L*HUMBLE REMONTRANCE
le texte d'une allocution prononcée par le pape dans un consistoire secret :
c Vénérables frères, avait dit le Souverain Pontife, Nous vous communiquons Textréme surprise dont nous avons été profondément affecté quand un écrit, émané d*un homme constitué en dignité ecclésiastique et imprimé par lui est parvenu jusqu'à Nous. En effet, cet homme, parlant dans cet écrit de certaines doctrines qu'il appelle les traditions des églises de son pays, n'a pas rougi d'affirmer que ces traditions étaient tenues en estime par Nous. Loin de Nous, certes, Vénérables Frères, la pensée ou l'intention de Nous éloigner jamais, pour si peu que ce soit, des errements de nos ancêtres, ou de laisser amoindrir en rien l'autorité du Saint-Siège ! Oui, sans doute. Nous attachons du prix aux traditions particulières, mais à celles qui ne s'écartent pas du sens de l'Eglise catholique ; mais, pardessus tout. Nous révérons et Nous défendons très fortement celles qui sont d'accord avec la tradition des autres Eglises et, avant tout, avec cette église romaine, à laquelle, pour Nous servir des paroles de saint Irénée, « il est nécessaire, à cause de sa suréminente primauté, que se rattache toute l'Eglise, c'est-à-dire les fidèles qui sont partout, et sous laquelle s'est conservée, par ceux qui sont partout, cette tradition qui vient des Apôtres. »
Dès que ce texte fut connu des prèlres angevins, ils y virent la censure de Y Humble remontrance. Leur émotion fut énorme. Le 4 janvier, à la réunion des chanoines, M. Lambert dit au milieu de la consternation générale: a Je déclare en mon nom et au nom du chapitre que M. Bernier, eu égard à certains bruits fâcheux répandus dans le public, ne peut plus présider nos réunions capitulaires. » Prié d'exposer les raisons de sa déclaration, l'auteur s'embrouilla, refusa, mais demanda de la
I2Ï ALLOCUTION POKTIFICALE
motiver dans un rapport. II espérait peut-être le rédiger ' avec ses amis Morel et de Falloux. Satisfaction fat donnée à son désir, et on décida que la pièce serait lue a la prochaine séance ordinaire du chapitre.
M. Bernier faisait bonne contenance.
Il exprima le désir que les chanoines honoraires pussent assister h la lecture de ce réquisitoire dressé contre son orthodoxie qu'il était sûr de justifier. Mais, à la réflexion, cette défense dans une société si peu nombreuse lui sembla disproportionnée aux bruyantes attaques qu'il subissait par toute la ville. Il pensa d'autant plus à reprendre la plume qu'il se sentait frappé, comme le montre la lettre suivante qu'il adressait le lendemain à l'évêque.
s janvier .8^8.
.MOMSElG\EL-R,
Je suis-convaincu que c'est ma réponse à dom Guéranger qui est l'objet d'un des paragraphes de l'allocution du Souverain Pontife dans le consistoire du 17 décembre... Quel r61e l'intrigue fait jouer au successeur de saint Pierre!
Les intrigants ont été :
i" Mme la Supérieure du -Bon-Pasteur qui a fait passer immédiatement ma brochure à Rome, avec de bonnes recommandations.
■ 2" M. de Palloux qui a dit : « Je me charge de cette affaire, je ta chaufferai. »
j" Dom Guéranger dont on connaît l'ardeur et qui ne doit pas manquer d'amis parmi les religieux de Rome.
Je ne dis rien de M^^ Fornari, ni de M. de Montalembert.
J'aime mieux du reste être dans celte allocution qu'à Vludex... Ce n'est pas à dire que je m'v trouve bien. Mais on me laisse