AM\EE 1K
(pli Huit par reconnaître la lin irmic pièce de vers adressée par Xlolière à nn père qui a perdu son fils (1). Le malade raltachait ce vers à une tirade de Corneille, dans Niconièdcj, où la môme pensée se retrouve. Klle se termine par ces mots :
Atlalc il le cdMir jjiaïul, l'esprit «{raïul, l'àmc j{r;uuio, Et toutes les <{r;iii(l(Mirs dont se lait un jjrand roi.
Dès que Guillaume a pu déhrouiller ces deux souvenirs confondus, son père a continué lran([uillement son V()\v de Xicomède. C'était la pièce favorite de W. Guizot qu'il déclamait volontiers à ses enfants. Ouant aux vers de Molière, Guillaume les avait révélés à son père, et voici comment. Il montait en chaire à la Sorhonne pour faire ime leçon sur les Fourhcries de Scapin, quand il a appris la mort du duc de Hroglie. Il l'a annoncée, terminant par la citation des vers de Molière et disant : '• Voilà des vers qui s'appli(|uent aussi l)i(Mi au duc de lîrojjlie qu'à La Motlie Le Vayer » ; puis il est rentré dans sa leçon. M. (luizot s'est endormi sans qu'on s'en aperçiit. C'est bien le soir d'un heau jour.
Nous avons parlé de son Histoire de France qu'il a commencée à (|ualre-vin<]t-trois ans. Trois volumes sont publiés. Il laisse à sa fille Henriette ('!) les notes qui complètent le quatrième volume et conduisent jus(ju'en 1789. Ce volume paraîtra bientcM. Henriette, c'est toute la famille. • Je ne puis rien faire ni décider
(1) A La Mothe Le \ayer :
Il avait le cœur «jraml, l'esprit beau, l'àme bflb'. Et ce sont des sujets à toujours le pleurer.
(2) Fille aîiu'e de M. (juizot, Mme Courad de W'ilt.
20G U\' DIPLOMATK A LONDRES.
sans son aveu, disait Guillaume ; c'est le fils aîné, je ne suis que le cadet. ^5
Je regrette de ne pouvoir vous répéter tout ce qu'il m'a dit encore, entre autres choses, un discours improvisé à Nîmes, par son père, dans une assemblée populaire, en réponse à un vieillard qui venait de lui rappeler les actes de charité de sa mère à Nîmes. C'est un chef-d'œuvre pour le tact, la mesure, la profonde émotion. Nous avons ensuite passé en revue vingt discours, Guillaume récitant dès qu'à travers la confusion de mes souvenirs j'avais pu lui donner une indication.
Il vient ici employer quinze jours à des recherches au British Muséum. Je vais le faire inviter à l'Alheneum ; tu comprends que je ne m'ennuierai pas avec ce prodigieux dictionnaire.
J'ai fini ma journée avec les Jarnac, àGunnersbury, chez les Rothschild. On y arrive bien, il est vrai, à travers les maisons, mais, chez eux, c'est la campagne. Leur parc suffit au paysage; il est sans fin; des eaux, des prairies, de grands troupeaux, de vieux arbres, des serres. Nous parcourions toutes ces merveilles à la suite du baion sur son poney. Il ne peut plus marcher, mais il se tient en équilibre. Cette promenade lui fait grand bien; il ne se l'accorde que le samedi et le dimanche. Le reste de la semaine, il est à la Cité, à cause des affaires. Tout cela est trop beau, tout cela attache trop à la vie; mieux vaut la chambre garnie d'où je vous écris ce soir. Soit dit en passant, mes voisins de l'église d'en face sont terriblement ritualistes; ils font une musique superbe qui m'arrive à travers la rue et les fenêtres fermées.
ANMEE 18"/*. 20:
Londres, 28 oitolxc ISTV.
Un Irc's curieux onfrcticn avec Scliouvaloff. Un de ses secrétaires m'avait encouragé à rallcr loir un malin, (^.onversation très lihre; expressions très crues. \I. Thiers arrivant à Saint-Pétershourg : . Je suis honteux de représenter la Hépuhlicjue ; c'est le plus grand sacrifice (jik» j'aie pu faire à mon patriotisme, moi le représentant par excellence de la royauté constitutionnelle. " Puis, Scliouvaloff vient au duc de lîroglie : t. C'est le seul homme d'Ktat (jue vous ayez; il a toute mon admiration; il n'y a que lui (|ui ait fait tète à la démagogie^ etc. v II m'a ensuite dit (|u'il venait de recevoir la carte d'un n monsieur, moitié maréchal, moitié forçat, M. lîazaineii . Puis explications sur Timpératrice Kugénie qui s'est jetée à la tète de la tsarine; force de lui rendre sa visite, etc. .\I. de .larnac m'a prié de mettre en dépêche mon entretien.
Londres, 2 novenil re I87V.
Le dîner avec Scliouvaloff a été plein d'intérêt. C'est un causeur, voire même un conteur, homme d'esprit, a;;réal)le et séduisant. Est-ce une forte tète? Cela ne peut passe savoir après une première rencontre.
Il nous a d'ahord fort divertis à ses dépcMis, en nous racontant comment il s'est laissé voler 500 livres sterling à son arrivée à Londres. Il renconlr(\ dans le coupé (|u'il avait retenu à Paris, un dijilomate allemand; la connaissance se fait, c'est le piemier secré-