OBSERVATIONS A M DE QUATREBARBES
c Monsieur le comte, disah-ii, Tautorité de votre nom et de vos paroles ne me permet pas de laisser sans réplique votre réponse à ma lettre sur le journalisme religieux. Je saisis donc le premier moment libre que je trouve dans le cours d'une visite pastorale, pendant laquelle j'accompagne mon cvêque, pour vous faire quelques réflexions.
« Franchement, Monsieur le Comte, y a-t-il justice, après m'avoir qualifié de sentiftelle avancée des lévites d'Israël, à me dire : « Dans %M>tre esprit le 'danger ne venait ni du côté des « Philistins ou des enfants d'Ammon, ni de Samarie, etc. ?» L'énumération si savante et si complète que vous avez faite des ennemis du peuple saint est une manière ingénieuse de répéter ce que vous m'aviez écrit le 1 1 juin : « Un vicaire général a mieux à faire qu'à prendre ombrage d'une ironie spirituelle, etc. » Sans me justifier d'un aveuglement auquel vous ne croyez guère, je vous dirai tout simplement. Monsieur le Comte, que, quand la religion et ses droits sont défendus par « des prélats comme le cardinal de Lyon, l'archevêque de Reims, les évèques de Chartres, de Lângres, de Rennes, etc., » les vicaires généraux peuvent très légitimement faire autre chose que de combattre les Philistins y les Pharisiens et le grand sanhédrin. Vous me permettrez d'ajouter qu'il est bon nombre de publicistes qui devraient bien se borner, dans certaines questions, à propager les éloquents et courageux écrits de l'épiscopat, par la raison qu'ils n'ont rien de mieux à faire dans l'intérêt de la religion.
Vous avez lu dans ma lettre, Monsieur le Comte, que votre journal a été fondé dans une petisà chrétienne. Il n'était donc pas très nécessaire de nous présenter dans votre réponse, sous la forme d'une harangue, les motifs qui vous ont déterminés, vous et vos honorables associés, à créer un journal. « Né dans un pays qui a sauvé en France la religion catholique, verrons-nous chaque jour outrager notre foi, sans qu'un seul cri de défense et d'amour s'échappe de nos âmes... ». Ce langage rappelle
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celui de Matathias, et ces sentiments sont dignes des Machabées. Toute cette tirade est fort belle en elle-même. Mais on a bien raison de dire que le sublime a un dangereux voisin... Car enfin il ne s'agissait ici ni de relever l'autel du vrai Dieu, ni de sauver l'arche sainte ; il s'agissait de créer V Union de VOuest. Est-ce que vous pensez, Monsieur le Comte, que, sans cette création, les défenseurs de la religion allaient abandonner le champ de bataille, jeter au loin leurs armes et enfouir leurs drapeaux ? Est-ce que, si nous n'avions pas les quatre ou cinq fondateurs de V Union y on pourrait demander si la France ne compte pas plus de dix justes dans son sein} Est-ce qu'il nous faudrait désespérer d'une cause juste et sainte, si elle n'était pas protégée par V Union}
« J'ai toujours cru et je croirai toujours qu'il est d'un journal chrétien àe soutenir et de mettre de plus en plus en lumière les principes de tout ordre moral et social, qui ne sont autres que les principes de la philosophie chrétienne^ les fondements de la révélation, les titres de l'Église à l'admiration, à la reconnaissance et à l'humble soumission des peuples ; il est dans son domaine quand il repousse quotidiennement des outrages quotidiens et quand il démêle les sophismes, quand il démasque la mauvaise foi, quand il flétrit les passions violentes et haineuses des ennemis de la religion. Mais, s'il ne se renferme pas dans ce domaine, lequel pourtant est bien assez vaste, s'il fait invasion dans un autre qui suppose des études spéciales et laborieuses, et' où rien ne se décide que par voie d'autorité, s*il veut donner Vimpulsion à ceux de qui il doit la recevoir, alors, je le répète, et tous les hommes graves le diront avec moi, // y a danger, un grand intérêt est compromis. Relisez donc, Monsieur le Comte, dans la lettre à laquelle vous me faites l'honneur de répondre, ce qu'a dit Monseigneur de Montpellier ? Et pourquoi me rappelez-vous l'élection de M. de Larcy, après m'avoir remercié de l'avoir passée sous silence? Cette /^rf/ern/mj/on pour-
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rait être louée par un professeur de rhétorique, niai$ elle sent un peu trop le journal. Elle a un autre défaut : elle nous place, ■\ous le dites vous-même, sur le terrain de la politique ; ce n'esf plus id \eierrain neutre^ Monsieur le Comte, sur ce terrain-là un évcque est. libre, autant que vous et moi, de se poser comme il l'entend, et, quelque position qu'il y prenne, nous devon? toujours à ses paroles respect et déférence,' quand il instruit seç prêtres en qualité de successeur des apôtres. ^
Je me félicite, Monsieur le Comte, de vous avoir fourni l'occasion de raconter au public un trait on ne peut plus intéressant, et d'ajouter une 'belle page à tant d'autres qui ne font pas moins d'honneur à votre talent qu'à votre cœur. Toutefois, je ne puis m'empécher de vous le dire : sedhis non erat hic locus. Avant de savoir le service rendu à votre famille par les pères jésuites, nous étions bien sûrs qu'ils trouveraient en vous un tourageux défenseur; mais il était de stricte justice de ne pas m'accuser d'avoir' W^/Mit* la défense de ces illustres persécutés. J'ai blâmé une seiile chose, le ton qu'avait pris le défenseur et Ta utorité qu'il attribuait à ses appréciations individuelles. J'ai dit : « Est-ce qu'on ne pouvait pas flétrir iï ignobles calomnies, une lâche persécution, sans se poser en appréciateur infaillible de la situation de.l'Eglise, de ses besoins et des devoirs du clergé, fet » sans se constituer jugé entre le clergé séculier et le clergé •régulier ? Ceux qui liront votre réponse seront fondés i croire •que j'ai dit tout autre chose dans, ma lettre à MM. les Curés. A 4a réflexion, vous vous reprocherez. Monsieur le Comte, de in 'avoir imputé un tort que je n'ai point.
11 est manifeste, Monsieur le Comte, que vous avez lu avec ^jeu d'attention la lettre à laquelle vous répondez. Je n'ai reproché. ni à vous, ni à. V Union d'avoir yV/J rénwtion dans toute la France à l'occasion de la liturgie. J'ai fait ce reproche aux confidents du grand homme ^ pour montrer qu'ils ont l'humeur aventureuse,
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qu'ils font de la controverse à outrance et que le clergé dort accueillir leurs livres et leurs joiunaui avec réserve et défiance. J'ignore comme vous si Y Union de l'Ouest^ qui du reste est entrée dans beaucoup de questions très doctes, a parlé quelquefois de liturgie. Quoi qu'il en soit, Monsieur le Comte, si vous vous retrouvez jamais au fond de VAndalousie^ veuillez compaSrer ce que vous y verrez, ce que vous y entendrez, avec ce que vous avez vu et entendu en France : vous y trouverez des preuves de l'unité catholique d'une bien autre portée que l'identité des, hymnes et la similitude des modulations ; vous y verrez,' dans le culte extérieur, des différences d'une bien plus grande importance que celle qui vous choqua si fort à votre retour sufr le soi natal. Le souvenir des chantres de Charlemagne faisant assavt dans la capitale du monde chrétien avec ceux du Pape, pour soutenir h supériorité de leur chant, devrait suffire pour vous bien convaincre qu'on peut être fort bon chrétien sans chanter du même ton et |ur k même note que les Rontains et les Andalous ; que le zèle est déplacé quand il s'échaufie pour ces choses-là, et qu'il y aurait petitesse à confondre Yunité avec Yuniformité. Monseigneur d'Astros et Monseigneur Affre, qui sont connaisseurs plus que vous et moi^ Monsieur le Comte, en fait à*unitè catholique, n'ont point cru tomber dans k puériliié que vous m'attribuez, quand ils ont signalé à leurs prêtres les discussions passionnées des liturgistes moderiies.
Il est bien vrai que j'ai écrit trois fois à YUmon de l'Ouest. Il est vrai même qu'auparavant je m'étais permis de donner verbalement quelques conseils. Mais je ne me suis ]zxnB.h plaint ni d'un éloge exagéré des Jésuites, ni de certaines tendances uliramontaines. Je vous disais tout à l'heure. Monsieur le Comte^ ce que j'avais trouvé de répréhensible dans un article contre k Juif Errant, Mais j'affirme positivement qu'il n^enf es! pas dît un mot dans ma première lettre. Quant aux tendances ultramontaines, je les respecte quand elles ne sont point intolérante»^ quand elles ne dégénèrent pas en esprit d'amertume et de conteotion.
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quand elks n'affichent pas le mépris pour un passé qui a légué à la France tant d'illustration, et à l'Eglise tout entière l'exemple des pius glorieuses victoires qui aient jamais été réimportées au nom et par le principe de Yunité avec la chaire pontificale. Dans uu billet du i«^ mai, j'ai qualifié un article du mot impertinent. Héiaa, oui ! j'aurais dû me souvenir qu'on doit, quand on écrit, même confidentiellement, songer à autre chose qu'alla justesse et 4 la propriété de l'expression. Passons condamnation sur ce pomt.
Ne dites donc pas. Monsieur le Comte, que j'ai voulu livrer ces débats à la publicité. Tout Angers en avait connaissance avant l'existence de ma lettre sur le journalisme. Cette lettre, vous le savez bien, j'ai consenti, après l'impression, à la supprimer absolument, si V Union consentait à insérer un très court article rédigé et proposé par un ami commun <.
Voilà plusieurs points sur lesquels j'ai à me plaindre d'imputations injustes et qui n'ont aucun fondement, ni dans mes paroles, ni dans mes actes. Très noble et très loyal Chevalier, vous qui connaissez si bien les règles des combats légitimes, quelles influences vous empêchent donc de les observer à mon ^gard?... Comment avez-vous pu, même une seule fois, sortir de votre caractère et de vos habitudes ?... Il faut que vous soyez sous le charme de quelque enchanteur*.
Je vous remercie bien cordialement, Monsieur le Comte, de la liberté que vous me laissez de renouer des liens toujours chers. Je tiens votre bienveillance pour infiniment précieuse et honorable. • Mais voici une maxime digne du christianisme, et dont à aucun
1 M. Mesnet.
2 M« de FaUoux.
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prix je ne .pourrais me départir : Amiens Plaîo, sed irwgis arnica Veritas, ' • ■ '
Après ces explications, s'il reste encore des' impressions fâcheuses sur mon compte, et si j'ai moins part à Taffection d'honorables amisi> je serai au nombre des blessés, et je me consolerai en considérant avec vous que les blessés sonï les mieux faisant.
Veuillez agréer l'assurance du respectueux attachement avec lequel je suis. Monsieur le Comte, votre très humble et dévoué
senviteur, ... . ,
... - . H. Bernier, V. g,
Pouancé, le 2 ç juin i8.f^.
M, Bernier s'était trop pressé d'écrire. Il n'avait pas pensé que la rencontre qu'il devait faire, deux jours plus tard, de M. ^e Falloux « l'enchanteur d, pouvait modifier la situation, ou tout au moins la nature des arguments à développer. "
Le secours présumé de dom Guéranger et la réponse du comte de Quatrebarbes n'empêchèrent pas en efTet le patron de VUnion de rOuest d'utiliser une occasion de manifester ses sentiments à Tévêque et à son vicaire général. L'itinéraire de la tournée pastorale comprenait la visite du Bourg-d'Iré. Le châtelain de la Maboulièrc put obtenir à force de négociations que Monseigneur descendrait chez lui, ce qui devait à la fois constater son influence, l'augmenter et lui procurer l'enlrevuê désirée. Pendant la visite épîscopale, il abandonna quelques moments le prélat pour prendre à part le grand vicaire et trois prêtres qu'il pria de se constituer juges entre M. Bernier et lui. Alors il leur exposa la querelle de