JULES MOREL I
hait ans, terme encore éloigné de sa bienfaisante soixantaine. La manière dont il se targuait de l'affection de La Mennais le ferait même passer pour l'enfant gàlé et mal élevé d'un génie, si Tinflme place qu'il tient dans la vaste correspondance de son maitre ne montrait pas irréfutablement que le grand homme ne donnait tout son cœur qu'à de plus riches natures.
Trois années d'études à la Chênaie lui avaient servi d'une longue école d'exagération. Il en garda moins les grandes idées qu'un enthousiasme infatigable. Après que La Mennais eut abandonné le projet de TUniversité catholique de New-York, où Morel devait le suivre, celui-ci revint se mettre à la disposition de son évèque (1831). Loin de le' suspecter pour son séjour chez le prophète de V Avenir, Monseigneur Montault le nomma
immédiatement, malgré ses vingt-quatre ans, aumônier de la prison, confesseur des écoles laïques et chanoine honoraire.
Jamais le chapitré angevin n'eut un plus gracieux ornement. Sa chevelure était surtout remarquable. £lle contrastait singulièrement avec l'antique coupe de cheveux ronde usitée parmi le clergé. Ceux de l'abbé Morel, séparés au milieu de la tête par une raie soignée, retombaient sur les épaules en boucles opulentes. On disait que de « vieilles perruques », indignées de tant d'art, ou peut-être jalouses, lui faisaient écrire, par des mains féminines,des billets anonymes pour lui demander l'adresse de son coifiFeur. A cause de sa grâce à nulle autre pareille, le jeune chanoine était employé dans toutes les cérémonies et, notammment, chaque procès-