‹ Un devoir social et les logements d'ouvriersChapitre 13 sur 34 · Reoé Lavollée, t. II, p · texte numérisé non relu

Reoé Lavollée, t. II, p

ne date que de peu d'années. Les Caisses d'épargne et les Sociétés de secours mutuels y ont puissamment contribué. A Bologne, la Caisse d'épargne a pris sur ses bénéfices 50,000 francs pour augmenter le capital de la Société des maisons ouvrières. A Milan, une Société de ce genre s'est formée en 1879 au capital de 40,000 francs, chiffre qui s'est accru rapidement.

Des maisonnettes ont été construites : chacune a son jardin. En 1881, M. Léon Say a visité, « dans l'une de ces maisons, le seul député ouvrier du Parlement italien, M. Maffi, ouvrier typographe. Tl avait acheté sa maison 2,583 francs et il la paye en vingt-cinq ans à raison de 170 francs par an^ ».

La France s'est-elle refusée à toute action?

Ce serait injuste de le croire.

Au Creusot, comme à Anzin, au Havre comme à Lille, un très louable effort a été accompli; mais s'il est suffisant dans quelques villes exclusivement vouées au travail, où un chef d'industrie, une société a ouvert la voie, si on a cherché sur certains points à améliorer le sort d'une catégorie d'ouvriers, l'œuvre

1. Dix jours dans la Haute- Italie, par M. Léon Say, p. 9, 10 et 68. Paris, Guillaurain, 1881.

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sociale n'a été ni mesurée dans son étendue, ni entamée avec une résolution virile.

Dans Paris, une seule tentative a été faite : cinquante maisons on t été construites à Auteuil ; le succès a été complet et grâce à la Société ({ui s'est constituée en d 882, cinquante familles ont un logement sain qu'elles sont en voie d'acquérir par annuités. Malheureusement le terrain est cher et le prix du loyer doit être élevé : 4 à 500 francs par an, en y comprenant l'amortissement qui les rend propriétaires, conviennent à des contremaîtres, à des ouvriers aisés, à des employés, non à cette classe, de beaucoup la plus nombreuse, qui vit sur les confins de la misère et qu'une maladie, de nouveaux enfants ou le moindre chômage jettent dans la détresse. Pour eux, rien n'a été fait jusqu'à ce jour et tout est à faire.

dangers et seductions du socialisme d'état.

Les œuvres sociales ont malheureusement en France des défenseurs qui en sont les pires ennemis. L'école socialiste^ en les prônant comme une panacée, en promettant au peuple l'extinction de la misère, en agitant devant les ouvriers les folles promesses d'un travail sans efforts récompensé par des salaires sans limites, a soulevé contre elle le bon sens public. Elle a promulgué d'ailleurs ce programme au bruit de la guerre civile ; les insurrections de juin 1848 ont entouré son berceau, l'Internationale a favorisé de nos jours sa résurrection, la Commune a repris ces chimères sans avoir le temps de les appliquer et lorsqu'elles reparaissent aujourd'hui dans les colonnes

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d'une presse sans frein, elles sont entourées de tels appels à la violence qu'on a peine à distinguer les utopies des cris de mort et des menaces de pillage. Il faut cependant dégager de sang-froid le fond des idées qui ont cours parmi ces rénovateurs de la société. Derrière les clameurs se cache une doctrine ; c'est elle qu'il faut chercher; les crimes passent, mais l'idée reste; elle est facile à saisir. Charger l'État de supprimer les souffrances, c'est la formule magique qui résume toute la théorie du socialisme.

L'ouvrier souffre de l'excès des dépenses : il faut que l'État intervienne pour taxer les objets de consommation. — Le loyer est la plus lourde charge : l'État doit loger le prolétaire, soit en fixant la redevance du propriétaire, soit en se faisant constructeur et en prenant sur l'impôt pour venir en aide au locataire. — Les enfants coûtent cher ; déjà l'État a pris à son compte l'instruction primaire ; ce n'est pas assez : l'instruction intégrale, (c'est la formule nouvelle), doit être donnée gratuitement et on entend par là une création d'internatà gratuits dans lesquels la jeunesse sera élevée aux frais de la nation. Déchargé de ses enfants, garanti par un maximum contre la cherté des vivres

et des loyers, Touvrier se tiendra-t-il pour satisfait? Non. Les courtisans du peuple lui répètent que ces premiers succès ne sont rien et qu'il a droit à tout.

Les salaires sont variables. Quand ils s'abaissent, l'ouvrier souffre ; c'est à l'État (ju'aussitot il s'adresse pour réformer l'inévitable loi de l'offre et de la demande ; il a réclamé la fixation d'une série de prix qui réglât le marché, il l'a obtenue à Paris et il ne reste plus à ses mandataires qu'à rendre ce tarif obligatoire.

Quand le travail est régulier, l'ouvrier sufiit à ses dépenses ; mais il y a des heures où le travail manque, où le salaire est suspendu. Contre les chômages, il semble que l'État soit impuissant. Erreur; il faut que le Trésor ouvre ses coffres aux moments de crise, que le ministère des Travaux publics tienne en réserve des entreprises toutes prêtes à satisfaire aux besoins des ouvriers. On ne parle plus aujourd'hui de droit au travail; le mot n'a pas fait fortune; mais l'idée persiste et l'ouverture d'ateliers publics est hautement réclamée.

Gela ne suffit pas encore : les crises industrielles ne créent pas seules les chômages. Lin ouvrier peut être congédié . 11 faut que l'État or-

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ganise des tribunaux spéciaux, se fasse juge entre le patron et celui qu'il employait, fixe les indemnités, règle les cas de renvois, substitue sa discipline à celle du chef d'usine. Les maladies sont la loi mystérieuse de notre faiblesse ; elles interrompent le travail sous une forme plus dure que le chômage. Contre ces défaillances de la nature, il faut que l'État institue des assurances, qu'il paie à l'ouvrier malade un salaire, et cette origine de toutes les misères sera abohe.

Un accident a-t-il privé l'ouvrier de l'usage d'un de ses membres? Autrefois les tribunaux recherchaient minutieusement à qui incombait la faute et condamnaient le coupable à payer des dommages-intérêts au blessé. Inutiles formalités ! L'État doit redresser la loi. Il faut que toute incapacité de travail à la suite d'un accident entraîne la condamnation du patron, quelle que soit l'imprudence de l'ouvrier.

Vient enfin le mal auquel nul n'échappe, la vieillesse. Ce jour-là, ce n'est plus un salaire quotidien, c'est une retraite définitive qui est due à l'invalide du travail qu'il faut assimiler au soldat mutilé qui a versé sur le champ de bataille son sang pour la patrie.

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