LES DIRES DE M. VINCENT I
doDt elle avait à cœur d*assurer rexécutlon. Mme de la Villebiot fit alors Téloge de la probité consciencieuse de son mari, de la fidélité délicate avec laquelle il accomplirait des intentions secrètes, ne fussent-elles manifestées que par un mot de M. le curé...
« M. Vincent ne répondit pas, mais il porta l'offre à son adresse. Mlle de la Terrandière voulait le charger de la distribution de sa fortune. Frappé de mort légale par sa situation de confesseur, il lui fallait trouver un prête-nom» qui lui remit fidèlement l'héritage. Mme de la Villebiot offrait Taide de son mari. Pourquoi ne pas l'accepter ? Depuis près de vingt ans, M. Vincent les confessait, elle et lui. Il les croyait dignes de toute confiance. M. de la Villebiot était pauvre ; l'éducation de ses quatre enfants lui imposait de durs sacrifices. Cet homme, qui n avait jamais eu trois mille francs de rente, rendrait volontiers un service facile moyennant une honnête récompense.
t Mlle de la Terrandière écrivit ses dernières volontés. Elle eut toutefois des hésitations et fut six semaines à délibérer *. Ce fut seulement au mois de novembre qu'elle fit appeler M. de la Villebiot. En lui remettant un pli cacheté : a Voici, lui dit-elle, mon testament qUe je vous confie. Vous ne l'ouvrirez qu'après ma mort et en présence d'un juge du tribunal. » Et, voyant sur la figure du légataire un sentiment de curiosité bien naturelle, elle ajouta aussitôt : d Je vous donne tout mon bien ; vous remplirez mes intentions. »
i Réf., p. 56-57.
Io8 LES DIRES DE M. VINXENT •
a Jusqu'au 16 janvier, jour de sa mort, Mlle de la Terrandière vit tous les jours M. de la Villebiot. Jamais elle ne lui dii un mot d'intentions secrètes, jamais elle n'y fit allusion. Vers la fin de décembre elle/*emit un codicille 1 à son curé, sous enveloppe à son adresse. Il en prit connaissance à tête reposée et revint trouver la malade pour lui faire quelques objections, sur l'irrégularité de la pièce et sur la position que lui faisait un pareildépôt. Mlle de la Terrandière relut en sa présence le codicille et se refusa persévéramment à déférer aux observations du curé. Il se trouva donc dans Talternative ou de recevoir et de conserver l'écrit ou de voir, quelques jours peut-être avant la mort de la malade, tout remis en question, le testament lui-même et les bonnes œuvres livrées aux plus fâcheuses éventualités <.
« Mlle de la Terrandière croyait avoir les meilleurs motifs de faire ses libéralités le plus secrètement possible. Des déclamations passionnées avaient retenti ' récemment à Angers au sujet de plusieurs successions recueillies par l'Eglise *. D'un autre côté le curé ne voulait point attirer l'attention publique sur ce qui serait assuré à ses œuvres les plus chères, son église, ses pauvres. Nous voulûmes donc, disait-il, que, sans ignorer l'existence de dispositions quelconque, le légataire n'en sût rien. Il pourrait soupçonner, par la conversation de sa femme et quelques allusions peu claires de ma part, qu'il y avait des intentions secrètes et
1 Réplique, p, 6i .
2 Mém. Vincent, p. 44 et Mém. Prou, p. 84.
3 Affaire du legs de Mlle Richard-Longeric et des successions de Neuville et Jacques Besnard.