‹ Un dernier GallicanChapitre 79 sur 162 · LES INSTITUTIONS LITURGIQUES · texte numérisé non relu

LES INSTITUTIONS LITURGIQUES

Morel lisait <t avec crispation j> la réponse de dom Guérangcr au cardinal d'Âstros. Quel dut. être son enthousiasme, deux ans plus tard, en recevant du père abbé une Troisième lettre à Févêque d'Orléans ! L'auteur y développait cette thèse que « les lois générales publiées par le pape obligent les fidèles, alors même qu'elles n'ont pas été notifiées par les évêques 7>. Observant qu'à cet égard la conviction n'était pas encore complète en France, dom Guéranger montrait « une des plus énergiques manifestations de la dangereuse doctrine contraire o, et il la citait avec d'autant plus d'assurance que son auteur avait cru devoir lui « donner une plus éclatante publicité d. Sans aucune mention des circonstances, le père abbé reproduisait alors quelques lignes du compliment adressé à M^' Angebault, le 31 décembre 1844, puis il en faisait sortir par interprétation et déduction une doctrine restrictive du pouvoir pontifical*. Suivait une leçon de théologie, longue de quatre pages, où ce passage s'adressait directement au chanoine Bernier :

« L'irréflexion, n'en doutons pas, suffit pour donner le motif de l'inconcevable aberration dans laquelle est tombé l'ecclésiastique distingué auquel j'ai cru devoir emprunter cette citation ;

1 Voici le passage incriminé : « Profondément pénétrés de vénération, d'obéissance et d'amour pour la chaire pontificale et pour le grand Pape qui l'occupe avec tant de gloire, nous ne connaissons d'autres moyens à notre portée, pour mettre en pratique ces beaux sentiments et pour accomplir le devoir que nous impose l'unité^ que de vénérer, d'entourer des marques de notre affection et de notre déférence le Pasteur que le successeur de Pierre nous a donné et qu'il honore de tant d'estime et de tant -d'affection. » (Cf. Troisième lettre, reproduite au tome IV de la deuxième édition des Institutions liturgiques^ p. 469.)

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mais il n'en est pas moins vrai que ces principes dangereux sont encore représentés parmi nous dans une fraction du clergé, si peu nombreuse qu'elle puisse être. A aucune époque, il est vrai, les témoignages de respect et de soumission au Siège apostolique n'ont été plus éloquents, plus chaleureux qu'ils ne le sont dans la presse religieuse. Sous des phrases pompeuses, imposées quelquefois par une heureuse bienséance, les dernières nuances du gallicanisme paraissent souvent se fondre et s'effacer, mais, il est arrivé plus d'une fois que, sous cette écorce rassurante, le pernicieux système qui a fait de si grands maux à l'Eglise de France se retrouvait tout entier. Laissons donc à des temps qui ne sont plus, et qui ne reviendront pas, ces traditions désormais inutiles. »

Ce petit sermon constituait évidemment la réponse aux deux attaques que M. Bernier avait poussées contre le père abbé dans la controverse du journalisme religieux. C'était aussi le secours que les ultramontains d'Anjou avaient sollicité de Solesmes en 1845. Occupé à liquider la ruine de ses deux fondations de Paris et de Bièvres, dom Guéranger n'avait pas pu l'accorder au moment désiré, mais, on le voit, le délai ne perdit rien et le vicaire général de M^"^ Angebault ne s'en trouva pas moins dénoncé dans toute la France pour ses dangereuses doctrines. Profondément blessé, le chanoine résolut de répondre. Pendant longtemps il avait entretenu les meilleures relations avec les bénédictins, parmi lesquels il connaissait particulièrement un de ses anciens élèves de Técole de Doué, dom Gourbeillon, et un prêtre angevin, dom Gardereau. Curé de Saumur et supérieur du petit séminaire, il les visitait et fît même à l'abbaye un séjour qui laissa les meilleurs souvenirs.

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