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LES ÉVÊQUES D*ANGERS

Le règne des « potins }» était commencé pour le diocèse d'Angers. Nulle part ils ne fleurissent autant que dans le monde ecclésiastique, tout en étant moindres chez le clergé séculier que chez le clergé régulier. L'extrême susceptibilité de Monseigneur Angebault, sa vanité, sa rancune en firent un système de gouvernements L'esprit viril de son grand vicaire savait en prendre et en laisser; mais révéque leur donna une telle importance qu'on peut dire que le diocèse entrait dans une ère nouvelle. Elle fut encore remarquable par d'autres traits.

Tandis que sa qualité d'évéque constitutionnel faisait agréer Monseigneur Montault de tous ceux qui professaient les idées modernes, sa piété et ses vertus lui assuraient le respect des légitimistes et des a ultras n. L'empire, la restauration, la monarchie de Juillet se succédèrent sans que la bonne harmonie fût gravement troublée entre le chef du diocèse et les représentants de l'Etat. Ceux qui détestaient le plus le cléricalisme ne trouvaient rien à blâmer dans la conduite de l'évéque, tellement il était circonspect et tellement il inspirait de vénération. La trop courte administration de son successeur, Monseigneur Paysant, ne fut guère marquée que par le triste incident de la juridiction épiscopale. La bourgeoisie exploita l'afFaire, non seulement contre les immunités ecclésiastiques, mais encore contre la liberté de l'enseignement. On sentit que la disparition de R Charles Montault », le dernier des évoques d'Angers qui fut populaire, la mettait à l'aise. Sous Monseigneur

1 Cf. J. Sl'bileau, Cinquante ans Je ministère paroissial.

2oS MOS'fiEIGXE

Angebault, l'écart s'accentua. Les meilleurs rapports olliciels existaient encore entre l'évèclié, la préfectttre et la magistrature, mais les clairvoyants ne pouvaient s'empêcher de remarquer l'affaiblissement du sentiment catholique. Une active propagande protestante se fit alors dans la ville d'Angers. Si elle ne gagna point à l'église réformée ceux qu'elle ébranla dansleurancienne foi — tellement sont grandes les difficultés qui accompagnent un changement de religion, fellement sont puissants les préjugés qui écrasent une minorité, — du moins elle contribua beaucoup à la sécularisation de la société.

Au moment où la foi traditionnelle de la région commençait à être battue en brèche, son représentant, doué de l'unique talent d'administrateur — moins encore au spirituel qu'au temporel, ne pouvait ni conquérir, ni défendre. Dépourvu de la grande force moderne : la science, il la croyait dangereuse pour le prêtre et ne l'estimait que dans le vicaire général à sa disposition. Il raillait les gros livres et déclarait n'avoir point de bonnes places pour les prêtres qui les lisaient. Quand il sortait du genre des homélies onctueuses, sucrées et parfois étrangement boursoufflées <, dont il avait la

1 Voici d«ï exemples de son style ;

cl Nous allamus prier... Noirc-Dame île la Garde. Aussi les flois dociles se ciiurbèreni sous la nef qui Nous portail, et bienlOiNous fûmes dépo~ SCS sur celte terre, l'ubjct de Nos vicui, ei dans la vieille cité, du sein de laquelle, sur des ailes de feu. .Nous fûmes iransporlés dans la ville éternelle si. — Ce qui signifie en français moins élégani : b J'allai de .Marseille, par mer, â Civiia- Veechia, ci de la, en chemin de fer â Rome B LeliJ! f.,<lu,jltt à l'iiccasi'.n du royj^t de Romt. i86;. — En i«^'). les L'iève* de Monf;n/on exprimèrent le désir que l'argent consacré û l'achat de^ lii re^ du pri\ fût donné nu<> victimes des inondations de

MONSEIGNEUR AN'GEBAULT 209

spécialité, il apparaissait mal renseigné. Aventuré dans Tapologétique biblique, il racontait qu'on voyait encore sur les bords du lac Asphaltite les restes de la statue de sel qu'était devenue la femme de Loth ; il annonçait triomphalement qu'on venait de retrouver les morceaux des tables de la loi que Moïse avait brisées de colère à la vue du veau d'or.

La nature de sa piété ne pouvait paraître aux hommes qu'enfantine ou féminine. Aussi, conscient de ce qui lui convenait, s'occupait-il presque exclusivement des couvents et des pensionnats, abandonnant le reste à ses grands vicaires.

Il aimait à proposer aux demoiselles d'une institution de la ville des sujets de devoirs. L'un d'eux égaya longtemps dom Guéranger; il était intitulé : «Comparaison de la rose et de la jeune fille ». L'évêque ne dédaignait point de prendre part à la correction des copies. Les élèves qui avaient le mieux réussi étaient invitées à venir, avec leurs maîtresses, passer la matinée à sa maison de campagne. Elles assistaient d'abord à la mes^e de Monseigneur qui leur adressait une courte allocution. Son action de grâce terminée, il leur faisait servir, en sa présence, le déjeuner K

Un de ses principaux soins fut rétablissement de nouvelles dévotions et de pieuses associations. Il gémis-

la Loire. On ne distribua donc à la fin de Tannée que des couronnes. Dans son discours de distribution, l'évcquc dit aux clc\cs qu ils ne trouveraient pas, « à cAté des couronnes si enviées, ces li\res. jii^ie récompense de leurs travaux et de leurs mérites : In charité les avait enlevés, et déjà les inondés les avaient mouilles des larmes de la reconnaissance ».

I E. RoNDEAr, Histoire Je Ij R.-M. SÎjri<f-Sji}ifc-(\'ci{e, p i^o.

lîO LA PROCESSION DE L ASSOMPTION

sait de ce que ses prédécesseurs n'eussent pas fait davantage pour le culte extérieur. Le peu de solennité de la première procession de l'Assomption qu'il vit à Angers

(1842) l'affligea, et il chercha tous les moyens de lui donner de la splendeur.

« Mais le bien se fait lentement. En 1845, la statue de la sainte Vierge fut portée sur un brancard bien simple, un chœur de jeunes filles suivait en chantant des cantiques... Le lendemain, Monseigneur réunit lés chanteuses dans une chapelle de la cathédrale, il les remercia, de leur dévouement de la veille, les encouragea à persévérer, il les exhorta à l'amour, à la confiance envers Marie et leur donna rendez-vous pour l'année suivante K »

Les jésuites voulaient les réunir en association ; l'évêque chercha une présidente et la trouva dans une demoiselle de trente-quatre ans, Célestine Boguais de la Boissière. « En 1846, les chanteuses de l'année précédente furent fidèles au rendez-vous ; beaucoup de nouvelles s'adjoignirent ; alors Monseigneur leur exposa ses intentions, Tœuvre des Filles de JUtarie fut fondée. » Elles firent leurs débuts dans l'église d'Angers à la fête de l'Assomption de 1847, en donnant à la procession un éclat tout particulier. Voici comment la Vie de Mlle Boguais raconte l'événement :

« Dieu sait au prix do quelles fatigues ces décorations si belles étaient faites ; le dévouement des associées prodigues de leur temps était infatigable ; la nuit ne les ralentissait pas ; leur

I Xpiice sui MIU Ccîesline- Joséphine Ito^^nuis Je Ij noissière,p, O^-OH^ (Angers, 1^65), par Mme Hector Boguais.

LA PROCESSION' DE l'aSSOMPTIOK 211

zù\c ctnit soutenu par rexemple de leur présidente, qui commandait comme un général et travaillait comme un soldat. A peine avait-elle le temps de prendre un court repas et, le plus souvent bien souffrante, elle n'épargnait ni son temps ni ses forces.

« Les membres étaient nombreux et offraient bien des ressources ; de leurs mains habiles sortirent ces merveilleuses décorations en fleurs de plume, dont Angers garde encore le souvenir. La statue de la sainte Vierge sur un brancard, d'une blancheur éblouissante, d'une légèreté aérienne, était portée par les associées, qui entouraient l'image de leur divine Mère en portant des oriflammes flottant comme des vapeurs légères et des arceaux charmants. Les attributs de la Reine du ciel la suivaient : la Rose mystique, la Porte du ciel, accompagnées de leurs gracieuses bannières et de corbeilles de fleurs ; cette troupe nombreuse vêtue de blanc, enveloppée de ces vaporeuses fleurs de plume et d'or, formait un digne cortège à la Reine des Vierges et des anges, et offrait un coup d'œil dont le souvenir est ineffaçable.

« Mlle Boguais de la Boissière, i la tète de ses filles, portait une grande croix ornée de tout ce que l'art du fleuriste peut produire de plus léger, de plus gracieux ; un agneau d'or décorait le milieu ; des écharpes de tulle bordées de fleurs aidaient à la soutenir. Mlle Célestine marchait, selon l'expression du bon évéque d'Angers, « comme une reine à la tète de son peuple », vêtue de blanc, enveloppée de son long voile comme d'un nuage transparent ; son front rayonnait de candeur ; son air recueilli, sa démarche ferme et majestueuse frappaient la foule....

« Monseigneur était ravi. »

Le soir même, Grégoire Bordillon prenait la plume et appréciait différemment ces « pharisaïques splendeurs que la population étonnée ou curieuse, vit défiler

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