‹ Un dernier GallicanChapitre 73 sur 162 · UNE LETTRE PASTORALE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE PASTORALE

d'une voix assez haute : « Je viens de saler vigoureusement le préfet de la Mayenne », en môme temps il s'approcha, en s'éloignant peu de la place où j'étais, d'un autre ecclésiastique qui me sem- . bla lui demander à quelle occasion il avait ainsi salé ce préfet et j'entendis très distinctement ces paroles : « c'est qu'il s'est avisé de publier, à l'occasion de l'attentat de Lecomte, un arrêté pour le moins aussi bête que la lettre pastorale...yi Je n'entendis rien de plus, l'interlocuteur se retira presque immédiatement, et l'homme au sel se rendit à l'autel pour dire la messe.

Or je viens de lire dans Y Union de ce jour, sous le titre Chronique d4^ Vouesty un article très injurieux contre le préfet de la Mayenne... article dont le style prétentieux et forcé ne vaut guère mieux que celui du passage de l'auteur affiché au pilori du ridicule.,., L'étonnement redouble, même pour qui connaît l'auteur, quand on voit tomber de sa plume une critique si amère, si blessante, appliquée à des paroles où il y a si peu de chose à reprendre et du reste adressée directement à M. le préfet et en toutes lettres.

Lisez cet article. Monseigneur. Tout le monde y reconnaîtra M. Morel ; d'ailleurs il s'admire trop pour ne pas s'en vanter, témoin l'anecdote d'hier.

Je suis profondément convaincu, Monseigneur, que l'audacieuse présomption de M. Morel flattée ou soutenue par quelques autres et toujours triomphante a déjà nui à votre autorité. Voyez si votre bonté le corrige ! Voyez comment il use de l'exemption que, malgré ses précédents,- vous lui avez accordée, relativement aux insertions dans les journaux ! Il y a là scandale pour le clergé. Mais la témérité d'aujourd'hui a encore à mes yeux un autre caractère: il sera donc permis à un prêtre, à qui notoirement il a déjà été beaucoup pardonné, de jeter publiquement l'insulte à la face des magistrats, lors même qu'ils sont inofFensifs à l'égard de la religion et de ses ministres !

Cet homme vous fera du mal, Monseigneur, il vous suscitera des embarras, si vous laissez croître l'importance qu'il se donne

IILKS MOREL . 205

et qu'il perdra quand vous voudrez. Jusqu'à son alliance avec MM. de Quatrebarbes, de Falloux et Lambert, il n'a été que ridicule. Deux ou trois autres membres du clergé angevin qui avaient avec lui un peu plus de rapports que les autres, n'avaient point réussi à lui donner cette importance. Mais il est facile encore d'arrêter tout court cette influence devenue dangereuse. A part l'esprit, et la souplesse du style, celte influence n'est pas fondée sur une grande estime : la réputation bien acquise d*étourdi, de présomptueux, de babillard ; les souvenirs tout vivants encore de M. Morel enfoncé dans les aberrations du Lamenaisianisme, applaudissant à la révolution de Juillet, patronné par toute notre magistrature, flatteur des autorités, et, suivant la remarque de certains laïques, faisant les délices de Mme Janvier * d'abord, puis de Mme Gauja ^, comme il fait avjourdljui celles de Mme la Comtesse de Quatrebarbes, tout cela vous vient en aide : faites-lui sentir un peu votre autorité, prouvezlui bien, à lui comme à ceux dont il s'entoure, qu'au besoin vous saurez en user sans être arrêté par la crainte de leur déplaire ; par cela seul vous ferez tomber cette importance usurpée, vous dissiperez peut-être une petite coterie qui peut devenir fort embarrassante, si vous la laissez croître et fortifier à l'abri d'une indulgence qu'on s'aviserait probablement de prendre pour de la timidité.

Ma pensée dite tout entière, j'aurai la satisfaction d'avoir accompli mon devoir, et payé ma dette de reconnaissance et de dévouement, sans déplaire à« Votre Grandeur, j'ose l'espérer. Cela fait, je ne me préoccuperai nullement. Monseigneur, de ce que vous ferez ou ne ferez pas relativement à M. Morel, soyez en sûr.

Veuillez agréer l'assurance de mon respectueux et bien sincère dévouement.

H. Bernier, V. g.

1 Femme de l'avocat.

2 Femme du préfet.

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