‹ Un dernier GallicanChapitre 44 sur 162 · I20 LA SUCCESSION LA TERRANDIERE · texte numérisé non relu

I20 LA SUCCESSION LA TERRANDIERE

autres moyens pour y parvenir, vous relatez de petits incidents qui auraient trois ans de date et un seul témoin, vous osez citer et mettre entre guillemets un langage que M. votre beau-frère aurait entendu I Pour le coup c'est de l'effronterie, c'est un inqualifiable mépris des convenances.

Ces paroles sont sévères. Monsieur, elles ne le sont pas assez... Je ne vous en adresserai pas d'autres, à moins que ce ne soit en présence du jury que je vous ai proposé, s'il vous plaît de vous présenter devant lui, avec votre conseil.

J'ai l'honneur, etc.

H. Bernier, v. g.

Réduits au désespoir par une correspondance aussi dure, M. de la Villebiot et son conseil résolurent de tàter encore de la casuistique. Ils envoyèrent à l'évéque du Mans un cas de conscience tel que le prélat n'y pouvant rien démêler réclama des explications complémentaires. M. Maupoint en fournit trois pages. Après avoir fait remarquer qu'il avait peine à croire que la testatrice eût voulu léguer toute sa fortune à son paroissien, le curé, sans insister sur le codicille brûlé par l'évéque d'Angers, mettait dans un éclatant relief l'origine mystérieuse et les irrégularités de sa prétendue copie. L'évéque du Mans répondit : « Je crois que la conscience du légataire ne doit pas être troublée. » M. Maupoint communiqua cette décision à Monseigneur Saint-Marc. Depuis que l'évéque de Rennes avait exprimé son avis, il n'était point sans avoir reçu d'autres informations. Manette Château lui avait écrit que sa bonne foi avait était surprise ; et dans sa lettre, la brave domestique ne ménageait ni le légataire ni son curé.

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Puis im abbé Ormaron qui figurait sur la prétendue copie du codicille avec un legs de 17.000 francs fit le voyage de Rennes pour renseigner plus à Taise Tévéque.

Ces témoignages, on se l'explique facilement, n'avaient point changé l'opinion du prélat qui exprima cependant une grande satisfaction en voyant son vénérable collègue du Mans aboutir à la même solution.

Lies décisions épiscopales ne terminèrent pas les tribulations de M. de la Villebiot. Des deux personnages dont il avait si malheureusement mis en avant le témoignage en sa faveur, M. Bernier seul avait protesté. Le silence de l'autre n'était que la préparation d'un démenti plus éclatant, d'une plus cruelle vengeance.

Ami intime du curé Vincent, le chanoine Mercier suivait depuis le commencement toutes les phases de l'affaire. Comme la fortune de Mlle de la Terrandière était beaucoup plus considérable que ne se l'imaginait la vieille fille, M. Mercier avait écrit, en 1843, à M. Vinay pour lui suggérer de partager ainsi le différend : outre les 130.000 francs distribués selon les intentions du testament légal, 100.000 francs seraient répartis entre les paroisses d'Angrie, Beaulieu, les écoles et les pauvres de Saint-Jaeques et de la Trinité d'Angers ; 230.000 francs resteraient à M. de la Villebiot. L'idée, condamnée à l'insuccès, n'est pas la partie la plus piquante de cette lettre. Le chanoine ne craignait pas de dire : « Vous connaissez aajourcThai sûrement la main qui avait rédigé le fameux pdéicommis. »

En 1844, se trouvant à Rome, l'abbé Mercier consulta la Sacrée Pénitencerie. On sait que les réponses de

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cette congrégation portent, comme le dit le terme consacré, pour le farde la conscience. Les affaires présentées doivent être tenues secrètes et on ne les soumet que sous des noms supposés, avec modification des circohstances accidentelles afin de ne pas faire reconnaître les personnes en question. Pour répondre au petit mensonge que M. de la Villebiot s'était permis à son endroit, le chanoine s*avisa dç publier la décision du tribunal romain. Elle venait tout naturellement comme exemple à la suite d'un Traité fort abrégé du fidéicommis. Après les principes, l'application. Les Angevins n'eurent aucune peiné à la faire dans le cas de conscience où ils retrouvaient tous les personnages de la succession sous les noms transparents de Boniface et sa femme Prudence (M. et Mme de la Villebiot), du noble Eudore (Mlle de la Terrandière), et du précepteur Emmanuel (Dieu avec nousy le confesseur Vincçnt). Le jugement de la congrégation suivait l'exposé : « La Sacrée Pénitencerie répond, dans le cas précité, que Boniface est tenu en conscience à remplir la volonté d'Eudore, certainement connue. Pour le for de la conscience ». Une semblable solution fut aussi donnée par le père Ventura qui, pensant bien n'être pas en présence d'un cas hypothétique, avait ajouté : u Telle est l'opinion du soussigné sur l'exposé qui lui a été soumis, et qui, à ses yeux, n'est pas un cas de conscience, mais l'histoire d'une hpnteuse trahison et du trafic sacrilège que des chrétiens font de leur àme, de leur paix et de leur honneur ».

Au reçu de la publication du chanoine, l'infortuné légataire courut prendre iin avocat, M. Prou, qui alla

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demander à révéque d'interdire sur le charap le chanoine Mercier, pour le sauver d'être traduit devant les tribu^ naux. Econduit^ M. Prou s'en fut chez le pamphlétaire lai-méme, où il essuya toutes sortes de défis et de refus. Ensuite il s'efforça, tout aussi inutilement, de persuader et d'intimider le curé de Saint-Jacques. De tous les ecclésiastiques qui s'étaient déclarés contre M. de la Villebiot, il ne restait plus que M. Bernier à tenter. Comme il n'était point d'un caractère à entrer facilement en composition, et qu'autrefois, à Saumur, M. Prou avait eu une vive polémique avec lui, au sujet de l'enseignement» des Frères, l'avocat ne risqua celte démarche qu'en désespoir de cause. Il sollicita humblement une entrevue pour le 4 mai. Ce matin-là, tout joyeux de pouvoir enfin se soulager, M. Bernier écrivait à Tévcque : c Que ne venait*il plus tôt I Je lui aurais peut-être fait comprendre que la menace d'un procès ne faisait peur à personne, qu41 courait risque de se tacher un peu en voulant débrouiller un objet qui sera toujours sale... » Et le soir, M. Prou tout abasourdi défendait à son client d'intenter procès.

Les amateurs de scandale auraient été déçus sans .Grégoire Bordillon. Si les discussions religieuses ou cléricales étaient une récréation pour ce brave démocrate, la succession la Terrandière avec ses contrastes de caractères, ses dessous mystérieux, la variété des péripéties, la richesse des restrictions mentales, lui semblait une comédie particulièrement intéressante où pouvait s'exercer sa verve gauloise. Elle lui fournirait de plus le moyen de déconsidérer M. Vinay, conseiller municipal

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