UNE LETTRE PASTORALE
Ces considérations n'étaient pas pour dissuader i'évcque de se renseigner auprès de l'interlocuteur. Il lui écrivit sur-le-champ.
Le curé, M. Gourdon, qui usait habituellement d'une grande liberté de langages répondit avec candeur : « Je n'ai gardé aucune impression de l'expression si grossière et si condamnable qui vous a été rapportée comme sortie de la bouche de l'abbé. Il venait de l'autel et j'allais y monter. Certainement j'aurais été frappé d'une si haute inconvenance et je ne m'en souviens point. Dans mon opinion elle n'a pas eu lieu i^. D'après ses souvenirs, M. Morel aurait avancé, sur ouï-dire, que Monseigneur avait lui aussi beaucoup exalté Louis- Philippe et que sa circulaire était a du genre des préfets, au style près r>. n Je lui répondis que je voyais bien qu'il ne l'avait pas lue et que je l'engageais à la demander à M. l'abbé Fouré, à qui je l'avais prêtée. Vous n'y trouverez, ajoutai-je, rien que ce qu'on a dit de toutes parts sur la démoralisation effrayante qui nous envahit. Il me quitta en me disant : J'en suis bien aise, et là Qnit notre conversation, d
L'évêque envoj'a la réponse du curé à M. Bernier qui maintint son affirmation en la motivant. « J'étais assez près, dit-il, pourentendre le motsa/eet ses compléments, ainsi que ces mots que la lettre pastorale^ la qualification
I A propos des difficultés qui marquèrent le début de cet épiscopat son historien, M. le chanoine Gillct {Vie de Monseigneur A ni^ebault, p. 80), dit : « Certains membres influents du clergé angevin étaient loin d'être bienveillants. L'un d'eux, surtout, pétillant d'esprit, ne reculait pas devant un bon mot, devant une plaisanterie d'un goût quelquefois douteux, quand il s'agissait de critiquer une mesure administrative ». Ce passage désigne M. Gourdon.
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d'aussi bête ne m'a pas paru plus douteuse. Cela fut dit dès le début, et fut le premier jet. Vint ensuite un flux de paroles que je n'entendis pas assez pour les suivre et que le curé peut bien avoir rendues... »
Cependant un grave problème se posait. Peut-être Jules Morel avait-il dit « aussi belle », ce qui diminuait la gravité de l'irrévérence. Si le substantif auquel se rapportait le qualiflcatif eût été du féminin, comme le mot proclamation, par exemple, on eût pu admettre cette interprétation bénigne. Mais le texte était un arrêté, un arrêté aussi....
Malgré toutes ses recherches et toutes ses suppositions, révêque ne pénétra pas le mystère. Il ne se sentait pas rassuré du côté de l'abbé Morel et il lui gardait rancune d'un mot bien authentique, dont toute la ville d'Angers avait ri en le déclarant stupide. Quand Monseigneur avait fait dresser sur le trône pontifical un baldaquin de velours dans le style très riche du XVIII® siècle, il avait conduit ses chanoines contempler cette œuvre d'art. Tous l'admirèrent hautement jusqu'au moment où Jules Morel, se penchant vers ses voisins, lança ce trait empoisonné : a Telle devait être l'alcôve de Madame de Pompadour ! » c^ La Belle Ange » vivement froissée inscrivit la parole au dossier du chanoine en la faisant suivre du nom du délateur, témoin oculaire ^
1 Le chanoine Delaunay. — Ces documents étaient encore en 1H96 clans le dossier More! où j'en ai pris copie. L'abbé Bodaire y figure aussi comme délateur de deux mots prononcés en 184S par Morel contre la brochure de M. Rernier, VEtat et les Cultes : « C'est le va-tout de cet ccervelé » et « Ce sont les pensées de M. Noyers dans le style de M. Mercier. »