‹ Un devoir social et les logements d'ouvriersChapitre 22 sur 34 · NÉCESSITÉ DE L'ACTIO · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE L'ACTIO

deux cents familles qui gouvernent l'Angleterre. Un parti conservateur ne peut exister là où n'éclate pas la reconnaissance publique.

En France, nous attendons tout de l'État. Aussi bien au sommet de l'échelle qu'aux degrés les plus bas, la tendance est la même, le regard est tourné vers l'horizon pour voir si le pouvoir sauveur n'apparaît pas : les adversaires du radicalisme appellent une main de fer pour contenir la foule, tandis que les radicaux rêvent les chimères du socialisme d'État. Les uns et les autres mettent leur espérance dans les urnes électorales; ils s'agitent tout à l'entour, comme auprès des ruches, les frelons et les guêpes. L'intérêt des élections est l'unique but : députés pour leurs votes, candidats pour leur langage n'ont pas d'autre souci. Au delà de ce résultat immédiat, l'horizon est fermé.

Il faut sortir de ce tourbillon et voir au delà de la mêlée électorale : il s'agit de calculer les besoins vrais, les besoins matériels et moraux de ceux qui souffrent sans le dire. L'extension du suffrage est appelée à changer entièrement les conditions de la politique. De plus en plus, les questions sociales doivent prendre le pas sur toutes les autres. Il n'est pas un

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pays où la réforme électorale, en multipliant le nombre des électeurs, n'amène ce résultat. L'influence d'une classe ou l'influence d'un homme dépend uniquement des services qu'il rend. Comprenons vaillamment les conditions de cet état nouveau ; au lieu d'hésiter ou de s'abstenir, qu'on aille au-devant des besoins, non par les promesses aussi vaines que tardives d'une circulaire, mais par une action réfléchie et féconde ; que les classes élevées, en se préparant à ce devoir, y mettent leur intelligence et leur volonté ; non seulement elles accompliront un acte de bonne politique, mais elles entreront pour elles-mêmes dans la voie de la rénovation morale. Il faut avoir le courage de le dire : notre situation politique est mauvaise ; nos mœurs sont plus malades encore. L'inaction des classes riches les corrompt et les perd. Presque partout où pénètre la fortune, la paresse la suit, avec son cortège de dissipation et de plaisir. L'exemple part d'en haut. Le bruit des fêtes mondaines, plus ou moins étranges, répercuté par la presse, s'étend d'écho en écho jusqu'aux plus modestes familles. Au xvin^ siècle, on ne savait que rarement aux extrémités de la France ce qui se passait à Paris ou à Versailles. Aujourd'hui, dans le der-

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nier village, on lit le récit détaillé d'une fête et la peinture d'un luxe sans mesure. Ces comptes rendus malsains y portent un appétit de jouissance que nous ne mesurons pas, la loi morale s'affaiblit de plus en plus dans l'esprit des enfants dénués d'instruction religieuse et, peu à peu, le besoin de luxe remplace le goût du travail.

Ce sont là de dures vérités qu'il faut entendre et qu'on ne doit pas se lasser de répéter. Beaucoup s'indigneront et préféreront employer leur temps à souhaiter, comme les partis extrêmes, une prompte révolution.

Pour nous qui croyons fermement que le mal date de très loin, qui en avons observé les symptômes précurseurs à plus d'une époque de notre histoire, nous désironjs une réforme à longue portée, nous appelons de tous nos vœux un de ces efforts courageux, un de ces élans de la volonté qui groupe les forces, réhabilite par le travail et le dévouement cette classe élevée, instruite et honnête, qui pourrait être féconde pour le bien et demeure volontairement stérile.

Combattons le socialisme en agissant par l'initiative individuelle plus et mieux que lui ; restaurons la vie de famille, les mœurs et les

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vtirtus du foyer en donnant à l'ouvrier une habitation saine et morale ; suivons ses besoins, organisons pour lui des ressources et des appuis, facilitons ses créations sans les lui imposer; n'absorbons pas sa liberté et n'intervenons que pour donner une force à sa faiblesse. Surtout n'exigeons pas sa reconnaissance, attendons-nous à rencontrer beaucoup d'ingrats, beaucoup d'adversaires, une foule d'insouciants; mais qu'on se souvienne que dans cette entreprise, il n'est pas de petit effort, ni de résultat insignifiant, que le danger est extrême, qu'il n'y a pas une heure à perdre. Puisse-t-il être temps encore de faire une tentative d'apaisement et de réconciliation ! de montrer à la classe ouvrière ce que peuvent accomplir pour elle ceux qui appartiennent aux anciennes classes dirigeantes et de jeter dans le plateau de nos destinées prochaines ce lest qui, dans notre orageuse traversée, peut seul assurer le salut !

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