SCÈNE m
St-PIERRE, JASMIN.
ST-piERRE, regardant Jasmin.
Ça n'a pas la moindre disposition ; et je leur en remon-» trerais quelquefois si ce n'était le décorum,.. Il est vrai
que quand on a exercé soi-même on est plus difficile
qu\m autre.
JASMIN , d'un air niais.
Monsieur, ce sont vos lettres, et vos journaux... et un petit rouleau.
ST-PIERRE
Eh ! bien... où sont ces lettres et ces journaux? (Jasmin fouille dans sa poche ^ et les lui donne.) On les montre...
on s'avance Vois-tu le corps droit; et on étend la
main avec grâce... Monsieur, ce sont vos lettres. JASMIN, les lui prenant.
Je vais recommencer.
ST-PIERRE
Eli î non... ça n'en finirait pas d^aujourd'huî... Laissemoi. (Jasmin sort. Saint-Pierre ouvrant la première
lettre.) C'est de M. de Valberg, mon voîsîn... Que me veut-il? (// lit) (f Je vous envoie, mon cher voisin, les » cent louis que je vous dois. » Parbleu, je n^y comptais guère... Un joueur qui paye ses dettes... Qu'est-ce donc qui lui est arrivé? {Continuant de lire) a Vous partagerez 5> ma joie, quand vous saurez que j'ai maintenant cinquante » mille livres de rent^ qu'ion ne peut pas m'ôter. m II est bien heureux... Comment donc cela? « Je suis allié, mais » de très-loin à l'ancienne famille de Morinval qui depuis » long-temps a disparu... Leur fortune, après avoir passé » entre les mains de plusieurs vieux collatéraux qui sont » tous morts, est enfin arrivée toute entière entre les » miennes... Il y a aujourd'hui ou demain une trentaine » d'années à ce qu'il paraît, que ces biens sont possédés, 5) sans aucune, réclamation ; ainsi, d'après ce que dit mon )) avoué, prescription acquise... plus de recours a crain- » dre... voiis voyez donc bien que j'ai encore de quoi » jouer quelques parties de creps ou d'écarté, etc. etc. » Grand bien lui fasse Je vois qu'entre ses mains la fortune des Morinval... ira encore plus vite que la mienne. Quelle est cette autre lettre?-.. De madame.de Rosttinge, ma voisine... Elle voulait me donner sa fille par spéculation... je l'ai refusée par délicatesse; et nous n'en sommes pas moins bons amis. ( Lisant ) Elle a un service à me demander; à la bonne heure mais qu'elle se dépêche
{Ouvrant une troisième lettre) Ah! ah! ceci vaut mieux... cesx de mon notaire. {Lisant) « Je' vous envoie^ ce que » vous me demandez... Ce sont vos derniers mille écus, 5> je n'ai plus d'autre argent. » Comment.. .il se pourrait!.. {Montrant les trois billets de banque et le rouleau qui est sur la table) Voilà tout ce qui me reste... Je ne me croyais pas si avancé... Je me suis donc amusé plus que je ne croyais... Mais quoiqu'on y soit préparé, cela fait toujours quelque chose.
AiPt : "vaudeville de la Somnambule.
I^^'ajant plus rien , sachons dans ma détresse Etre philosophe, en effet; C'est un fardeau que la richesse, Mais uu fardeau que l'on quitte à regrei.
Fortune , amour, sont les mépris âa sage. Contre leurs fers chacun est re'volte'; Et le captif dont on rompt l'esclavage En soupirant reprend sa liberté'.
Allons, allons, cliassons ces idées-là... Ouï... M. Lapîerre,il faut prendre gaîmem son parti, et plier bagage... En payant les menus frais... les gages de mes domestique?, une petite gratification... Je vais me trouver, comme eux, sur le pavé... Heureusement , ils ont de Tamitié pour moi... ils m'aideront k trouver quelque bonne place... pu plutôt pourquoi ne la chercherais-] e pas moi-même ?... je suis en assez belle position pour cela... Pendant ces trois mois 5 j'ai été reçu dans les premiers salons de la capitale... Voyons parmi mes amis intimes, quel est l'heureux mortel à qui je voudrais me donner... Et parbleu !... M. de Valberg, dont je lisais tout à l'heure la lettre... Jl a cinquante mille livres de rente... et puis valet d'im joueur... c'est une belle condition.
« Sous ses heureuses mains, le cuivre devient or. »
Ah! ah t c'est loi Cécile!