LA SUCCESSION LA TERRANDIÈRE II
On nous prie de venir en aide à la mémoire de M. Bordiilon, afin de compléter, par ce fait, le tableau des héritages détournés de leur destination naturelle. »
L'obligeante personne qui aidait ainsi les souvenirs de Bordiilon n'était autre que M. de la Villebiot luimême. Bien qu'il fût dans la sécurité de sa possession, et malgré une opulence nouvelle, il se rongeait dans la première exaspération d'un sobriquet avec lequel il lui tallait désormais vivre- et mourir. Des gens qui croyaient qfà€y par le fait de son indélicatesse, leur église paroissiale Baserait pas de sitôt terminée, Tavaienl surnommé cJe clocher de Saint-Jacques i». Le mot restait. Quelque indulgence que Ton accorde à un gentilhomme vexé par de tels procédés, on peut cependant taxer de graves imprudences ses représailles dans les journaux. Dans de tels cas le silence est excellent ; il était de rigueur quand l'adversaire se nommait Grégoire Bordiilon. La réponse fut telle que, pour y riposter, M. de la Villebiot se fit accompagner de son confesseur. Sa propre lettre apparut suivie d'une note de M. Mau point se défendant (et pourquoi ?) d'avoir jamais attiré l'attention sur cette affaire. Dans quel sens, disait-il, l'auraisje pu faire?
« Serait-ce contre M. le curé de Saint-Jacques? J'apprécie trop la pureté, de . ses vues, la sagesse de sa conduite, le désintéressement de son zélé. J'estime et vénère infiniment cet exceFfctit aMEkàr-e. Serait-ce contre M. de la Villebiot ? Il est mon paroissien et les fautes de mes paroissiens, si je les connaissais, j'aimerais beaucoup mieux les couvrir des plis de ma
né LA SUCCESSION' I.A TERRAKDIÈRE
robe que d'aller sans pudeur les publier sur tous les toits. Après cela, ces traditions de loyauté et de religion que M. de la Vjllebiot a puisées dans une vieille famille bretonne et que, de l'aveu de tous, il a bien soutenues lui-même jusqu'à la succession La TerrandiÈre, les aurait-il échangées tout à coup pour un héritage qui ne lui laissait en perspective que les remords les plus cuisants ? Personne ne le croira. »
Et le curé terminait par sa conclusion la plus chère, rafdrmatîon de sa neutralité dans les luttes des partis. Ces déclarations ont été parfois la manière la plus avantageuse de Taire de la politique; elles devaient mener M. Maupoint à un évêchét. Moins bien avisé, M. de la Viilebiot terminait sa réponse en se faisant fort de pouvoir rapporter des opinions écrites de M. Bemier et du chanoine Mercier, en sa faveur. La protestation' ne se Ht pas attendre :
M. Bernier à M. de la Viilebiot.
ÂHf;frs, It ^g décembre iS^j.
« Monsieur,
« Je lis dans une lettre signée de vous, sous la date du 2j de ce mois et insérée dans le Journal de Maine-et-Loire du 27, qu'il serait en votre pouvoir de rapporter l'opinion écrite de M, ï'abhé Heniler âïamétrotemeiil oppoiée à celle qu'on semble ivuloir lui prêter sur l'affaire de la succession Terrandiére.
Si cette assertion, Monsieur, n'était que téméraire, je ne la relèverais pas plus que je n'ai relevé celle de M, G. Bordîllon.à laquelle vous faites évidemment allusion. Le public que vous avez cru intéresser par vos tristes débats, sait bien que je ne peuK
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pas me trouver compromis par cela seul qu'il aura plu à vous et à la partie adverse d'invoquer mon nom dans une polémique passionnée. Quoiqu'il soit fort étrange, lorsque je n'aurais voulu figurer ni comme improbateury ni comme approbateur de votre conduite» qu'on me fasse jouer l'un et l'autre, et devant ce même public, j'aurais encore gardé le silence, si vous n'aviez pas affirmé que vous pourriez rapporter mon opinion écrite. Il ne s'agirait donc plus. Monsieur, de ces rapports indiscrets et dénués d'autorité, de ces on dit sans consistance, que les lecteurs des journaux méprisent alors même qu'ils aiment à s'en repaître ? Ce sont des écrits de ma main.... Cette circonstance me décide à protester contre le rôle que vous me prêtez avec tant d'assurance, et qui me répugne infiniment. Elle m'oblige à vous dire : si vous avez de pareilles pièces, publiez-les, mais textuellement et intégralement. Du reste, je n'aime pas que les journaux s'occupent de ces sortes d'affaires, et je pense. Monsieur, que vous êtes, Â l'heure qu'il est, de mon avis sur ce point. Je vous propose donc de mettre les pièces que vous avez en main sous les yeux d'une commission de huit membres, pris dans la société de la Cité dont vous faites partie, six à votre choix, et deux à mon choix. Ces pièces seront discutées par la Commission d'après les règles de la grammaire et de la logique, et l'on verra quelle opinion y est exprimée sur la succession Terrandièrc. De plus, Monsieur, veuillez vous adjoindre et amener à la réunion l'auteur présumé de la lettre du 25, de laquelle, assure-t-on, vous n'êtes que le signataire. Là, en présence de huit honorables témoins, vous entendrez, l'un et l'autre, mon opinion bien nettement formulée, sur votre conduite dans l'affaire de la succession Terrandière.
« J'ai l'honneur d'être, etc. « H. Bernier, v. g.
« P. S. — J'ai Vhonneur de vous prévenir que je dépose nue copie de • cette lettre à la Société de la Cité, »
ii8 "la succession I.A TERBA\D[ÈHE
Celle proposition semblait indiquée à M. Dernier par les circonstances. Elle écartait le danger d'un éclat scandaleux, et ne laissait personne abrité ou menacé par la législation. Et quels arbitres ne trouverait-on pas dans la société ? Etait-il un juge plus loyal que le comte Théodore de Quatrebarbes dont le nom restera synonyme de l'honneur le plus chevaleresque et le plus méticuleux ? Et qui pouvait prêter ane plus fine habileté que le vicomte de Falloux? Sans s'inquiéter du fond des choses, le public angevin accepterait, avec . la plus grande confiance et comme déSnitif, un verdict prononcé par des hommes aussi honorables que MM. de Cacqueray, de Grignon, de Villebois, de Lozé, de Maillé, Logerais et Desnoyers,
M. de la Villebiot répondit par deux lettres, l'une à l'évèque, l'autre au grand vicaire. Les réponses Turent les suivantes.
Monseigneur Angebatili à M. de la Villebiot.
}, DUcmbre iH^S- MOKSEEUR,
J'ai à peine l'avantage de vous connaître et je ne vous suivrai point sur le terrain où l'indiscrétion veut nie placer. Assez de scandales avaient occasionné déjà de tristes débats sans qu'on y ajoutât celui de vouloir jeter mon nom comme un appât à la curiosité publique ; vous me permettrez donc, Monsieur, de ne point discuter votre lettre et de ne point répondre ;\ votre appel.
Receveu, Monsieur, les sentiments avec lesquels j'ai l'hon-
Votre triïs humble et obéissant sen'iteiir. f ■)• GUII-L.