CONDAMNATION DE M. VINCENT
faire imprimer tout de suite. Il en adopta la rédaction, déclara qu'on la publierait. On en parla en ville, compromettant ainsi à l'avance et l'auteur présumé, et Tauteur véritable. Or la nuit porte conseil. Le lendemain le prélat envoyait à son vicaire général la lettre suivante :
Euêché d'Angers.
An^ers^ le yi mars i8^f.
Mon cher Abbé,
Dans des questions aussi graves que celles qu'hier j'examinais, on ne peut apporter trop de maturité. J'ai lu et pesé de nouveau la réponse de M. Vincent et, je dois vous le dire, une réflexion grave s'est présentée à mon esprit.
M. le Curé de Saint-Jacques dit, il est vrai, que les pages renfermant une doctrine qui offre tant de dangers, ou plutôt, il faut le dire franchement, qui est si blâmable, ne font qu'expri-mer les pensées d'une fille vertueuse qui ignorait les lois, et les instructions qu'elle croyait pouvoir donner à celui qu'elle chargeait du dépôt de ses volontés.
Mais à cela on dira, que M. Vincent, lui, devait connaître ce qu'offrait de blâmable cette doctrine ; que comme confesseur il était tenu d'éclairer sa pénitente j qu'enfin, si elle ne le voulait pas croire, ce qu'on ne comprendra pas, il ne de\*ait pas se charger de ce dépôt, ni de l'exécution de ses volontés par de tels moyens. Les quelques mots de blâme intercalés n'empêcheront pas de dire que cependant il s'est chargé de suivre la marche tracée par la défunte, en admettant même que la défunte ait parlé ainsi.
Préoccupé de ces idées, depuis hier au soir, j'y ai beaucoup pensé cette nuit ; j'ai relu les avis de mon frère ; j'ai vu ce matin encore l'abbé Chesnet, qui m'a apporté ses paroles et ses recommandations de ne pas m'<^carter de la ligne que j'ai suivie jusqu'ici.
COVDAMS'ATIOS: DE M. VINCENT I3I
Dieu sait combien je désirerais être utile à un ecclésiastique que je vois dans l'embarras, quoique ce' soit par sa faute, puisqu'il n'a jamais suivi mes avis, mais je pense qu'il faut pour sauver le corps que le chef ne se compromette pas. Je renonce donc à prendre sur moi de produire la défense de \M, Vincent. Je n'ose môme pas l'engager à la présenter en son nom, pour les raisons que j'ai déduites plus haut. Je sens quelles en sont les conséquences pour lui : il succombe devant l'opinion comme devant les tribunaux. Je le déplore, mais cette triste position ce n'est pas moi qui l'ai faite.
Croyez, mon cher Abbé, à mes sentiments dévoués.
■j- GuiLL., Ev. d'Angers.
M, Bernier à Monseigneur Angebaull.
Angers^ le j i Mars iS.fy, H h, 1/2 du soir.
Monseigneur,
En présence des conséquences que doit avoir pour moi la nouvelle résolution que vous avez prise, vous voudrez bien, j'ose l'espérer, m'accorder deux choses :
10 M'écrire la lettre dont la teneur suit ;
2° Trouver bon que j'insère votre lettre sans aucun commentaire, dans une courte note que je publierai en mon nom et qui ne remplira pas 3 pages in-8.
Mon cher Abbé,
L'obstination que l'on met à interpréter mon silence, sur l'affaire de M. le Curé de Saint-jacques, ne saurait être pour moi une raison de le rompre. Je maintiens la résolution que j'ai prise dès le commencement de ne pas me prononcer sur celte malheureuse affaire et par conséquent de ne rien nier et de ne rien affirmer sur les faits et les circonstances qui en sont comme le fond. Mais vous connaissez mieux que personne ces faits et ces circonstances, et je ne me suis jamais oppose, je ne m'oppose point à ce que vous en fassiez l'expose. Mon silence ne doit