‹ Un dernier GallicanChapitre 36 sur 162 · L ŒUVRE DES EXFAN'TS TROUVES · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DES EXFAN'TS TROUVES

« Enfin, le 9 décembre 1840, après un combat inexprimable et d'excessives perplexités, en suivant l'avis de M. le curé, la direction entière de Tœuvre fut remise aux Sœurs de la Providence de la Pommeraye, représentées par la chère Sœur Constance. La maison se composait alors de vingt-six petites filles abandonnées.

« Dieu seul sait ce que coûta à ce cœur de mère cette pénible séparation. Il semblait que les difficultés sans nombre que Mlle Leguay rencontra dans le cours de ces sept années l'eussent attachée plus fortement à celles qui avaient été l'objet de ses combats ! Elle avait trouvé tant de jouissance à tourner ces jeunes cœurs vers le Seigneur, à leur faire bégayer les doux noms de Jésus et Marie ; à leur apprendre qu'à défaut des père et mère qu'elles ne connaissaient pas ici-bas elles avaient au ciel un Père qui leur réser\'ait un riche héritage, si elles étaient fidèles à sa loi... Comme elle était amplement payée de ses peines lorsqu'elle se trouvait entourée de sa chère famille avide d'entendre l'explication du catéchisme, et jusqu'aux plus petites, qui, sans y rien comprendre, demandaient comme récompense d'y être admises ! »

En remettant l'asile aux religieuses^ M. et Mlle Leguay s'étaient réservé un appartement dans leur maison. Il eût été utile aux enfants. La douleur de la fondatrice de les voir sous une autre direction, ses remords de ne pas avoir eu le courage de continuer une œuvre pourtant au-dessus de ses forces^ se trouvaient entretenus par celle cohabitation qui privait aussi son père, bientôt septuagénaire, d'un repos nécessaire. Ils résolurent de quitter Saumuret vinrent, en mai 1841, habiter Angers.

Quand, un an plus tard, M. BerniersoumitàM. Régnier son idée de se mettre en pension chez eux avec son frère, le premier grand-vicaire jugea le plan très délicat ;

92 1.F, VICAIRE CftNÉRAL

mais, Trappe lui-même de l'élat de l'abbé Benjamin, il averlit, deux jours après, son collègue de ne pas tenir compte de son observation et d'user hardiment de la permission que l'évêque ne refuserait certainement pas.

M. Bernicr reçut bientôt celte autorisation. » Celait de grand cœur, lui écrivit Monseigneur Angebault, que je vous offrais de venir vous joindre à nous, mais les raisons que vous me présentez au sujet de votre pauvre lYère me semblent bien graves et si M. Régnier et vous pensez que le Clergé et le public vous verront sans inconvenance dans la maison d'un laïque honorable et religieux, je croirais que les besoins de votre frère réclameraient votre présence. Je l'ai vu l'autre jour, ce cher frère ; je l'ai reçu avec bienveillance, j'aime à uspérer qu'il comprendra tout ce que nous désirons, vous el moi'. » Après avoir communiqué celle lettre à M, Régnier, M. Bernier écrivait en note : • Le résumé de ses réflexions fut qu'on me saurait gré certainement du sacrifice que je ferais pour mou frère et pour l'honneur du sacerdoce. «

M. Bernier s'établit donc chez M. Leguay. Quand Benjamin mourut, l'année suivante ', il ne crut point devoir changer de domicile. C'est dans l'intimilé de ces gens simples et bons qu'il se reposera délicieusement de ses fatigues et de ses passions intellectuelles, tandis que ses hôtes, croyant au calme parfait du sanctuaire,

aï ift^a.

1 Leur

datée de N

3 Benjamin, qui ava jlhédralo durani oclii.

se trouveront honorés de ses conversations comme d'une condescendance infinie. Lorsqu'ils se décidèrent à vivre sous le même toit, ils s'inquiétaient à la pensée d'entretenir des rapports continuels avec cet homme supérieur, a Mais, raconte Mlle Leguay, il savait si bien s'y prendre en choisissant toujours un sujet de conversation à la portée de ceux qui l'entouraient qu'ils étaient surpris de se trouver à l'aise avec lui et tentés de se croire à son niveau. » Elle lui demanda un jour « comment il pouvait entretenir la conversation avec un gros bonhomme, connaissance de son père, et dont la corpulence semblait étouffer l'intelligence ».' — « Oh ! comment je m'y prends, répondit M. Bernier, c'est fort curieux. Je voudrais que vous fussiez là, nous écouter derrière le paravent, vous verriez que nous avons une conversation très animée. Eh bien 1 nous causons chasse , engrais, vignobles, toutes choses fort intéressantes pour notre homme, b

Les débuts du grand vicariat de M. Bernier coïncidèrent avec l'apparition d'un ouvrage qu'il avait mis sous presse étant supérieur du petit séminaire. Il avait toujours déploré de voir la Bible mal comprise et, plus encore, ignorée des fidèles. En en révélant à ses élèves les trésors inconnus, il lui parut que son travail pourrait rendre des services plus étendus et résolut de publier le texte biblique qu'il lisait et commentait aux conférences spirituelles. L'œuvre parut sous ce titre : Extraits historiques et moraux des auteurs sacrés^ copiés i^xtuellement sur la sainte Bible de Carrières, avec des

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notes apologétiques. Edition destinée aiix familles chrétiennes, à la jeunesse et aux communaatés. »

Sans songer d'abord à composer un travail personnel, l'au leur avait espéré le trouver préparé dans des ouvrages fiiinlogiies. En réalité, il n'y eut pas un seul verset dont il ne (iU'examen avant de l'admettre dans son édition. Elle reproduit textuellement de la traduction du Père de Carrières tout ce qui est propre à instruire, à édifier ou à intéresser les fidèles, en laissant ce qui parait i dangereux pour certaines imaginations, obscur ou sans intérêt pour ceux qui ne peuvent pas étudier suflisaniment nos livres sacrés v. Comme le texte choisi ne présente ordinairement pas de difficultés, les annotations ne sont pas nombreuses. A ceux qui trouveraient d'ailleurs ces notes trop savantes, l'auteur donne obligeamment la permission de les passer, tout en constatant qu' u il y a dans les classes inférieures de la société des esprits assez développés pour saisir un raisonnement d'une certaine étendue, pourvu qu'il ne soit pas mélaphysique et abstrait ■. Les explications claires, loyales, judicieuses, ont la science exégétique de leur époque.

Avec ses caries, une bonne table méthodique, l'édition, exécution d'une belle idée, aurait pu rendre service aux écoles, et l'auteur s'était flatté que le conseil royal autoriserait l'ouvrage pour les établissements universitaires. Mais, en France, la lecture de la Sainte-Ecriture n'est pas en faveur. Puis 1 impression peu élégante, les ornements dépourvus de goût, et le prix relativement

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