SAINT-PIERRE, CÉCILE
CÉCILE
Oui, monsieur... je vous apporte votre déjeûner. su-viERViE y à part.
Allons, laissons-nous servir encore aujourd'hui; mais demain, je me déclare, car une fortune... c'est gênant pour faire la cour a une fille qui n'en a pas. (haut) Il me sembla que tu viens bien tard aujourd'hui.
CÉCILE
C^est que vous ne savez pas... Il vient d'y avoir une ççène dans Thôtel.,. Ce M. de Valberg, qui n'a pas votre
( lo
bonté, et votre patience... vient de tomber à coups de canne ^ sur George , son cocher, qui l'avait fait attendre deux minutes.
St.-PIERPtE.
Ah ! mon Dieu! qu^est-ce que tu me dis donc là ?... Il bat donc ses gens!...
CÉCILE
Oui, Monsieur... Encore hier, son jockey, à grands coups de cravache... Il paye bien, mais il frappe encore mieux.
St.-piERRE.
C^est bon à savoir... Je suis bien son serviteur, (h part) Mais pour son domestique, c'est autre chose, {arrangeant de Vor dans un papier) Tiens , Cécile, porte ceci au maître de Thôtel... C'est le compte du mois... Attends donc, attends donc, je n^ai pas l'habitude d'oublier la fille. Voilà pour toi.
CÉCILE
Là... encore des pièces d'or!... Mon Dieu, monsieur , je n'ose pas vous refuser ; et je ne sais comment vous dire...
st.-piEPcRE, tout en déjeûnant.
Qu'est-ce que c'est ?
CÉCILE
C'est que, presque tous les jours , sur les mémoires qîie je vous apporte, vous m'en donnez autant... Et ma mère, qui doit déjà tant à vos bontés, dit que ça lui fait peur, st.-PiERRE , de même.
Et pourquoi?...
CÉCILE
Je n'en sais rien... mais, ça lui fait peur.
Ah! ah! j'entends... Tu la préviendras de ma part, qu'elle ne sait ce qu'elle dit.
AIR : des Amazones.
De tout l'argent qu'à pleines mains je jette, ■■^ Celui-là seul est placé comme il faut. {à part) Quand chaque jour se vidait ma cassette , £n la voyant, je disais aussîtùt :
c AlU but fatal j'arriverai bientôt ; « Oui, du naufrage, hélas! que je redoute, y^ Ne pouvant être pre'servé, <c Fa
c Faisons du moin« un peu de bien en route ^ C'est toujours cela de sauvé. >
(haut) Ainsi prends toujours.
CÉCILE
Mais, monsieur...
st. -PIERRE.
Eh ! bien... ne fut-ce c[ue pour moi... vois-tu, Cécile, il faut de Tordre, de Téconomie... Il faut mettre de côté... Quand tu seras riche... tu prendras un époux... tu choisiras toi-même... ( à part ) Nous verrons si elle pense à moi...
CÉCILE
Mais, monsieur...
st.-piERRE, s'éloignant^ et changeant de ton. C'est bon... c'est bon... On vient de ce côté... ( mon^ trant la table ou est le déjeuner) Débarrasse-moi de tout cela, et va-t-en.
CÉCILE, à part.
La, c'est madame de Rostange : et moi qui n'ai pas seulement eu le temps de lui parler de M. Edmond.
Elle sort.
ST-PIERRE
Ma chère voisine !... qu'elle soit la bien venue... ( à part ) C'est peut-être le ciel qui me l'envoie... Une dame qui a du crédit... Je vais sans doute trouver là ce que je cherche.