‹ Un dernier GallicanChapitre 97 sur 162 · LA SOUMISSION · texte numérisé non relu

LA SOUMISSION

M. Bernier, qui devait partir le lendemain, écrivit une longue lettre à V Univers, le rendant responsable du jugement erroné porté par le Semeur. Il chargea un allié de sa famille, chez lequel il descendait, M. Jouan-Duverger, d'aller remettre à Louis Veuillot sa protestation, c Je trouve, répondit le journaliste, que M. Bernier se fait beaucoup de tort et qu'il devrait garder le silence. Je ne veux pas Taider à se compromettre davantage dans la mauvaise voie où il semble s'engager. J'insérerai cette lettre, s'il l'exige ; il peut m'y forcer, mais je ne le ferai pas volontairement. Dites-lui de la reprendre, de la lire à tète reposée, d'y réfléchir quelques jours. Je l'en prie à titre de chrétien, en dehors de toute question personnelle. » LouisVeuillot demanda ensuite si M. Bernier était à Paris. Sans répondre, M. Jouan-Duverger se borna à faire entendre que l'auteur ne changerait rien à sa lettre ; il ajouta cependant qu'il prenait sur lui-même de la garder, si ri7/iîi;tfr5 consentait à insérer une rétractation. Louis Veuillot demanda sur quel point elle porterait ; le messager mal informé ne put répondre. Il se retira donc avec sa protestation et le lendemain un huissier venait contraindre le rédacteur de VUnwers à la publier. Elle parut dans le numéro du 8.

cœur et, si l'occasion s'en présentait de nouveau, il saurait, nous l'espérons, les défendre avec la même conviction et le môme courage. Que n'a-t-on été plus explicite avec lui ! On l'aurait vu, nous aimons à lé penser, se prévaloir lui-môme de ce droit de libre examen qu'il a revendiqué avec tant d'énergie pour les autres. Les vérités qu'on attaque en nous doivent nous en devenir plus chères u.

LETTRE A l'uNIVERS 277

Paris^ le 5 août i8$o,

A M. le Rédacteur de «r VUniuers ».

Monsieur le Rédacteur,

Je croyais avoir acquis, par la modération dont j'ai usé à votre égard, le droit de ne plus figurer dans les colonnes de votre journal. Le droit à Foubli, c'est modeste, assurément. Cependant vous me le déniez. Comme il vous plaira ; mais résignezvous à m'écouter un peu.

A l'occasion d'un article du Setneur, que je n'ai point lu, mais que, d'après les appréciations de personnes non moins éclairées qu'impartiales, on aurait dû citer plus amplement si Ton voulait satisfaire aux régies de la bonne foi, V Union a commis à mon égard une injustice dont V Univers est la cause et qui n'est réellement imputable qu'à lui. En insérant avec de grands éloges de copieux fragments de la brochure de M. A**, votre journal a itérativement affirmé que j'ai pris pour point de départ et pour base de tous mes raisonnements le libre examen de la religion protestante ; vous avez abusé du mot libre examen pour dénaturer et travestir ma pensée. De là l'erreur de Y Union et du Setneur, Singulière position que la mienne ! Vous interprétez d'une manière forcée, complètement fausse et très défavorable pour moi, ce que j'ai écrit, à la faveur d'un silence que je me suis imposé par des considérations de pure délicatesse ; vos interprétations sont adoptées de confiance par le Semeur^ journal protestant, et voilà qu'on s'arme contre moi de cette adoption et qu'on m'en fait un crime ? En vérité, c'est à dégoûter de la modération.

Oui, Monsieur, quoi que vous en puissiez dire, le libre examen^ malgré l'extension abusive et pernicieuse que lui ont donnée tous les hérétiques, est un principe que la véritable religion, la religion catholique romaine, n'a jamais entendu répudier d'une

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manière absolue. Cést par le libre examen qu'on arrive à la foi, en acquérant la certitude de la révélation. C'est par lui que le chrétien qui a perdu la foi la recouvre en revenant aux preuves de la révélation. C'est par lui que le croyant fidèle se rend compte et se met en mesure de rendre compte aux autres de la solidité de sa foi, en reconnaissant à nouveau le cachet divin de la révélation. Ainsi le libre examen dont j'ai parlé, et vous ne l'ignorez pas, puisque je l'ai dit très expressément, ne s*applique qu'aux faits appelés rh'élatiou.

L'examen appliqué aux faits de la révélation est libre de la part de toutes personnes non baptisées, tout le monde en convient et cela est évident. Mais il est libre aussi, quoique d'une manière moins complète, dans un adulte baptisé. Ce dernier pèche assurément, et je n'ai dit ni pensé le contraire, par cela seul qu'il entretient dans son âme un doute volontaire. Mais du moment qu'il examine, soit qu'il doute, soit qu'il ne doute pas, son examen est véritablement libre^ en ce sens qu'il n'y a pas d'autorité à interposer entre son intelligence et le fait de la révélation, et que pour lui, tout autant que pour celui qui n'est pas chrétien, c'est la certitude di' la révélation qui est la hase nécessaire de la certitude de l'autorité de l'Eglise. « Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, disait saint Paul, votre foi est vaine et nous-mêmes nous ne sommes que de faux témoins. »

Est-ce donc là, qu'on le dise, le libre examen du protestant qui soumet tout à son appréciation personnelle, même la divine inspiration des saintes Ecritures ?

A la manière dont vous m'avez combattu sur ce point, vous donnez lieu à l'incrédule de vous dire avec un dédaigneux sourire que votre foi est un paralogisme et toute votre religion un cercle vicieux. A la manière dont vous avez interprété le Concile de Trente, vous autorisez l'impie à vous reprocher que la soumission de la foi est une soumission de contrainte imposée par la force. Enfin, à la manière dont vous défendez l'Eglise et son autorité, vous surexcitez l'esprit de dénigrement et de calomnie

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