‹ Un dernier GallicanChapitre 41 sur 162 · LES DIRES DE M. VINCENT IO · texte numérisé non relu

LES DIRES DE M. VINCENT IO

réservées. Mais il ne devait pas le savoir. Il fallait qu'il pût répondre aux interpellations des héritiers, et au besoin à celles de la justice, qu'il ne connaissait qu'un iestasnent olographe, pas Tombre d'un codicille, aucune note de la testatrice modîGant Pacte ofHciel. S'il en savait plus long, peut-être ne serait-il pas discret. Un procès des héritiers naturels serait à redouter. Comme M. de la Villebiot avait peu de défense, peu de moyens, il le perdrait. Moins on lui en dirait, moins il y aurait à craindre. Le curé ne devait entrer dans les détails avec lui qu'après les formalités remplies et une fois le légataire eo possession de l'héritage.

« Pour assurer la réussite de ce plan, M. Vincent crut devoir indiquer à la testatrice M. Bernier, le vicaire général dont la capacité ferait impression à M. de la Villebiot, et dont la loyauté était si universellement reconnue que personne ne manquerait de le croire sur parole.

(( Le succès était d'autant plus certain que M. et Mme de la Villebiot allaient toujours à confesse à M. Vincent. Le curé leur ferait naturellement à la première occasion un devoir de conscience d'accomplir les volontés secrètes énumérées sur le codicille, i»

Tel était le récit du curé. Peu de temps après il pouvait y ajouter que ses deux pénitents l'avaient quitte et s'étaient choisi des confesseurs différents. On raconta par la suite que celui de Madame se montrait toujours favorable aux dires de M. Vincent. Lui aurait-elle certifié les conversations de Mlle de la Terrandière sur SCS donations futures, entretiens auxquels on appelait toujours le curé ?

110 LA SUCCESSION- I.A TERHAKDEÈKE

En prenant la direction des affaires spirituelles de Monsieur, sou nouveau confesseur, l'abbé MâupoinI, curé de la Trinité, voulut mettre à couvert sa responsabilité. Il consulta sou ami de séminaire, l'évëque de Rennes. Le prélat répondit que le légataire devait s'en tenir au testament et même soutenir procès si on le lui intentait. « La cbose paraît de toute évidence, car c'est là, ou jamais, que la 6n de la loi civile, qui est d'éviter toute caplatioii, doit être procurée '. >

L'exposé des faits sur lequel est basée cette décision n'avait certainement pas été vicié par la mauvaise humeur. Quoi qu'il n'acceptât pas la validité du codicille, M. de la Villebiot avait fait k M. Maupoint don du legs qui y était marqué en sa faveur. Les témoignages oraux rendaient sur ce point absolument incontestable la volonté de Mlle de lu Terrandière, bien que l'on pût se demander si elle faisait cette donation seulement pour la bonne œuvre de loger commodément te clergé, ou si, chercbant un Intérêt plus spirituel, elle laissait son immeuble en imposant la condition que l'Indemnité de logement de presbylère, payée par la ville, servît de traitement à un troisième vicaire pour la paroisse. Le règlement de l'affaire eût été périlleuxdans le moment. Aussi le légataire promit-il à M. Maupoint de lui céder la maison un peu plus tard, sans bruit, par une vente Oclive comme à un simple particulier.

Quand on eût appris le retour de l'évéque, M. Vinay lui écrivit pour solliciter l'entretien convenu. L'entre-

LA SUCCESSION' LA TERRANDIERE îll

vae fut fixée au lendemain, 15 février. Convoqué à Tévéché par un billet qui ne portait pas l'objet de l'invilation, le curé de Saint-Jacques vint sans apporter le codicille. Il protesta vivement contre la présence de M. Vinay. « Une procuration donnée, dit-il, vaut devant un juge de paix et dans un débat judiciaire, mais devant un évéque et dans une affaire toute de délicatesse et de conscience, elle n'a aucune vertu. D'après la volonté de Mile de la Terrandière, le codicille devait être montré à M. de la Villebiot et par l'entremise de M. Bernier. » 11 fut décidé qu'on se réunirait de nouveau et que M. Vincent apporterait le codicille à Monseigneur au plus tôt.

Quelques jours après, quand M. Vinay alla revoir- Monseigneur Âogebault, l'évêque lui dit qu'il avait jeté la pièce au feu! Sa Grandeur ajouta : « Puisque M. de la Villebiot a manifesté l'intention de faire du bien, je me permets de lui recommander une des œuvres les plus intéressantes et les plus nécessiteuses de mon diocèse : le grand séminaire. ».

Plus tard le curé de la Trinité fut chargé par l'évêque d'amener le' légataire à prélever sur la succession d'abord vingt mille, puis dix mille francs. Une fois, sans doute pour justifier ses vives instances, M. Maupoint ajouta que Monseigneur attendait une prompte réponse. M, de la Villebiot parut trouver que le don du presbytère constituait une bonne œuvre suffisante. D'ailleurs tant de frais Técrasaient. Il venait encore de donner quelque chose à la famille de Mlle de la Terrandière. En cfTel, la vieille dévote, en laissant 60.000 francs à ses cousins, avait ajouté que s'ils respectaient sa volonté et ratifiaient

III LA SUCCESSrON- LA TERBANniÈHE

le lestaraenl, le légataire leur verserait ea sus 15.000 francs '.

Cet arrangement achevait le règlement de la succession. On disait géoéralemeut dans le public que la famille héritait du tiers de (a fortune ; que la maison de la Terrandière allait devenir le presbytère de la Trinité ; que la vieille fille avait voulu venir délicatement en aide à Mme de la Villeblot dans l'éducation et l'établissement de ses enfants. M. de la Villebiot restait donc licrilier en vertu du testament olographe qui avait une parfaite valeur légale et judiciaire. On ne pouvait contester la régularité de cet acte, comme quelques personnes l'avaient fait, en lui objectant la valeur naturelle et consciencieuse d'un codicille, puisque celle pièce était non seulement dépourvue de formes légales, maïs encore si mystérieuse et peut-être si scandaleuse, que l'cvOque l'avait brûlée sans même permettre au prétendu fiduciaire d'en prendre connaissance, he curé Vincent n'éleva point de réclamations el l'affaire parnt complèlemenl réglée.

Les rumeurs qui s'étaient élevées autour de la succession La Terrandière allaient en s'éteignant, lorsqu'au mois de juin 1S43, un procès les raviva et leur donna de grandes proportions*.

Une pièce écrite tout entière, datée et signée de la main de Mlle de la Terrandière, pièce plus forte de sa

I J'-umnl Je Maiiie-et-Lviii, 37 décembre i8.n. 3 Cf. Jo,„,,.,IJi M.iiuftl-loire. 17 décembre iW,;.

LA SUCCESSION LA TERRAN'DfÈRE î î ^

nature et moins contestable que les notes les pins authentiques, que le codicille le plus légal, un billet de 9,000 francs en bonne et due forme, fut présenté par un fermier de la défunte à son nouveau propriétaire. Au lien de s'incliner respectueusement devant un engagement de sa bienfaitrice, M. de la Villebiot refusa d'acquitter le billet. Il fallut aller au tribunal. Les juges et le public furent très étonnés en voyant assigner M. Vincent à comparaître. Le légataire prétendait que le billet n'était qu'un fidéicommis au profit du curé. Cette équipée ne pouvait manquer de faire entrer toute l'histoire du codicille dans le domaine de la notoriété publique, bien inutilement pour M. de la Villebiot, car la sentence le força au paiement.

Il paraissait jouir paisiblement de son héritage, quand, environ vingt mois après la mort de sa bienfaitrice, un incident remit tout en question. Une fille de confiance de la testatrice, Manette Château, vivant retirée dans la maisonde sa maîtresse, reçut, en septembre 1844, une lettre apportée par une personne iiiconnuc et qui ne lai laissa même pas le temps de la dévisager. L'enveloppe renfennait une copie du codicille brûlé par l'évêque. La vieille domestique crut tout de suite à cet écrit où elle se retrouvait marquée pour un legs de 9,000 francs. Plusieurs autres personnes, connaissant, disaient-elles, les intentions de la défunte, ses hésitations à remettre le testament à M. de la Villebiot et même sachant assez exactement les dispositions principales du codicille, se montrèrent aussi portées à donner créance à la nouvelle pièce.

It4 u!lE Copie du CodiCille

Dès que le légataire en coonut l'existence, il résolut de la faire eKaminer. Il choisit comme juges deux de ses amis, un lieutenant-colonel en retraite > et un conseiller (l'arrondissement >.

Commencée le5octobrel844,renquétedes8rbitre3 dura plus de six mois.Ilsconsuttèrent^ la vîlleet à la campagne, nombre de témoins, se montrant impartiaux, mais sans critique. Ils ne prirent pas assez le soin de faire signer aux intéressés leurs dépositions. Les exagérations, les restrictions mentales, les invraisemblances leur furent un réseau dont ils eurent grand peine à se tirer pour rédiger un procès-verbal publié trop tardivement et contre lequel il s'éleva immédiatement plusieurs protestations. Néanmoins la sentence des deux honorables arbitres parut au public terminer heureusement une affaire qui avait déjà causé trop de scandale. On comptait sans les haines politiques.

Le 9 décembre 1&45, comme toute l'altention desAngevins était portée sur une grande lutte municipale contre le maire, le Journal de Maine- ei-Loire inséra la note suivante :

a Dans sa k'ttrg aux ^'lecteurs du canton Nord-Ouest de la ville d'Angers, M. G. Bordlllon cite les successions de Neuville, Besnard et La Terrandiùre, passées il sait bien où. Mais il oublie de comprendre dans cette nomenclature la succession de Mme G., alliée il sait bien où, aussi, et cela, au préjudice, non de parents éloifjniïs, mais d'un fils légitime, son unique héritier.

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