ALLOCUTION DU NOUVEL AN
L'un d'eux [l'abbé Morel] courut au séminaire dénoncer à M. le Supérieur celte alloculion comme ce scandaleuse, véritablement dangereuse et inspirée par le plus furieux gallicanisme^ ».
Pourquoi demander aux sulpiciens de protester contre le gallicanisme diffus du discours de M. Bernier, pourquoi troubler leur silence profond ?
Il était fondé, mais sur des raisons que quelqu'un, qui trouvait VUniuers trop peu courageux, ne pouvait comprendre. « Saint-Sulpice se montra réservé, parce qu'il crut remarquer dans la jeune école un air tapageur et des prétentions au bel esprit qui Tinquiétèrent ; Saint- Sulpice se montra réservé, parce qu'il avait de grands devoirs de respect et de soumission à remplir envers les Evéques de France.* »
Après cette escarmouche, chaque parti continua son chemin, Monseigneur Angebault, avec huit archevêques et quinze évêques, plus ou moins favorables au gallicanisme, fit adhésion à la lettre de Monseigneur Guibert sur les tendances dangereuses du parti qui se formait contre l'autorité épiscopale ».
1 Lettre sur le Journalisme^ p. 3.
2 Letourneau, Histoire du Séminaire d'Angers^ p. 371.
3 (( Hélas ! il faut bien Tavouer, parmi ces actes d'adhésion^ plusieurs ont une odeur très accentuée de gallicanisme. L'évoque d'Evreux n'écritil pas : « L'abandon des principes de notre Eglise de France, l'appui, la louange donnée à l'ultramontanisme, voilà la vraie et l'inévitable cause du désordre qui menace de tout détruire. Les changements des liturgies reçues en France, les éloges donnés à MM. Lacordaire, Guéranger et Combalot ont bouleversé toutes les têtes ! » Vie du cardinal Guibert^ II, p. 82.
LETTRE A DOM GUÉRASGER 151
Qaant à l'abbé Morel, il expose lui-même ses sentiments dans une lettre où il remercie Dom Guéranger d'un hommage d'auteur :
(( Angers^ le i.f janvier i^Vf.
« Mon Très Révérend Père, votre brochure i a tenu tout ce que je m'en promettais, en coupant les feuillets avec crispation pour la lire et, pour moi, c'est tout ce que je puis dire de plus. Votre trait, vptre ironie, votre netteté de discussion sont toujours les mêmes ; votre éloquence, vos vues prophétiques, votre ascension aux idées générales augmentent de volée. A. de Falloux, qui m'a arraché la Défense comme j'en finissais la dernière page, mêle son admiration à la mienne, mais il est plus sensible à quelques détails de forme, les gants jaunes et les manchettes du st}'le ; surtout il est préoccupé du résultat et ne peut espérer que l'esprit public catholique, en France, admette une si verte semonce faite à un archevêque en cheveux blatics, même par un abbé. Que dira M, Montalembert à la tribune ? prévoit-il, si MM. de Portalis et autres lui répondent : « Vous nous traitez « comme les ultramontains réguliers, séculiers ou laïques traitent « les confesseurs de la foi ?» Il voudrait qu'on ne réfutât jamais un évêque français qu'en renonçant de soi-même à la moitié de ses moyens, et à la meilleure *. Quand je lui dis que cette courtoisie est un cinquième article des libertés gallicanes, il répond qu'il nous faut créer celui-là pour ruiner les quatre
1 Défense des Institutions liturgiques, en réponse à Tarchcvéquc de Toulouse.
2 11 est curicur de voir, dès 1845, M. de Falloux exprimer un des motifs pour lesquels s'opéra la division des catholiques en 1850. Montalembert avouera les mômes sentiments contre V Univers des iH.\6. Cf. Lecanuet, Montalembert, II, p. 280. — On trouvera dans cet auteur, p. a8i, note 2, et p. 282, des textes de dom Guéranger et de Lacordaire sur le sujet et qui montrent la séparation en voie de formation.
1J2 lrttRe a dom guérakger
autres. Du rtstc, Mon Très Révcrcnd Père, vous lui rendrez bien cette justice, avant quc'jevousledise, qu'il trouve pitoyable qu'un prélat écrive l'histoire de votre Hîsloire de la liturgie comme un avocat général écrit l'histoire des Jésuites. De votre coté, vous n'avez pas manqué d'attribuer à notre évêché l'allusion qui terminait notre seconde brochure. M. Bernier a été chargé de tirer la vengeance. Au discours d'apparat qu'il prononça au premier de l'an, devant l'évéque et i la téie du clei^é, il nous a donné, en guise d'élrennes, une mercuriale aigre, bilieuse, sur ces jeunes ultramontains qui exagèrent les prérogatives de la chaire indéfectible de Pierre, pour ravaler les droits de l'épiscopat, et qui trouvent plus commode d'étaler des sentiments d'obéissance pour un pouvoir qui est à cinq cents lieues, que de se conformeren toute simplicité etsans parade au pouvoir diocésain, au premier centre d'unité, dont la pronimité gène leur essor d'insubordination et leur amour du scandale. Par la grâce de Dieu, tout le clergé a été indigné, par une raison ou par une autre. Monseigneur, interrogé sur-Ic-champetun peu vivement, a répondu qu'il s'agissait des protestants qui voulaient s'établir à Angers, et M. Bernier a déclaré, devant tout le monde, qu'il n'avait en vue que les presbytériens du Bien social.
« Veuillez, Mon Très Révérend Père, ajouter, pour cette fois, plus de confiance à mon dire qu'aux autres et me croire, pour toujours, votre respectueux et affectionné... n.
En écrivant celle lettre, Jules Morel ae se doulait pas qu'il allait commencer une véritable et longue guerre contre le vicaire général, M. Bernier, dans laquelle luimùme trouverait sa voie définitive. Un nouveau journal se fondait en Anjou, feuille à l'histoire compliquée, mais qui, pendant plusieurs années, devait jouer dans cette province, le rôle de VUnioers dans la France.
Le 13 juin 1S44, Monseigneur Angebault, M. Bernier
L UXION DE L OUEST I 5 3
et le comte Théodore de Quatrebarbes lisaient à révêché, dans le Journal de Maine-et-Loire, le compte-rendu d'un ouvrage d'un jeune Angevin ^ ; Tarticle signé du rédacteur en chef >, glorifiait le panthéisme comme la religion des âmes d'élite. Une note suivait, promettant la plus grande liberté aux écrivains désireux de traiter dans le journal des questions de critique historique, liitéraire et philosophique, en ce qui n'affecterait pas l'unité de la direction politique. Chaque auteur garderait la responsabilité de ses opinions. Dans cette déclaration, révèque vit avec frayeur la menace d'une série d'articles, destinés peut-ètreà des lecteur^ d^une culture supérieure, mais, à coup sur, destructeurs de la foi. M. Dernier exprima le regret de n'avoir pas un journal chrétien pour combattre une telle influence. Alors, tout de suite, le comte de Quatrebarbes proposa d'en créer un.
La réponse, au lieu d'être encourageante, fut pleine de réserve.
Pour M. Bernier, la tentative d'un bon journal avait échoué récemment avec le Mémorial angevin^ sorte. d'Ami de la Religion, mais un ami provincial. Le rédacteur en chef, Urbain-Victor Mesnet, un des intimes du vicaire général, avait dû cesser la publication qui ne lui rapportait régulièrement que des pertes d'argent. Recommencer l'expérience dans d'autres conditions, et surtout avec le comte de Quatrebarbes, était s'exposer, croyait-on à l'évêché, à voir se créer un journal néo-
1 Paul Belouino (1810-1876).
2 Amédée Gayet de Céséna plus tard rédacteur du Soleil.