M. DE FALLOUX I
se compromettre, Tun à l'époqae da soulèvemient légitimiste de 1832, l'autre pendant la suprême lutte de son maître Lamennais, se trouvaient-ils réciproquement doués d'une sagesse qu'on est toujours heureux de ren^ contrer dans un allié.
M. de Falloux avait alors trente-trois ans. Il achevait de préparer ses débuts à la vie politique. Sur ce person* nage célèbre, curieux résultat de causes multiples, tout n'a point été découvert, malgré les Mémoires laissés pour guider les historiens. Il s'y est tracé le portrait qu'il voulait avoir aux yeux de la postérité et son habileté va, en maint endroit inexact, jusqu'à donner rillusiou de la vérité vraie. Ceux qui voudront corriger le tableau tracé de main d'ouvrier n'y pourront arriver que par une fine analyse de ses éléments et surtout de quelques épisodes qui en ont été soigneusement élagués. M. de Falloux se serait mieux fait comprendre lui-même et il eût donné des esquisses de la vie provinciale bien curieuses et dignes de son talent, s'il avait raconté, par exemple, comment il essaya dans son pays la diplomatie dont il fit preuve ensuite sur un plus grand théâtre, et comment il se servit contre ses ennemis régionaux de petits et de grands moyens dont il usa dans les luttes où se consuma vainement son habileté de Mazarin d'une jmonarchie impossible. De même que pour entrer dans le monde politique il avait choisi un introducteur, le comte Théodore de Quatrebarbes i, dont il devait plus tard se séparer très courtoisement, il prit un guide et
1 Le chef du parti légitimiste en Anjou ; fut gouverneur de la ville et de la province d'Ancône dans la guerre de défense des Etats pontificaux.
138 JULES UOREL
un patron dans le monde ecclésiastique : t'abbé Jules Morel.
On n'a guère remarqué les dernières années de ce prêtre à barbe blanche, mort, en 1890, dans une maison de retraite d'Angers, près du « lieu de sa nativité ». [1 les y passa solitaire et sans bruit, vivant d'illusions royalistes et de souvenirs ullramontains. Pris sur le tard d'un certain sentiment de paix, il partageait soa . temps entre des prières carmélites et la destrucîtioa d'une correspondance compromettante pour ses amis et ses ennemis. Sans une dernière lutte au sujet du tempérament de Sainte Thérèse et quelques Tormes inusitées de son costume, personne n'aurait deviné dans ce bon vieillard le bouillant excentrique d'autrefois. < Je n'ai trouvé mon équilibre que vers la quarantième année, disait Maxime du Camp, et si l'on venait me démontrer aujourd'hui que j'ai été un peu fou, je ne serais ni indigné, ni étonné, h Jules Morel devait être dans de pareils sentiments, car il reconnaissait n'avoir pris conscience de lui-même qu'à soixante ans ; et peutêtre cet aveu cachait-il encore une de ces illusions Batteuses que l'amour-propre conserve dans une humble confession. Quoi qu'il en soit, le Morel de 1845 n'est point le vieux théologien de l'Unipers, le consulteur du tribunal de VIndexi, le journaliste à peu près discipliné par du Lac et Louis Veuillot. C'est le Morel de trente-
I H est regrettable pour le consulteur de Vlndex qu'il n'ait pa* eu une idée plus élevée de la congrégation sœur, ccllo de l'Inquîsiiion : il voyatl tout simplement un bon tour dans la condamnation de Galilée. (.■«it.=M ,lu .'9 janvier i«77 et Moigno. t« sfUndiurs di la/oi, tome lli,