps célèbre : labor improbtts !

Les élèves conservèrent de M. Bernier, non point seulement le souvenir d'un lettré ferme et habile, mais celui d'un digne et vrai ministre de Dieu. Il en vit revenir qui, ayani cessé foutes leurs pratiques religieuses, voulaient, en les reprenant, se confesser à lui, l'assurant que ses instructions les avaient empêchés de perdre la fui. D'autres lui soumirent la question de leur vocation. La considération de cet éducateur distingué s'étendit au loin. Quand il fut devenu premier grand vicaire, l'abbc de Dreux-Brézé, le futur évèque de Moulins, lui Ql, au nom du prince de Chalais, des propo-

sitions aussi avantageuses qu'honorables de prendre la direction du collège de Pontlevoy d'où se retirait Tabbc Demeuré. L'établissement possédait un plein exercice légal, privilège dont jouissaient seulement trois ou quatre maisons depuis l'origine de l'Université. La carrière de M. Bernier fût sans aucun doute devenue bien différente, s'il eût accepté d'entrer dans le monde très influent des propriétaires de cette institution ^ L'affection qu'il portait à son évéque, les supplications que lui fit celui-ci, de ne pas l'abandonner au milieu des difficultés de son administration, le décidèrent à ne pas retourner dans l'enseignement *.

1 Les propriétaires étaient, avec le prince de Chalais, le comte de Vibraye et M Laurentie.

2 Le lecteur désireux de plus de détails sur la supériorité de M. Bernier au petit séminaire d'Angers peut consulter la Notice sur le Petit Séminaire Mongazon dans la Semaine religieuse du diocèse d'Angers de janvier à novembre 1900.

lies débuts du grand vicariat <

<(• Depuis quinze ans et plus, écrivait, en 1837, M. Dernier, c'est du côté de ma famille que me sont toujours venues les peines de cœur fortes et persévérantes, et sans que, jedois le dire, j'aie personnellement de reproches à faire à aucun des miens ^ b

La principale source de ces chagrins, qui devaient durer encore longtemps, se trouvait dans son frère, Tabbé Benjamin. Peu de temps après son ordination sacerdotale, il avait été atteint d'une affection nerveuse dont Tun des effets fut la grande souffrance produite par une soif ardente. L'altération lui donna une habitude de boire qui aggrava un état déjà très délicat. Incapable d'aucun ministère paroissial, l'abbé avait été dabord placé au collège de Doué, comme régent, mais, en réalité, pour être sous la surveillance de son frère, le principal. Cet arrangement ne dura pas longtemps. On fut obligé d'envoyer le jeune prêtre dans une maison de santé d'où M. Dernier le reprit encore près de lui, lorsqu'il devint curé de Saumur. Sa nomination de supérieur du petit

1 Revue Je V Anjou, t. XXXIX (1899).

2 Lettre du 3 Juillet 1H37.

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séminaire d'Angers le força de nouveau de le confier à des soins étrangers. Benjamin changea souvent de résidence, mais sans amélioration. Il lui fallait avant tout une maison où la vie fût réglée, où il y eût aussi de la société et des distractions. C'est pourquoi, en acceptant d*êlre vicaire général, M. Bernier pensa, au lieu d'aller habiter Tévèché comme le lui proposait Monseigneur Angebault, à se mettre en pension, avec son frère, chez M. Leguay, dont la continuelle compagnie serait une sauvegarde et un délassement pour le malade.

M. Leguay s'était élabli à Angers, après avoir cédé sa maison à l'œuvre des Enfants-Trouvés.

Depuis le changement du curé de Saumur, l'asile avait passé par des vicissitudes très touchantes. Aux tourments et aux angoisses de la tendresse de Mlle Leguay, qui aimait ses pauvres abandonnées comme si elle eût été leur mère, vinrent bientôt s'ajouter les désolations de l'amour filial. Navré de la voir s'attachera une besogne aussi pénible, son père tomba dans la mélancolie et prit la résolution de s'opposer à la continuation de l'entreprise. M. Bernier intervint alors et changea ses sentiments. Plein d'admiration pour la charité de sa fille, pour le prêtre dont les conseils la soutenaient dans toutes ses difficultés et qui venait de lui faire comprendre à lui-même la beauté de son dévouement, le digne homme fit en chrétien le sacrifice de son repos. Il acheta une maison voisine pour agrandir sa maison et se constitua l'architecte des constructions nécessaires à la petite famille qui augmentait toujours. Les aumônes de plusieurs bienfaitrices couvraient les dépenses presque au

9(1 l'œuvre des enfants trouvés

jour to jour. PourtanljMlle Leguay trouva une fois toutes ses ressources réduites à deux pièces de cîng francs. Ko bâtissant, elle contracta des dettes. Sa tâche devinT plus lourde au fur et à mesure que les enfants grandissaient. Désireuse de ne pas les envoyer à l'école et de participer aux secours accordés aux institutrices gratuites, elle tint à passer ses examens, — elle avait trentesix ans, — pour obtenir le brevet d'enseignement. Elle se mit h faire la classe aux aînées de ses pupilles. Un appartement servait de crèche, un autre de salle d'études. Les plus grandes rendaient service aux plus petites et s'initiaient peu & peu aux soins du ménage. L'œuvre nngucre si durement critiquée devint l'objet de l'admîralion générale, mais ce retour de l'opinion ne fut point assez puissant pour procurer fi Mlle Leguay des auxiliaires dévouées. Malgré les conseils du préfet <, qui lut témoigna toujours une grande bienveillance et lui répéta souvent : a Trouvez donc des religieuses comme vous ! » elle finit par demander de l'aide aux communautés diocésaines. Toutes refusèrent, et de soumettre des sœurs à la surintendance d'une laïque, et de prendre la direclion d'une maison qui n'avait aucune dotation. Vers la fin de 1838, M. Régnier imposa à la congrégation de la Pommeraye de fournir deux coadjutrices au petit asile. L'une de celles qui furent ainsi prêtées se montra très entendue et devint sympathique aux protecteurs de l'œuvre. Mlle Leguay crut alors devoir se retirer. Dans le Mémoire qu'elle a laissé sur sa fondation, elle raconte ainsi sa retraite :

r M. Gauja. tl fui ensuite préfet du Pas-de-Calais.

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