‹ Un dernier GallicanChapitre 64 sur 162 · L UNION DE L OUEST · texte numérisé non relu

L UNION DE L OUEST

Le mécontentement du vicaire général n'était pas encore calmé, qu'il vit, dans le numéro du mercredi 26, reproduite une parole de La Mennais sur le gallicanisme des rois de France. Le lendemain même, le journal donna une partie de la lettre par laquelle Monseigneur de Montais déclarait adhérer au mandement du cardinal de Bonald traduit devant le Conseil d'Etat. Or, de cette lettre, VUnion s'avisa de ne pas citer le manifeste gallican, et en particulier la phrase : « Quant aux libertés de l'Eglise gallicane, nous les entendons dans le sens de l'abbé Fleury, le moins suspect et le plus irrécusable des écrivains sur cette matière. »

« Ils sont, dans ce journal, beaucoup plus ultramontains que le Pape, dit M. Bernier, et ils se brouilleront avec le Saint-Siège, s'il ne prononce pas enfin que la déclaration de 1682 est une hérésie triple, quadruple et au premier chef* . 9 Et, ne se contenant plus, le vicaire général envoya aux rédacteurs de VUnion la lettre suivante :

(f Angers^ le i*' mars 184$.

< Messieurs, (( Je partage sincèrement le sentiment de bienveillance et d'intérêt qui a, de toutes parts, accueilli le journal que vous avez fondé parmi nous, et je suis du nombre de ceux qui en ont

I M. Bernier crut toujours que les ultramontains français se méprenaient sur les intentions de Rome ; et il était mis, de Rome même, en garde contre eux. Au sujet de la question des jésuites, le P. Vaures lui écrivait :

« Les journaux vous ont très mal informés de ces affaires. L'Univers surtout ne sait vraiment pas ce qui se passe, il a été complètement trompé par ses correspondants. UAmi de la Religion a été exact et bien informé, excepté lorsqu'il a dit que M. Rossi allait aux exercices du mois de mai chez les jésuites. )) Lettre du 17 juillet.

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désiré et espéré le succès. Mais ce succès, Messieurs, est déjà gravement compromis : quelques-uns des rédacteurs semblent n'en pas comprendre les conditions et il me paraît fort aventuré, si vous ne vous hâtez de les arrêter dans la mauvaise voie où ils se sont imprudemment lancés. Il y a plus : vous voilà dans l'obligation de donner des explications catégoriques à vos abonnés, pour obvier à des interprétations qui mettraient en péril l'œuvre que des motifs on ne peut plus honorables vous ont fait entreprendre.

a Sans parler de certaines inconvenances, échappées sans doute à l'inattention et qui ont affligé vos amis les plus dévoués, je vous dirai que des yeux un peu exercés ont cru d'abord reconnaître dans quelques articles les préoccupations fâcheuses et les allures hasardeuses d'une école qui jeta la division dans le clergé à une époque encore récente et dont le caractère propre fut la témérité. Ces inquiétudes se sont malheureusement confirmées. L'insertion dans votre numéro du 26 des paroles que M. de La Mennais dicta en 183 1 à son avocat, insertion sans correctif, précédées de paroles louangeuses, et la suppression dans votre numéro du 27 de la première partie de la lettre de Monseigneur l'Evêque de Chartres à M. le Ministre des Cultes, sont venues donner la preuve que quelques rédacteurs de V Union de l'Ouest entendent faire de ce journal le drapeau d'un parti,

« Voilà uïit prétention contre laquelle vous devez protester, Messieurs, si vous ne voulez pas que d'autres protestent. Je viens donc vous inviter à déclarer dans un des plus prochains numéros de votre journal :

(I i<> Que vous n'entendez pas taxer d'erreur contraire à la foi les opinions formulées dans la déclaration de 1682, ni contester l'orthodoxie de ceux qui les tiennent pour vraies ;

« 2^ Qu'en poursuivant ou en flétrissant le gallicanisme, vous ne voulez ni comprendre dans cette dénomination très équivoque soit les quatre articles de 1682, soit les maximes admises par le

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cierge de l-rancc, ni porter atteinte à l'honneur de l'ancienne Eglise gallicane et au respect qui lui est dû.

« Une déclaration en ce sens, mais nette et prtïcise, vous laisserait pleinement, Messieurs, votre liberté d'opinion sur les points dont il s'agit. Elle serait le meilleur moyen de réparer le mal déjà fait : car c'est un mal, Messieurs, que de jeter un ferment de discorde au sein d'un clergé unanime et paisible ; c'est un mal d'y implanter l'esprit de parti ; c'est un mal de lui inspirerdu mépris pour un passé vénérable à tant de litres.

e II dépendra totalement de vous. Messieurs, que cette lettre soit publiée ou qu'elle ne le soit pas. Inutile d'ajouter que ce n'est point comme vicaire général que j'ai l'honneur de vous écrire et que les conséquences éventuelles de cette démarche devront m'ètre entièrement personnelles.

« Je suis avec une respectueuse et parfaite considération. Messieurs, votre très humble et trtis obéissant serviteur.

a H. Bernier,

B Vicaire général. »

Le comte de Quatrebarbes alla trouver M. Bernier dans son cabinet, et là, anaicalement et comme ea famille, lui donna verbalement toutes les explications qu'il désira. Un article fut rédigé qui obtint la complète approbation du grand vicaire.

La paix dura presque dcus omis, jusqu'au 30 avril, où parut un terrible article à propos du Manuel de M. Dupin. Tout lt> monde sait comment le cardinal de Donald condamna ce livre et vit son mandement déclaré par le Conseil d'Etal entaché d'abus. Cette ridicule et odieuse incursion de César sur le terrain dogmatique ne. fut pas heureuse. Soixante évêques adhérèrent à la lettre

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