REPONSE DE H. DE Q.UATREBARBES
dâsiiiiée à périr dans une anarchie morale digne du bas-empire? Ne compte-t-elie plus dix justes dans son sein? et le dévouement de ses enfant», tant de vertu et d'héroïsme ne balanceraientils pas le mal de chaque jour? Non, ce n'est point le moment de désespérer d'une cause juste et sainte. Nous défendrons, avec l'aide de Dieu, la religion, la liberté, l'ordre, la gloire et l'honneur du pays contre des adversaires qui nous calomnient, peut-être aussi contre des amis qui nous méconnaissent. Il est impossible qu'à la longue aucun écho ne répondeâ notre voix.* Tels furent, M. l'abbé, les motifs puissants qui engagèrent des hommes, que vous appeliez vos amis, à créer dans cette province un journal destinéà devenir l'organe de tous les intérêts français et catholiques. Vous voulez bien reconnaître la droiture de ses fondateurs. Leurs sentiments étaient alors les vétres, et vous-même applaudissiez i leur pensée comme à leurs efforts.
A cette époque, M. l'abbé, le mot journalisme ne s'unissait point dans votre esprit à des pensas opposées à Vestime et à la confiance. Vous étiez de votre siècle, et vous croyiez avec nous que, sous l'empire d'une législation qui admet sans restriction la liberté de la presse, des hommes comme MM. de Chateaubriand, de Ronald et de Montalembert, des prélats comme le cardinal de Lyon, l'archevêque de Reims, les évêquesde Chartres, de Langres, de Rennes, etc., des publicistes distingués comme MM. Laurentie e[ Nettement pouvaient, sans perdre la confiance de leurs concitoyens, commettre le délit étrange d'opposer sur lies feuilles fugitives le bien au mal, la vérité à l'erreur, la lumière aux ténèbres, la liberté de conscience au plus ignominieux esclavage.
Dtu\ ou trois articles de i'Union de l'Ouest ont changé vos convictions, et vous citez à l'appui de votre opinion nouvelle
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une lettre pastorale de Monseigneur de Montpellier J. J'ignore les motits qui ont inspiré au vertueux prélat les lignes que vous avez reproduites. Je vous reniercie, Monsieur, de ne pas y avoir ajouté les douloureux éloges que le même évéque eut à subir Tannée dernière, dans une circonstance politique (l'élection de M. de Larcy), de la part de feuilles vouées d'ordinaire à d'autres intérêts que ceux du catholicisme.
Permettez-moi, M. l'abbé, de continuer de vous suivre pas à pus. Vous reprochez à un écrivain distingué, qui reçut à la Chesnaie le? confidences du génie,^ quelques lignes sur les jésuites en réponse aux hideuses calomnies d'un roman immonde. Vous semblez trouver dans l'éloge un parallèle offensant pour le clergé séculier. Cet article a été même le sujet de la première lettre dont vous avez honoré V Union de V Ouest. Je n'ai point, Monsieur, à justifier ici un ami absent. Mais je vous le dirai avec douleur : comment en présence de tant d'accusations mensongères qui poursuivent aujourd'hui un ordre célèbre, au milieu de ces flots de haine et de calomnie sans cesse amoncelés, n'avez-vous pas craint d'écrire ces lignes ? Depuis quand l'éloge même exagéré d'un ami est-il devenu un blâme ? et sur un champ de bataille, où tous ont combattu avec la même ardeur, les blessés ne sonl-ils pas toujours proclamés les mieux faisant ?
Ah ! je vous remercie. Monsieur, de me fournir ici l'occasion d'épancher mon cœur. Exilée loin de sa patrie, tenant un enfant par la main, un autre sur son bras, une jeune mère, chassée par les armées républicaines, se réfugiait en Angleterre, il y a plus d'un demi-siècle. Le malheur n'avait point affaibli son courage ; séparée de sa famille, de son mari, de ses parents, sans argent, sans ressource aucune, elle sut bientôt gagner du travail de ses mains le pain de chaque jour. Mais l'instruction
I Charles Thibault.
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de son fils, ce premier pain de l'âme, pouvait-elle le donner, absorbée qu'elle était par des soins de tous les instants ? C'est alors qu'elle connut des prêtres errant, comme elle, sur la terre étrangère, ils accueillirent son enfant, ils relevèrent ainsi huit ou neuf znnéts pension payable en France! Plus tard, lorsque la tourmente révolutionnaire eut passé, un frère plus jeune reçut aussi, chez les mêmes religieux, des exemples touchants de vertus et de science. Puis, quand le pouvoir, par une concession fatale; ferma ces pieux asiles, des enfants d'une autre génération sortirent de France et suivirent en Belgique, et sur le sommet des Alpes, leurs vénérables instituteurs. Ces prêtres généreux étaient des jésuites, cette femme courageuse était ma mère. . J'ignore quelles persécutions nouvelles sont aujourd'hui réservées à ces saints religieux. Si le pouvoir veut rétablir pour eux l'exil et la confiscation, il ne manquera pas de légistes hypocrites^ de parleurs de liberté, de tribuns de l'école de MM. Thiers et Dupin pour justifier ces mesures, les concilier avec la liberté des cultes, le respect du catholicisme, l'inviolabilité du domicile et découvrir dans la Charte de 1830 les décrets de la Convention et la légalité de la Terreur.
Je sais, Monsieur l'abbé, que personne ne sera plus que vous le courageux défenseur du droit et de la justice. L'élévation de votre cœur m'en donne la certitude. Mais, sans doute, alors disparaîtra à vos yeux l'étrange grief que vous avez soulevé contre V Union, Peut-être même ajouterez-vous à ses torts, en faisant entendre de nouvelles paroles d'éloge.
En attendant ces jours néfastes, que semble hâter un aveuglement providentiel, je puis vous rassurer sur Y émotion que nos amis ont jetée sur tonte la France à l'occasion de la liturgie. V Union n'est point entrée dans ces doctes querelles. J'ignore même si elle en a parlé, et il y a une singulière exagération de langage ou au moins une naïveté puérile à soutenir sérieusement que nous mettrions volontiers tout en combustion pour quelques antiennes à coup sûr bien innocentes.
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C'était, je crois," en 1827 qu'eut lieu dans lé diocèse le chari- . gement de Tantique liturgie. Absent de France à cette époque, j avais retrouvé au fond de l'Andalousie les hymnes du sol natal et le vieux chant grégorien. Il avait doucement résonné à mes oreilles, comme un souvenir de la patrie et de cette admirable unité catholique qui resplendissait à cinq cents lieues de ma Vendée. A mon retour en France, j'entendis de nouveaux chants ou plutôt un mélange confus de notes opposées. Ni le pasteur, ni le troupeau n'étaient encore habitués à ces sons, et ils firent sur moi une impression pénible. Aujourd'hui j'ai oublié le chant grégorien, mais, si je passais de nouveau les mers, je ne trouverais plus sur la terre étrangère les hymnes de fête de mon village.
Nous continuerons donc, comme par le passé, à suivre, avec modération et sagesse en toute occasion, les inspirations de notre conscience
« Quant à l'Église elle-même, nous le repétons ici avec VUfiion du 15 juin, nous ne nous immiscerons jamais ni dans son administration, ni dans sa discipline, ni dans les questions qui ne se mûrissent qu'à l'ombre du sanctuaire. Contents du poste de sentinelle, nous ne demandons que la garde du camp. Notre respect l'exige et notre indépendance nous y convie. Nous voulons bien qu'on sache que la religion guide nos cœurs, mais que le clergé ne dicte point nos paroles, que nous ne pouvons comproniettre que nous-mêmes et que nous n'offrons de services que dans la mesure du dévouement le plus spontané, le plus libre et le plus gr,ituit ».
Cette réser\^e, qui nous. est imposée par le respect et la connaissance de nos devoirs, ne nous empêchera pas de signaler en toute occasion las fabrica h h de pièires. Le mot n'e^t pas de moi, mais d'un docte archevêque qui le prononça au sortir
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d'une audience où il avait entendu des flots de pieuses protestations et de doucereuses paroles.
Finissons, Monsieur l'abbé, ce trop long débat. Il y a deux ans environ, le même prélat crut avoir à se plaindre de divers écrits, de mandements imprudents et surtout du zélé témënire d'un journal neligieus que vous enveloppez dans votre blime. Une lettre pastorale fut écrite dans ce sens et adressée à tous les prêtres de son diocèse. Queues mois s'écoulèrent et l'illustre pontife envoyait au rédaaeur eu chef, sous les verrous de le geàle, une adhésion formelle et ne croyait manquer ni aui lois, ni à la diariië en prélevant sur son revenu, patrimoine habituel des pauvres, une somme destinée i payer une partie de la rançon du courageux prisonnier.
Je termine, Monsieur l'abbé, par une dernière réflexion : « A raison des circonstances, dites-vous dans U dernier altnia de voire brochure, el pour des motifs de délicatesse qu'il est facile dt comprendre, seul ici vous pouvei publier vos réflexions sur le journalisme religieux ; seul vous êtes en position d'en signaler les dangers trop peu sentis. » J'ignore, Monsieur, l'explication de cette-énigme. Mais ce que je sais, je vous le dirai hautement, sans manquer à d'augustes convenances ; non, ce n'est point en qualité de vicaire général du diocèse d'Angers que vous avez écrit cette brochure. C'est le prêtre isolé, c'est l'abbé Henri Bernier, qui a jugé sa publication opportune ; et, si je n'avais pas par devers moi des garanties certaines, j'en trouverais l'aveu dans la première ligne de votre lettre.
Du reste. Monsieur l'abbé, vous ne cheminerez pas longtemps dans cette voie de défiance ; j'ose vous le prédire sans crainte d'être trompé. Votre conviction d'aujourd'hui changera encore, vous cesserez de combattre des dangers imaginaires, en face de l'ennemi commun. Alors, et nous nous en féliciterons, vous marcherez à notre tête. Toutes les questions religieuses ne sont pas finies, a dit, du haut de la tribune et d'un ton de menace, M. Odilon-Barrot, Déjà nous voyons l'horizon se noircir, le ciel se cha^r d'orages, et ce ne sera pas trop pour résister à la tcm-
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pète, que l'Eglise de France réunisse autour d'elle tous ses enfants.
Veuillez, Monsieur l'abbé, â^éer l'assurance des sentiments d'attachement respectueux avec lequel je suis votre tout dévoué serviteur,
Comte DE QUATREBARBES.
Château du PlessiS'Chivréf 1 6 juin 184^.
Intrigues, et polémiques >
(juin-août 1345)
Ignorant encore la réponse du comte de Quatrebarbes ou pensant qu'un auxiliaire ne serait pas de trop dans la circonstance, M. de Falloux, toujours peu désireux de se compromettre lui-même ouvertement, cherchait ailleurs du secours. Il se tourna du côté des bénédictins. Selon ses habitudes en semblable occurrence, il ne demande directement aide et protection. Il rappelle les intérêts de « la cause d et sollicite, avec délicatesse et par des voies détournées, une intervention publique ou clandestine. C'est l'art suprême de négocier du renfort un peu partout et d'accabler ses adversaires d'attaques et de coups de différentes provenances, sans avoir à en rendre compte. On le verra par la suite et, d'après un document daté du même jour que cette lettre, l'habileté du vicomte allait encore plus loin.
« Mon révérend Pérc, àcrivait-il à l'abbé de Solesmes *, on vous expédie en ce moment d'Angers, et de ma part, une brochure que M. Bernier, grand vicaire, vient d'adresser aux curés du diocèse, contre V Union (de l'Ouest), les Bénédictins, les
1 Revue de l'Anjou, l. XL (1900).
2 Lettre du 19 juin 18^5.