‹ Un dernier GallicanChapitre 80 sur 162 · LES BÉNÉDICTIN'S DE SOLESMES · texte numérisé non relu

LES BÉNÉDICTIN'S DE SOLESMES

Les querelles ultramontaines et surtout l'appui et les conseils que les prêtres du diocèse qui ne goûtaient pas <r le gallicanisme » de révèché trouvaient, disait-on, auprès de dom Guéranger, refroidirent les rapports. Très affable, d'un dévouement aussi grand que sa fidélité, M. Bernier devenait inflexible lorsqu'il voyait ou croyait voir en question la vérité. Il ne pensait plus alors ni à lui, ni aux autres : toute personnalité disparaissait, il prenait sa plume, — plume de fer: Ce fut sa première pensée en lisant la brochure de Tabbé de Solesmes. Il demanda à l'évéque rauiorisation d'écrire et l'obtint par la lettre suivante :

Angers, le 22 août i8.f().

Mon cher abbé,

Je comprends que vous soyez contrarié des attaques injustes de l'abbé de Solesmes et que vous ayez le désir de montrer combien il est exagéré dans ses principes et dans les conséquences qu'il en tire à votre sujet. Je n'y mets point d'obstacle ; je pense seulement qu'il faut mettre une grande modération dans la réplique et circonscrire la discussion dans un cercle étroit et très serré ; autrement il se jettera à l'écart et ne demandera pas mieux que de se lancer dans les questions de gallicanisme, etc.

Croyez à mes sentiments dévoués,

■{• GuiLL., év. d'Angers.

Cette lettre montre dans son auteur des illusions profondes. Quel était donc pour M. Bernier le point capital à défendre, sinon le gallicanisme ? Les hymnes et les antiennes du bréviaire parisien lui semblaient « bien innocentes b et, d'ailleurs, il abandonnait là-dessus

2i8 l'humble remontrance

dom Guéranger à l'archevêque de Toulouse et àTévêque d'Orléans. Au jugement du chanoine, il importait uniquement de montrer que les gallicans ne s*étaieht pas trompés pendant des siècles sur une question aussi grave que celle de la constitution de l'Eglise, et que Rome n'aurait point toléré une erreur d'une si grande conséquence. Fort de son talent et de l'amour de la vérité, il ne se mit point en peine des désagréments que pouvait lui attirer une lutte avec un puissant adversaire. Sur la demande de Mlle Leguay, le supérieur et un directeur du grand séminaire, M. Helly et M. Roger, essayèrent de lui persuader de ne pas publier la brochure qu'il rédigea tout de suite et qu'on disait piquante : « Nous sommes avec Bossuet, leur répondit-il, n'ayez pas peur ! d

Dès le mois d'octobre il faisait paraître une Humble remontrance au R. P. dom Prosper Guéranger sur sa troisième lettre à Monseigneur Véoêque d'Orléans *. Ce titre, renouvelé d'une autre littérature, montre qu'il ne s'agit pas là seulement d'une apologie, mais encore de la critique d'un acte et d'un système.

Je sens le besoin, disait l'auteur à ses lecteurs dans un court avant-propos, de déclarer que je suis plein d'estime pour le Révérend Père Abbé de Solesmcs et de respect pour la position qu'il occupe. C'est à mon grand regret que je me vois forcé par une attaque publique, directeet violente contre mon orthodoxie, de faire abstraction de la dignité dont il est revêtu et des qualités éminentes qui le distinguent pour ne plus voir en lui que le controversiste ».

I Librairie i'crisse, in-u de vi-ryi pages.

L HUMBLE REMONTRANTE 219

Il disait ensuite à son adversaire :

e Votre exemple, mon R. Pure, suffirait pour m'apprcndre qu'un prêtre ne peut pas rester muet quand on révoque en doute son orthodoxie, quand on Tacçuse d'errer dans la foi, et que c'est surtout dans cette circonstance que ce précepte de l'Esprit Saint oblige, curam habe de bono nomine. Je crois donc remplir un devoir en établissant trois choses, qui feront le sujet de trois paragraphes différents :

« 1° Z.fl doctrine dangereuse dont vous voyez une ma infestai ion énergique dans les paroles que j'adressai à Monseigneur TÉvéque d'Angers, le 31 décembre 1844, ne se trouve nullement exprimée par ces mêmes paroles ;

a 2<* La docrine que vous opposez a celle que vous me prêtez si gratuitement est présentée par vous d'une manière vague, inexacte, et qui entraîne des conséquences anarchiques ;

« 3° Ce svsthne dont vous voyez les dernières nuances sous des phrases pompeuses, vous deviez le définir avant de le qualifier et de l'accuser comme vous faites ; entendu comme il doit l'être, il n'a pas besoin de se masquer ; il peut être soutenu et professé, à la face du soleil, à Rome comme à Angers ; et vous violez les règles de l'unité catholique par votre intolérance individuelle et arbitraire ».

« Je ne veux point donner, ajoutait-il, à ce petit écrit une importance qu'il ne doit point avoir, autrement je le déposerais, avec une pleine sécurité, aux pieds de Sa Sainteté Pie IX. Rien n'empêche Dom Guéranger et ses puissants amis de le déférer en cour de Rome et d'en poursuivre la condamnation, s'il leur paraît hétérodoxe ».

Depuis le concile du Vatican, le système dont s'inspirait M. Bernier ne peut plus être professé, à la face du soleil, par aucun catholique romain : mais, si sa

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