‹ Un devoir social et les logements d'ouvriersChapitre 21 sur 34 · NÉCESSITÉ DE L ACTION · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE L ACTION

le scepticisme n'est qu'à la surface : c'est une tenue de commande qui disparaît dès que le cœur bat; que l'âme soit émue et yous retrouverez des dévouements prêts à se prodiguer.

L'heure est passée d'ailleurs d'hésiter et d'attendre : nul ne peut se le dissimuler. La question qui se pose nous obsède : La France est-elle perdue? Entre la guerre sociale qui la menace et le découragement qui nous entoure, entre la démocratie qui monte et l'activité des classes riches qui décline, y a-t-il place pour un effort vaillant? Le malentendu dont nos oreilles sont assourdies est-il le dernier mot des classes en lutte? A nos yeux le salut est possible, mais à une seule condition. Il faut qu'à tout prix entre les partis s'établisse sur ce point un accord, qu'entre les classes aujourd'hui divisées, se forme un lien, que des relations se nouent, que des services soient rendus. Le contact individuel, c'est la baguette magique à l'aide de laquelle la rupture peut être évitée.

Vous visitez une usine dont les ouvriers sont nombreux ; on vous dit que leur esprit est bon. Examinez de près les rapports avec le chef, vous apprendrez qu'il est juste envers

tous, qu'il connaît non seulement ses hommes, mais leurs familles ; qu'autour de lui se meut toute une activité pour le bien, que sa femme visite les femmes malades, s'occupe des enfants, soigne les infirmes ; que de son foyer heureux, les siens partent comme des missionnaires d'une mutuelle assistance, pour acquitter en soulageant ceux qui souffrent, la dette de leur bonheur.

Il en est de même pour les exploitations rurales. Vous parcourez à la campagne un pays qui vous est inconnu. Sur la route, les visages sont ouverts et ne se détournent pas, les paysans vous saluent, on vous dit que l'esprit est bon. Cherchez à vous rendre compte de l'état moral des populations. A coup sûr après avoir constaté que l'action de la ville ne s'est pas fait sentir, vous apprendrez que, non loin, vit un propriétaire fort occupé du canton, qu'il y habite la plus grande partie de Tannée ; on vous dira qu'il s'occupe lui-même des paysans, qu'il est leur conseil et leur guide, qu'on vient le trouver dans tous les embarras comme dans toutes les joies de la famille pour l'associer aux difficultés comme aux fêtes, et on terminera en vous disant qu'il est la providence du pays.

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Ce que beaucoup de patrons font eu France, ce que quelques propriétaires habitant pendant de longs mois la campagne savent faire autour d'eux ; par une action individuelle, il faut l'accomplir, sous toutes les formes, dans les villes à l'aide des associations.

Yeut-on savoir comment l'Angleterre retarde chez elle l'explosion de la révolution démagogique ? Ce n'est pas seulement à l'aide de son admirable sens politique, mais au moyen de ce patronage héréditaire d'une aristocratie dont nous n'imaginons pas les efforts. De loin nous voyons de grandes existences, un luxe qui nous éblouit, des lords vivant dans leur résidence au milieu du respect de nombreux tenanciers et nous sommes tentés de les comparer à ceux qui mènent une existence du même genre de ce côlé de la Manche. A s'en tenir aux surfaces, il n'y a d'autre différence que la proportion de la fortune. Pour qui pénètre dans la vie intime de l'aristocratie anglaise, tout est surprise. Entre le lord et les tenanciers, ni morgue, ni froideur : le fermier reçu à certains jours à la table du maître, un mélange continuel de devoirs publics et d'obligations privées, un patronage exercé sous toutes les formes et faisant du

seigneur l'intermédiaire et le défenseur du paysan. Ce n'est pas seulement parce que le lord est juge de paix du comté, membre de l'une ou l'autre Chambre. Ceci est du domaine politique et nous n'y entrons pas. C'est comme propriétaire foncier qu'il remplit toute une série de devoirs sociaux librement acceptés par lui. Allez plus haut : lisez la vie du prince Albert et voyez les innombrables charges dont il s'acquittait ; de nos jours il suffit de suivre les journaux anglais : en une semaine j'ai compté quatre discours du prince de Galles pour des œuvres sociales et philanthropiques privées. Voilà comment l'hérédité de l'aristocratie ou de la royauté se défend .

Dans Londres, les associations populaires sont nombreuses. Il n'en est pas qui ne comptent à leur tête quelques-uns des grands noms de l'aristocratie. Après avoir vu cette action publique, à tous les degrés, le dernier des lords imitant l'héritier du trône, qui pourrait s'étonner de la fierté reconnaissante avec laquelle les Anglais montrent aux étrangers le livre d'or du peerage ? A côté des titres, des armoiries et des châteaux, tout Anglais saurait dire a liste des bienfaits attachés au nom des

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