AX NEE
coup (le n'avoir rien à dire à Londres; je teulai tout au moins de faire comprendre a Paris la gravité de la situation. Ce fut l'objet d'une dépêche ou plutôt d'un mémoire que j'expédiai à Paris le 10 novembre : état des esprits et disposition de chaque parti en Angleterre à l'égard de la polili(jue étrangère; l'équilibri» européen, les colonies, la question d'Orient, c'est-à-dire l'empire indien, les deux routes qui y mènent, l'une, pour les Russes, par l'Asie centrale, l'autre, pour les Anglais, par le canal de Suez; ce que l'Angleterre tolérera et ce qu'elle ne tolérera pas en Europe et au dehors... Mes observations me paraissent exactes et confirmées jusqu'à présent par l'événement; elles ne manquaient pas, en tout cas, d'à-propos, arrivant cinq jours avant le fameux radiât des actions de Suez, appartenant au khédive.
Je ne m'en tins cependant pas à cet avertissement général et j'expédiai en même temps, sous la date du !2(), un avis plus précis qui était fait pour ouvrir les yeux sur l'attitude (jue le cabinet comptait prendre en Orient, et surtout en Egypte. J'avais reçu, le matin du 20, un mot du duc Decazes (jui me demandait de pressentir l'effet (jue produirait, sur le gouvernement anglais, la vente des actions du khédive à la Société générale. On peut voir, dans ma dépèche du 20 novembre, insérée au Livre jaune français de novembre 1875, les explications que j'obtins de lord Derby ; elles étaient catégoriques et marquaient nettement l'intention de l'Angleterre de ne pas laisser passer en d'autres mains, et surtout dans des mains françaises, les actions du khédive, si celui-ci était obligé de les aliéner pour
faire honneur à des échéances imminentes. Mais, malgré les instances de mes lettres particulières, pour obtenir Tautorisalion de reprendre la conversation avec lord Derby, il ne fut rien répondu ni à mon télégramme du 19 ni à ma dépêche du 20, dont je donne ici des extraits :
tt 20 novembre 1875.
« Monsieur le duc,
" Le courant de la conversation m'ayant amené, dans mon entrevue de ce jour avec lord Derby, à pôsser des difficultés financières de la Turquie à celles de rÉgypte, lord Derby m'a dit que le khédive cherchait à hypothéquer ses actions du canal de Suez à la Banque ottomane. Je lui ai alors demandé s'il n'était pas aussi question d'une vente à la Société générale. ce Je ne vous cache pas, m'a-t-ii répondu, que j'y « verrais de sérieux inconvénients. Vous savez quelle tt est mon opinion sur la compagnie française ; elle u a couru les risques de l'entreprise, tout l'honneur Cl lui en revient, et je ne désire contester aucun de a ses titres à la reconnaissance de tous ; mais reconcc naissez que nous sommes les plus intéressés dans le u canal, puisque nous en usons plus que tous les " autres pays; le maintien de ce passage est devenu ce pour nous une question capitale. Je verrais donc, ce avec grande satisfaction, venir le moment où il serait ce possible de largement désintéresser les actionnaires le et de remplacer la compagnie par une sorte d'admi-
ANXEE 1875. 277
Cl nistratiou ou de syndical où toutes les nations « seraient repiésentées. En tous cas, nous ferons notre Cl possible pour ne pas laisser monopoliser une ad'aire « dont dépendeut nos premiers intérêts. La garantie Cl résultant du contrôle de la Porte ne si«j;ni(ie plus Il rien aujourd'hui; si nous perdions encore celle que Cl nous odVe la participation du khédive, nous serions « absolument à la merci de .\I. de Lesseps. La compa- « gnie et les actionnaires français possèdent déjà 110 Cl millions, sur les 200 que représentent le capital des Cl actions, c'est assez. «
Il Après quelques mots de réplicjue au sujet de la compagnie du canal de Suez, je revins à l'emprunt hypothécaire dont lord Derby m'avait parlé. 11 m'a répondu qu'il désirait que le khédive n hypothécjuàt pas ses titres, mais qu'à tout prendre, l'hypothèque n'était pas l'aliénation des titres et qu'on pouiail toujours les recouvrer. Il a insisté, en finissant, sur le mauvais ell'el (jue produirait, dans les circonstances actuelles, la vente des titres à une compagnie française et, en même temps, sur son désir d'éviter le réveil d'anciennes rivalités, qu'un fait de ce genre ne manquerait pas de provoquer (1). «
Cependant le gouvernement anglais ne perdait pas son temps. C'est le samedi 19 que -\1. Disraeli, dînant chez M. de Rolhschild, se laissa suggérer ])ar lui l'idée du rachat par l'Angleterre. L'idée lui sourit; il convo-
(1) C'est la déniarclic relatée dans cette lettre qui fut l'occasion du compliment fait à M. (îaiard, par M. Disiacli , eu pleine Chambre des coiiuiuiucs. ^Voirpkis iuiu la lettre du *J février 1876.)
278 U\' DIPLOMATE A LOMDRES.
qua immédiatement lord Derby et lord Salisbury : le premier hésita, le second s'enflamma. M. de Kothschild prit Taflaire à son compte jusqu'à l'approbation du Parlement; elle était conclue dans la journée du 25 et communiquée aux journaux dans la nuit. La nouvelle éclata à Londres, le 26 au matin, avant que le moindre indice en eût transpiré. Ce fut un coup de théâtre à la Dizzy, préparé comme un coup de bourse par Rothschild.
L'ambassadeur (1) revint le 26 au malin.
EXTRAITS DES LETTRES
Londres, 20 novembre 1875.
Dîner chez le comte de Beust. Tout le monde noir... Il y avait là le célèbre Burton. Tu as dii le rencontrer dans tes voyages au centre de l' Afrique. Il lui reste la Chine qu'il n'a pas vue ; sans cela, l'ennui le prendrait : c'est sa réserve contre le spleen. Pour le moment, il va faire un tour à Zanzibar. Il connaît le lac Nyanza comme je connais le Bois de Boulogne; il a vécu dans l'intimité des Mormons; il était, hier, en Irlande et, deux mois auparavant, il découvrait des antiquités en Grèce. Il a successivement appris toutes les langues du monde. Il a commencé par les trois dialectes arabes de l'Afghanistan; après quoi, à l'aide de ces trois langues, il s'est glissé jusqu'à La Mecque. lia reçu, dans
(1) Marquis d'Harcourt.
AIV\M:E 187 5. 279
ses voyages, autant de coups de flèclies et de lances (lu'il sait de langues. Sa figure est comme tatouée de cicatrices. Il lui faut dix jours pour s'approprier une langue. Sa mémoire est h terme; il apprend pour le tomps qu'il veut; il passe un bail de trois, six, neuf, avec Tidiome qu'il avale, et ce gaillard parlait encore mieux le français que je ne parlais anglais.
Je me suis amusr, ce matin, en lisant la nouvelle mésaventure d'un cuirassé anglais. Encore un peu, Vlî'on duke, qui a coulé le l'anguard, il y a trois semaines, Fallait rejoindre au fond de la mer. La perte était imminente, le signal de détresse au màt, les pompes n'y pouvaient plus rien, quand on s'est aperçu qu'on avait simplement oublié de fermer une écoutille. liC plus comique c'est que le navire enfonçait en vue de la côte et de l'arsenal, sans qu'on songeât à lui porter secours, parce que le signal n'avait pas été aperçu et qu'on avait oublié d'emporter de la poudre pour tirer le canon d'alarme. Il faut espérer que la flotte anglaise sera un peu mieux préparée, quand elle partira pour conquérir Constantinople.
Londres, 27 novembre 1875.
Achat par l'Angleterre de la part du khédive dans les actions de Suez. C'est un coup de maître pour Disraeli à l'intérieur. Tout le monde l'acclame, sans distinction de parti. Le voilà bien tranquille pour la prochaine session. Toutes ses faiblesses sont oubliées. Maintenant, au point de vue extérieur, il est certain que c'est le premier pas fait en dehors des pourpar-
Icrs. L'Anfjleterre s'est pourvue ; j'ai peine à croire que les aulres n'en fassent pas autant. Très bien, diront-ils, car ils n'ont jamais eu de prétention sur l'Egypte. Mais il n'est pas prouvé qu'on ne va pas lever la barrière qui retenait la Serbie et le Monténégro. Il est probable que l'Angleterre a prévu le cas. Quant à nous, m'est avis de ne pas bouder ; notre mauvaise bumeur n'empêcherait rien. Pour ma part, j'ai prévenu des dispositions de l'Angleterre, sinon de la manière dont elle vient d'y donner suite.
Londres, 14 décembre 1875.
J'ai passé, hier, avec Solvyns une soirée, sans beaucoup d'intérêt à la Geographical society. Il n'y a que les Anglais qui puissent écouter, pendant des heures, un journal de voyage dans la Nouvelle-Guinée. L'auteur ni le lecteur ne cherchent à y mettre rien qui puisse empêcher de dormir. Un membre lit d'une voix monotone; un autre marque des points avec une baguette sur une grande carte ; le public féminin surtout éprouve le besoin d'applaudir de temps en temps, on ne sait pourquoi. Un monsieur qui connaît le pays vient ensuite raconter son voyage, ànonne beaucoup et éprouvant le besoin de mettre du sel à son récit, répète souvent les mots de viande humaine. Le tout se termine par un vœu pour que le pavillon britannique flotte bientôt sur ce pays de cannibales. Cela fait comprendre le goût de la géographie chez ces insatiables.
Conversation au cercle avec M. Oppenheim, Torga-
ANXEE 1875. 281
nisatcur de raffaire de, Suez. Il a suggéré l'idée ù M. Disraeli et mis les Kotliscliild au courant du coup à faire ; ils ont 2, 500, ()()() francs de commission. Il m'a confirmé que lord Derby ne savait encore rien quand il a causé avec moi le samedi.
EXTRAITS DES LETTRES
Hatfield-House (1), 3 janvier 1876.
Lorsque, dans mon existence d'autrefois, je vous quittais pour aller à la campagne, je n'avais qu'une idée, c'était d'en finir le plus vite possible pour revenir au logis. J'éprouve maintenant une impression toute contraire. Me voilà parti, rien ne me presse de revenir, puisque vos lettres m'arrivent aussi bien ici ; personne ne m'attend au retour.
Je suis établi dans la même chambre que l'an dernier, même mausolée pour lit, même feu de Vulcain...
J'ai d'abord retrouvé ici les deux fillettes. L'aînée, qui devient presque jolie, toujours avec la même franchise d'allure. En voilà une qui est naturelle. J'ai réussi à me mettre à table auprès d'elle. Nous étions trente-six, et j'étais précisément sous les quatre draj)eaux français qui n'ont pas été mis là pour être agréables aux ministres de France. C'est un don de Wellington.
(1) Résidence du marquis de Salisbury.
ANMKE 187 6. 283
Après dîner, la bande se met à jouer des valses. On danse. J'ai (ini par faire un tonr avec une des Révérendes. Il élail temps de m'arréler. Je voyais déjà trente-six chandelles : ^ des ans l'irréparable outrage. 1'
Demain, danse avec huit cents personnes. Cela peut avoir du caractère. C'est le yeomannj en jupon. Sans doute chasse dans la matinée. Sois tran(|uille, je ne me mettrai pas à portée des membres du cabinet ; j'observe plus le chasseur que le «jibier. Nous avons ici Eustache Cecil, le sous-secrétaire pour la guerre. Tu comprends que» nous allons retourner jusqu'aux havresacs de l'armée anglaise.
Le temps est vraiment beau pour la saison, et la promenade sera agréable. Ici , ce n'est pas l'arbre de révé(jue qu'on visite, mais celui de la reine (1). Elle était là, quand on lui a appris (ju'elle élait débarrassée de sa sœur, ce qui n'a pas dû faire de peine à sa douce personne. Il paraît, d'après les dernières publications, qu'elle n'avait pour elle que les qualités morales ; la tête du gouvernement, c'était lord Cecil, le donataire de ce manoir.
Hatficld, mercredi matin, 5 janvier 1876.
D'abord le grand événement que le marquis m'a annoncé hier soir : Lytton (2) est nommé vice-roi des Indes. Pour le coup, je pourrai recommander Eydin (3)
(1) Elisabeth.
(2) E. H. Buiwer-Lytton, mort à Paris, ambassadeur d'Anyleterre, eu 1891.
(3j Consul général à Calcutta.
à mon aise. Cette nomination ne peut se refuser. Pour cinq ans, au moins, notre ami va être le plus grand, le plus puissant souverain du monde; cent quatre-vingts millions d'âmes à sa merci. De plus, il parait qu'on y refait sa fortune, grâce à un énorme traitement. Mais la pauvre jeune femme pensera bien, dans ses palais asiatiques, à son cher Knebworth et à sa mère qu'elle laissera ici malade !
J'ai brûlé, hier, toutes mes cartouches et nous avons mis six cents pièces par terre. Inutile de dire que j'ai tiré comme une huître ; c'est à y renoncer ; aussi bien, à la fin de la journée, je m'amusais autant à regarder faire les autres. Ce parc, avec ses vieux arbres, est superbe; je ne l'aurais pas ainsi parcouru, sans le prétexte des lapins et des faisans. J'ai causé surtout avec M. Rally, membre du Parlement, Grec d'origine, avec le fils aîné de lady Derby, lord Lyoniiel Cecil que je confondais avec un autre, avec un M. Beresford, heir and son de 40,000 livres sterling de rente, cela se devine tout de suite à l'aplomb ; il a deux sœurs ici, des pauvresses, d'autant plus aimables.
Lâchasse finie, je me suis mis devant mon feu jusqu'au dîner. Pendant la journée, le château avait été transformé pour le bal. Tout se fait ici à la baguette et au commandement, ainsi qu'au théâtre. Comme nous étions qurante-six, on s'était partagé en trois tables. Vers dix heures, tout le Hertfordshire a commencé à arriver. Quiconque met une carte au château est invité. C'est à cette fête annuelle que se font les présentations des jeunes personnes qui ne vont pas à
la cour et à Londres... Le seul improvement (\y\eyd\ remarqué c'est la manière de tenir sa robe sous son hras en dansant. J'ai exécuté quelques quadrilles, voire môme un lancier, il faut l)ien se rendre utile. Marlino (1) et sa femme nous avaient rejoints. Les deux orchestres ont soufflé jusqu'à trois heures du matin. Il y avait hien huit cents personnes et presque autant de voilures dans le pays. Le château était éclairé avec des feux électriques.
Mercredi soir.
Nous avons eu une belle journée avec du soleil. La chasse m'a servi de prétexte pour humer l'air tout à mon aise, de prétexte, car j'ai été aussi maladroil qu'hier. Cela me serait égal si je n\ivais derrière moi un chargeur qui pouvait à peine dissimuler la hauteur de son mépris. Il ne sait pas que je suis membre de la Société protectrice et que cliaque raté est autant de gagné pour l'œuvre. \ous n'étions que sept, aussi n'avons-nous abattu (|ue deux cent cinquante pièces. Le marquis est à Hertford pour le quarter session (justice et finance du comté). Pas grand monde à qui parler.
Martiuo avait été rappelé à Londres. Voilà maintenant Bcust qui court à Knowsley après lord Derby.
A notre rentrée dans la galerie, la bande s'est mise à jouer des valses, et il a fallu m'exécuter. Si je restais quelques jours de plus, je succéderais à Vestris, pas
(1) Chargé d'affaires d'Italie.
pour les lanciers cependant. J'ai réussi à embrouiller tout le monde, mais la gaieté était au comble.
Jeudi.
Encore une journée de chasse et de danse. Pour la chasse, c'est une horreur, plus de six cents pièces pour sept tireurs, sans compter celles qui achèvent de mourir en ce moment. J'ai contribué le moins possible au massacre, encore trop pour ma conscience. Ces journées de grand air me font, en tout cas, beaucoup de bien, quoique la nature soit très peu naturelle en ce pays. C'est à peine si les becs de gaz s'arrêtent à l'entrée des fourrés. La chasse sans incidents et sans accidents possibles. Un tir au pigeon sur une grande échelle. Le seul imprévu c'est l'apparition du renard; alors des cris affreux, des injures de tous, mais l'arme au bras : la bête est réservée à la haute justice seigneuriale.
Avant dîner, musique sans charme, puis visite des fameux Cecil papers : toute la correspondance de Cecil avec Elisabeth et Jacques P"^; l'ordre d'exécuter Leicester, celui d'exécuter Marie, entièrement de la main de la reine. On ne peut trop dire ici ce qu'on pense de cette scélérate ridicule, puisque Cecil était le véritable Elisabeth. Il a flattéses passions jusqu'au sang, pour qu'elle le laissât régner.
Londres, 10 janvier 1876.
Pendant que je dînais au cercle, survient, dans un autre coin, Schouvaloff. La conversation s'élève si bien,
peudaut qu'il mange et boit, qu'avant la fin elle devient générale. Pour un ambassadeur, il est amusant. Il nous raconte ses divertissements à Paris, en I85(>, quand Tcmpereur avait chargé IJaccioclii de Tamuser. Au milieu de ces histoires édifiantes, (juelques mots sur la note autrichienne. Mst-ce pour s'en niocjucr ou la soutenir?
La vice-royauté de Lytton est très bien accueillie en général. C'est la vieille tradition de deviner les hommes. A quel âge Pitl, Palmerston, Canning, (iladstone sont-ils venus aux aflaires? Ce n'est pas l'élu du seul Disraeli. Derby disait, il y a (jucbjuc temps, à Keeve, que Letton était appelé aux plus grandes missions.
Mort de lord Amberley. Aura-t-il recommandé qu'on le jette au fumier comme sa femme? C'est le fils aine de lord John Kusscll. Sa femme et lui avaient pour spécialité d'insulter Dieu et d'élever leurs enfants dans la négation de tout.
Hier, j'ai diné en famille chez les Vaughau : on avait invité à mou intention la fille de \. Des yeux, une langue, une imagination, une tèlc, une toilette, tout cela avec le diable au corps, un vrai bec de Parisienne, mais une cervelle d'Allemande, greffée d'humour anglaise et de hardiesse italienne. Klle ne croit qu'à sa raison, lit tout, sait tout et ne prend conseil de personne. Elle a commencé par nous dire que laut qu'à épouser (juelqu'un, elle aurait voulu Salvini ; après Salvini, elle croit à Wagner et à un certain prophète deUagner, un pianiste allemand, marié à uneCrecque et qui a baptisé chacuu de ses rejetons du nom d'uu
opéra du dieu-musique. Mademoiselle croit aussi en George Sand. C'est donc qu'elle admire la morale de Lélia et à'Indiana ? Oui , elle est pour la femme libre daus rÉtat libre, et, à cause de cela, elle est Allemande et Allemande avec Bismarck et l'empereur d'Allemagne. Bref, un salmigondi complet. Cela ne se voit qu'en Angleterre. J'ai bien remercié mes voisines de m'avoir procuré ce drôle de spectacle.
Ce malin, une très drôle de lettre de Lytton, très inquiet de savoir comment il doit conduire son éléphant blanc (1), mais très heureux.
Londres, 8 février 1876.
Retour de la cérémonie (2). D'abord, cela ne donne pas envie de rire, ce qui est quelque chose quand on ressuscite les hérauts, le trône, la couronne, les génuflexions, etc., etc. Je suis parti à une heure, à travers les flots du mohy jusqu'à Westminster. Pas de cloches à cause de la maladie de lady Augusta (Stanley). La chambre pleine. On ne voit d'abord que les femmes et guère au Ire chose par ce temps sombre. Je vais siéger au banc des évêques, tout en haut. Au centre, les Justices en perruques comme un troupeau de gros moutons; les manteaux d'hermine à la suite, puis, tout autour, sur les gradins, les pairesses. Vers deux heures, le gaz et les oiseaux se sont mis à gazouiller. On s'est reconnu ; il y avait, juste en face de moi, des
(1) Quand une chose semble impossible, c'est un éléphant blanc.
(2) L'ouverture du Parlement.
AXIVKK 1870. 2Sn
diamants qui scintillaient cliahloinont autour d'un cou l)lanc ci, par-dossus, des youx non moins hrillanis, c'était lady Ilcliostor et, à coté, lady Lytton. J'aperçois la tète brune de Lytton (jui se détache en noir sur un manteau d'hermine ; on ne peut pas ne pas le remar- (|uer. \^ons nous sommes retrouvés en sortant; maii et i'emme partent le mois prochain.
Revenons à la cérémonie : cela commence par l'arrivée des deux princesses Mary, Mary, duchesse d'Kdimhourg, venant par derrière. On les assoit en face du trône, sur le sac de laine. Mary de Teck, pas embarrassée, convaincue qu'elle enlève l'admiration ; l'autre un peu ennuyée de son second rang. Les hérauts, puis l'épée, la couronne, tout cela à reculons et pas un ne tombe! La reine, pas plus majestueuse que de coutume, mais, au milieu de ce silence et de ce respect, elle était encore bien imposante. Elle monte à son trône où le manteau l'attend. Ses deux filles, à droite et à gauche, l'assistent. La princesse de Galles, en face, prend place sur le sac de laine. La reine donne l'ordre de prévenir les Communes. La poi'te du fond s'ouvre et, du trône, on aperçoit le speaker dans sa chaire. Les Communes se font attendre le temps de raison traditionnel. On entriul arriver le flot. Le .s^^rr/ÂYT s'avance à grands pas et la cohue par derrière, avec un grand bruit (jui continue tout le temps, parce qu'on s'étouffe à la barre. Le speaher en face du trône, en costume, se tient tout le temps avec beaucoup de dignité.
Le lord chancelier se met à genoux et reçoit, de la main de la reine, le discours qu'il avait d'ailleurs
200 UN DIPLOMATK A LOIVDUKS.
apporté sous son bras. Il lit, mais pas de : " Oyez, la reine le A/eull! « Qu'est-ce devenu ? Kien de saillant dans le discours, ce qu'on attendait, sauf le nouveau titre qui va être conféré à la reine pour la souveraineté des Indes, sans doute celui d'impératrice. Cela finit, comme cela a commencé, dans le plus grand silence. Deux petits saluts à droite et à gauche et c'est tout. On s'en va à reculons. Je me suis alors trouvé au milieu du flot des pairs et des pairesses, et très flatté de connaître autant de grands de la terre : Aberdare, Vernon, Lytton, Salisbury qui m'a qualifié d'évêque à cause de mon siège, Carnarvon, Bedford, Brett,puis les jeunes femmes. J'ai retrouvé la marquise de Bristol bien agréable et une sœur du duc de Norfolk qui me plaît également. J'ai présenté mes hommages aux deux beautés Ilchester et Galloway, tout cela dans le tohu-bohu de la sortie. On ne marchait que sur des pairesses.
Londres, 9 lévrier 1876.
Voici ce qu'on trouve dans le Times ce matin, quand on lit le discours de M. Disraeli à la séance d'hier soir (1) :
'i Le 20 novembre, le ministre de France, pas Fam^
(1) Cl Ou tlic 20"' of nov,, tlic frcnch minister, not die ambassador who was aliscnt, but a geutlcnian we imow and respect higlily* M. Gavard, was absolulely instructcd to call ou lord Derby I vvill not say to pump hini {lauglUer), but to feel if Englaud will tolerate llie purchase by tlie frcnch Company, i II a été déjà question plus baut de la déinarcbe faite par M. Gavard auprès de lord t)crby. (Voir p. 275 et s;|.)
bassadeiir qui était absent, mais un 'jciillnnan que nous connaissons tous et (juo nous tenons eu haute considération, M. Gavard, eut ordre de voir loid I)erl)y, je ne veux pas dire, pour le pomper (rires), mais pour savoir si l'Angleterre permettrait Tachât par la Compagnie française... -
Kn tout cas, rien iTohligc à enguirlander un pauvre diable de chargé d'affaires.
Londres, 10 février 187G.
Je me suis trouvé, ce soir, à diner près de M. Corry (I), secrétaire de M. Disraeli. Il m'a promis de transmettre, dès demain matin, mes remerciements au ministre qui y sera, dit-il, très sensible. Il a ajouté : w II paraît (jue vous avez des amis dans la Chambre, car, après le compliment, M. Disraeli a été interrompu par des Hear I hear ! « J'ai décidément manqué là le plus beau jour de ma vie. Coquin de rhume !
J'ai oublié de vous parler de la bousculade des MM. PP. (juand ils sont arrivés à la barre. Les ministres ont été été enlevés par le Ilot; M. Disraeli s'est retrouvé à la porte, trop heureux d'avoir conservé son chapeau, et, pendant ce temps, le docteur Kenoaly manifestait au dehors, précédé de la voiture de Mangin, qu'on a laissé venir presque jusqu'à Westminster parce qu'on a cru le reconnaître sous le casqu(\ Il suivait dans un cab auquel le peuple s'est attelé à sou retour. Voilà les électeurs de l'avenir I
(1) Baron Routon en 1880.
Hier, chez lady Cambermere, il y avait spceching bee^ jeu (rortliograplie, avec trois juges du camp et prix. Ces bons grands nigauds d'Anglais s'amusent à cela avec fureur. Vois-tu M. Lowe, avec ses yeux d'albinos, comparaissant pour épcler : braisé. Il paraît que le mol est nationalisé.
Londres, 10 mars 1876.
Un petit Juif qui élève en grade la reine d'Angleterre et ajoute une couronne à la sienne (1), cela ne se voit pas tous les jours. Je suis donc allé hier au Parlement. J'ai trouvé Dizzy bien faible ; il n'a donné aucune bonne raison, voire même aucune raison ; sa réfutation des objections manquait d'ampleur, mais le tour était bien joué. Il fallait, pour refuser le titre impérial à la reine, méconnaître sa prérogative, compromettre sa situation ministérielle vis-à-vis d'elle, et, considération plus élevée, en épiloguant sur le titre, on paraissait refuser aux populations de l'Inde le droit de cité. Gladstone a répliqué avec plus d'abondance et d'ampleur, sans échapper, suivant moi, au ridicule qui pesait sur toute cette discussion. Cette fantaisie était aussi difficile à défendre qu'à combattre, fantaisie d'artiste et de faiseur de rois chez Dizzy, fantaisie de parvenue chez la reine ; elle croit qu'elle en vaudra plus et que ses enfants se placeront mieux avec le titre impérial. Mon impression est qu'on a grand tort de soulever ainsi le voile qui doit couvrir l'origine des
(1) Il s'agissait du projet déposô pour donner à la reine le litre d'impératrice des Indes.
ANNKE 1876. 293
couronnes. On peut défaire ce qu'on a fait. On ne joue pas avec ces choses-là. On naît empereur et roi, mais il est bien dangereux de le devenir. Il est certain q.ie cotte innovation ennuie toute le monde et qu'on saura bien mauvais <jré au ministère (rohliger le pays à avaler cette pilule. Comme la discussion s'avançait, les malins ont été diner pour éviter le désagrément de voter. C'est encore Stallbrd Xoiilicote qui a produit le plus d'effet avec son accent de bon sens, sa simplicité. Après lui, les murmures ont commencé, puis les divide timides se sont élevés et, après Kenealy, on n'a plus rien entendu. A deux heures et demie, on nous a enfermés pour le vote. Le président a fait la dernière demande, et personm* no s'opposant, ou n'a pas eu besoin de faire la promenade dans les lobbies.
Pendant qu'on continuait à délibérer sur tout autre chose, j'ai été m'habiller et je suis revenu chez Mrs Speaker. La Chambre est encore en séance, les i\l.\L PP. y délibèrent en prenant le tlié etfaisaut leurs grâces; la sounotle les prévient (juand il faut aller voter. Il y avait quantité de jeunes lilles ; il se trouve que je les connaissais. Par les fenêtres, on voyait glisser les bateaux mystérieusement sans bruit et sans lumière sur la Tamise. Cette soirée était très piltoresque. J'en suis sorti à minuit pour aller diner.
Londres, 12 mars 1876.
J'ai vu, hier, la bonne Mme Lionel (1). Elle a peu d'entrain pour son voyage, dans cette saison de coups
(1) Baronne de Rolliscliild.
294 UN DIPLOMATE A LOIVDRES.
de vent, et je crois qu'elle ne partira pas. Elle m'a raconté le voyage des deux Majestés (1) féminines dans le Northumberland. Easton Newton, je crois, est le nom du château qu'on a loué. La reine de Xaples occupe un pavillon. On a l'ait acheter à grands prix les meilleurs chevaux de chasse et on en cherche encore d'autres à tout prix. Chaque jour on se rend au meet de l'un des équipages du pays d'alentour, duc de Grafton, lord so and so, etc. Déjà l'impératrice a fait deux chutes, mais, comme elle ne s'est encore rien cassé, elle n'est pas contente.
Aujourd'hui, l'impératrice d'Autriche revient pour aller voir la reine à Windsor. Il y a eu quelque tirage au début. La reine n'a pu recevoir sa visite à l'heure que Timpéralrice avait (\xèe. Celle-ci est partie alors sans attendre le jour de Sa Majesté. Il est évident que c'est la présence de toutes ces Majestés ou Altesses Impériales qui a tourné la tète (le la reine ; née reine, elle aspire à un titre de parvenue ! L'effet est déplorable, et le ministère ne se remettra jamais d'un pareil succès. J'en suis très fâché, parce qu'après tout les conservateurs valent mieux pour nous. Rien qu'en comparant le langage de Granville et de Gladstone a^ec celui de Derby, de Salisbury et de Dizzy, je suis bien décidément tory dans ce pays.
Quand on ne rencontre pas une reine avec ou sans sujets, on bute sur un prince en disponibilité. Ce matin, j'étais arrivé, un peu avant le gros de la tempête à Farm-Street (!2). Voici venir un grand homme
(1) Ii'iiii])('!ialric(' d'Aulriche et la reine de Xaples.
(2) lOglisc (les Jc.siiiles,
ANNKE 181 G. 295
à regards farouches qui va droit au premier hanc, suivi de deux tournures d'aides de camp à moustaches affilées avec la cire hongroise. Des signes de croix niullipliés au commencement el à la (iii, mais, à cela près, pas plus altenlif à la messe (|iic ne le sérail un lion dans une cage. Il se lève, agile ses hras, regarde où il daigne, puis il part de même avec ses aides de camp qui se précipilenl. Il a r.iii' de menacer le ciel parce (ju'il tombe de Tenu sur une Majesté (|ui ne peut même pas se dire déchue. C'est don (Carlos. La figure est assez belle, mais l'expression est dure et méchante.
liOndrcs, 14 mars 1876.
L'orage de dimanche a mis au grand jour les relations aigres-douces de Timpératrice (l) et de la reine qui aspire à l'être. Je vous ai dit, je crois, (|ue l'impératrice ayant à son arrivée proposé une heure pour sa visite et la reine en ayant iudi(jué une autre, Diane chasseresse est partie sans ntlendre. La chose devait se réparer dimanche, mais entrevue très courte. Diane est partie sans vouloir luncher, malgré l'orage, malgré l'heure du service; le ciel, pour l'en punir, a déchaîné les vents comme contre l'invincible Armada. Le train arrêté sur la route, pour ne pas mourir de faim, ou a dû emprunter à un chef de station son hinclicon. Pas plus de chance avec Derby. Elle lui avait assigné dimanche. Lu digne ministre de la reine, il répond : « Pas possible, je vais à la campagne. «
(1) I/inipiTatricc (rAulriclic.
J'ai trouvé, hier, au club, Schouvaloff. Il y a toujours quelque chose à retenir des (liva'jalious de sa conversation. Il en ressort que Bismarck a, dès l'origine, poussé à Tintervenlion dans les provinces insurgées. Schouvaloff est pour Tintcrveution austro-russe. La partie fantastique de la conversation a roulé sur les forces navales de TAuglelerre et les moyens de l'envahir.
Londres, 16 mars 1876.
Hier, je dînais à côté d'une fort aimable, mais fort grosse lady, qui m'a demandé à la fin de l'aider à se lever de sa chaise... c^ Voilà, m'a-t-elle dit, où en est une reine de beauté, v C'était en effet la duchesse de Somerset, reine de beauté au fameux tournoi de lord Eglington. Elle est sœur de lady Dufferin. On voit, du reste, qu'elle a été belle. Sa conversation ne manque pas d'intérêt. Elle a seize petits-enfants, m'a-l-clle dit , puis elle s'est repris : dix-neuf. Elle en avait oublié trois. Le duc de Somerset avait sa plaque de la Jarretière : on le croirait un bon bourgeois, si l'on ne savait qu'il publie des livres pour renier le principe de toute religion.
Londres, 19 mars 1876.
Au banquet de la Cité, quand le lord-maire a fait une allusion au titre d'impératrice, on a crié : « Qaeen! Queen ! w Celte manifestation est très extraordinaire dans ce pays.
Londres, 9 in;ii I87C.
Je lisais, liier soir, une liisloire bien drôle sur un faiiati(jue Orotuje man du Parlement de 1832. Seul avec un acolyte, il a t'ait diviser la Chambre dix-sept fois, sur une loi insignifiante, diviser, c'est-à-dire voter en allant les uns dans une chambre à droite, les autres dans une chambre à gauche, pour se faire compter à la sortie : en moyenne, vingt minutes. Entre chaque épreuve, le fanatique venait demander pardon, mais déclarait qu'il ne pouvait faire aulrement, s'étant juré (le relarder le bill par tous les moyens. Alors l'almerston et (juehiues autres essayaient de disserter sur son cas de conscience et de lui prouver (|u'il pouvait, sans man(|uer à son serment intérieur, laisser la Chambre s'aller coucher à une heure raisonnable. ïllais non. Jùilin, après la dix-septiéme division, la loi a été votée, et on s'est séparé à quatre heures du matin. Le terrible homme s'est encore excusé, promettant de dc plus refaire de semblables serments. Vous croyez qu'on lui en a voulu? Pas du tout : cela a été l'origine de sa popularité. Voilà bien un Anglais et les Anglais! Lu aussi une lettre très fièrede .\[ac-Aulay aux électeurs de Lecds dont il sollicite les suffrages. l{ien du mandat impératif. Il établit le principe dc la division du travail. Vous choisissez un législateur comme un médecin. Le choix fait, il faut s'en rapporter à lui parce qu'il s'y entend mieux (|ue vous.
Schouvalolf m'a cité un bon mot d'un général prussien pour justifier les coups administrés aux soldats :
298 U M DIPLOMATE A LOÎVDUES.
"Que A/oulez-vous? die Canaille liahen studirt (les canailles ont éludié). i)
Londres, 13 mai 1876.
Prussia House. — Les secrétaires n'avaient pas de poudre, mais des culotles. Ils attendaient l'impératrice Augusta. On nous a parqués dans un salon et j'ai cuit dans mon jus (comme nous disons élégamment) jusqu'à la fin de la soirée, ne voyant guère que le dos de mes collègues ou de leurs épouses se poussant, aspirant à avoir un regard ou une parole de la Majesté. Ma réserve modeste ne me coûtait guère, comme vous pensez, et j'ai pu silencieusement contempler les fabuleux diamants d'Augusta. Il faut croire que ce sont ceux de la maison de Hanovre. Du reste, poudrée, peinte, avec perruque noire et de belles paroles: et Ces chaises, mesdames, ont l'air de vous reprocher de ne pas vous asseoir. ■>•> Voilà comme on dit : « Asseyezvous •>•) à la cour de Prusse. Ces dames se sont bien gardées de profiter de l'invitation. Il y a une série de phrases aussi simples et aussi profondes. Cela avait commencé, dès le matin, à propos des machines scientifiques.
Beust, auquel elle a demandé son avis sur l'Exposition, après lui avoir développé le sien, lui a répondu que cela lui avait fait l'etfet d'une promenade-concert, moins la musique. Il est le seul qui saclie s'en tirer ; il rachète ses courbettes en ayant l'air de se moquer des Majestés. J'ai retrouvé ma très jeune amie Maud (Cecil) ; elle devient jolie. C'est ce qui me reste dans le souvenir de ma soirée.
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J'ai ainsi une série de plaisirs. C'est une existence honteuse pour un Iionime de mon âge, d'autant plus qu'on perd le (il des travaux sérieux. Je ne lais rien, je n'apprends rien...
Londres, Ijockiiifjt'-lluiisc, '2S octobre 1870 (i^.
Voici les personnages : Loyd Lindsay et sa douce jeune femme toujours avec son petit fonds de tristesse ; Mme Holford et la belle Alice; sa mère et lady Mary Crawford qui vont partir pour l'Italie ; lady Alice Ayre et son mari ; Morley (2) et sa jeune femme, également en partance pour l'Italie; lord Overstone, (|ui reste. C'est uni(jueincnt la famille, et je respire à l'aise dans ce milieu. Kien sur la route : des champs sans arhres sous le brouillard, un village qui a bien sa physionomie rusli(|ue.
J'arrive au château à la nuit. Le chemin disparaît sous les grands arbres dont j'aperçois les troncs; de vives lumières reflétées sur l'eau percent l'ombre; Enlin, le chemin tourne et je me trouve devant ce que je croyais d'abord une vaste fabrique, avec du feu à toutes les fenêtres dont les lumières ricochent sur un bassin. Mais non, c'est le château dont je ne distingue absolument rien. On arrive d'abord au Hall, haut de deux étages, tout en bois et décoré de belles tapisse: ries. Pendant que je cause avec le colonel Lindsay, j'aperçois une tète à la baie du second, ou bien j'en-
(1) Domaine du eolotiel Loyd Ijiiidsay, iiiaiotcnaul lord Wanta.{e.
(2) Le comte Morley, qui avait épousé miss Holtord,
300 UIV DIPLOMATE A LONDRES.
tends frôler des robes sur la galerie au-dessus de ma tête. La belle Alice prétend que c'est un endroit bien dangereux pour les lunes de miel, car on voit ci on entend tout d'en liaut. Tout en causant, je devine un grand Murillo, le pendant de V Assomption. La Vierge et l'Enfant ont été découpés par les moines pour les sauver des Français, mais pas des Anglais qui ont acheté le morceau et l'ont vendu à lord Overstone. Restaient les garnitures d'anges ou plutôt d'Amours qui forment le bas du tableau; ils n'ont pas échappé au maréchal Soult ; mais, après de longues années d'attente, le second morceau a rejoint le premier, et ils se sont raccommodés sans qu'il y paraisse. J'attends le jour pour juger le tableau et me rendre compte de ce que je n'ai pas vu ce soir.
Vendredi matin, 29 octobre 18TG.
J'ai commencé, ce matin, par reconnaître les lieux. J'avais dit, hier, que la maison ressemblait à une grande fabrique éclairée par mille feux ; en effet, on ne s'est jamais mis en frais d'architecture, mais tout est parfait à l'intérieur. Les jardins, dans le suprême du genre avec cascatelles, tous les dix pas ; le parc, c'est Woburn ou Hatfield avec plus de mouvement de terrains; toujours ce naturel artificiel et cette monotonie dans la fantaisie, enfin la main de Thomme partout. Cela dit, tout est d'une superbe opulence, des bandes de cygnes sur l'eau, des troupeaux de bœufs dans les prairies, un potager où je me suis promené en voiture, un second parc après le premier, avec un
AIVRIKK IS-0. 301
château qu'on donne au colonel Lindsay, père de la jolie Violet (I) ; deux villa;j;es, un à clia(|ue extrémité du parc, entièrement hàtis par Loyd Lindsay, vrais villages de Trianon ; des écoles ollertes par lui qui ne laissent plus rien à l'aire à TKtat, et sou pavillon (jui flotte sur cet em|)iie au haut d'un mat. VOilà ce (|ui s'appelle occuper sa place sur la terre, surtout (piand on est doublé d'un heau-père (jui en a cent lois autant.
Oui, mais pas d'enfant, et on aime savoir à (|ui on laisse ce (piOn possède. Si vous aviez vu la joie de M'"" IloU'ord en me disant aujourd'hui qu'elle allait être grand'mère.
Je |)artirai à une heure; je serai à Londres à (juatre heures, et à (Junnershury pour diner. (l'est bien s'agiter; il faudrait, au contraire, se tenir où l'on est bien; mais je n'ai jamais vu un homme aussi enragé (jue moi pour toujours laisser ce qui devrait le mieux lui convenir.
Giinncrsbiiry Actou(2), 30 octobre 1876.
Samedisoir. Me voici iiGunuershury. Comme installation matérielle, c'est supérieur à tout ce que je connais. On s'y plaît, tant on y est bien. C'est l'idéal, le triomphe du bien-être. Imaginez-vous une chambre où Ton trouve tout, y compris une l)il)li()tliè(|iie en trois langues, avec tous les cabinets imaginables. .Mais ce qui me touche encore plus que ce bien-être, c'est la cordialité avec la(|iielle le mari et la femme m'ac-
(!) Maiiilcnant niaiMiiiist» de (iranhy.
(2) Hcsideucc du barou Lionel de llulhsihibl.
302 UN DIPLOMATK A LONDRES.
cueillent. Ils s'excusent de m'avoir invité pour me trouver seul avec leurs enfants, et c'est précisément celte intimité qui me réchauffe et me touche. Que n'inventera-t-on pas demain pour m'occuper? Sin^julier sort! Hier sous le toit de loi'd Overstoue, aujourd'iiui sous celui de Rothschild. Je tiens de ce dernier qu'OversIone est le plus riche particulier du monde. Il lui douno huit millions de revenus. J'avais envie de lui demander : « Et vous? »
Dimanche.
Ce matin, visite aux beaux cèdres, aux pièces d'eau, aux canards. Histoire de quatre cygnes chassés successivement de chacune des pièces d'eau par les premiers occupants. Ils émigrent d'eux-mêmes jusqu'à ce qu'ils trouvent une eau hospitalière. Ils y sont enfin parvenus, mais voilà qu'ils troublent le fond. On croit sentir des exhalaisons, et, ce matin, je trouve un jardinier sérieusement occupé à parfumer l'étang avec une eau de violette. A onze heures, un brougham me conduit à la messe à Chiswick, puis promenade avec le baron, dans sa petite voiture, et repromenade. On voulait me faire conduire chez la duchesse de Cleveland, j'ai refusé
Gunnesbury, 31 octobre 1876.
Nous avons réuni, hier, ici, toutes les puissances de l'Angleterre : le capital, c'était notre hôte; le gouvernement, IJeaconsfield ; la presse, Delane ; l'opposition, Villers; et, pour faire galerie, Menabrea, etc. Il est
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vrai que les puissances n'ont jjuère causé qu'enlrc elles. A la vue du Premier, Dolane, (|iii ne l'a pas beaucoup ménage ces temps derniers, s'est retiré dans un autre salon ; mais le Premier s'est empressé de l'y aller trouver, et je pense que nous verrous, dans le Times de ce matin, le résultat de la conierence. .l'ai su, par le baron, (|ue Dizzy était fort satisfait, (|ue l'armistice est accepté et qu'il ne doute aucunement du résultat, les intentions étant ac(juises à la paix. Ce qui est certain, c'est que Rothschild m'a paru disposé à envoyer des ordres à toutes les Uothschilderies d'Europe.
Retour en ville. C'est L. de Rothschild qui me ramène dans son phaéton. Tous les cochers d'omnibus nous saluent. Il paraît qu'il leur offre annuellement un banquet. Bon moyen pour n'être pas accroché en route.
liOiidrcs, 2 noionibrc 187G.
Au club, le marquis de Salisbury est venu silencieusement se mettre dans son coin tout seul; je lui ai lu la lettre du duc de Rroglic cmi réponse à ses compliments; il m'a demandé à la garder, et, ce matin, il me l'a renvoyée avec le mot que voici :
t 3 novembre 187G. India office.
a Mon cher monsieur Gavard,
ti Je n'ai pas pu vous trouver à TAtheneum pour vous remercier de m'avoir [)crmis de liic ccHj' lettre
304 UIV DIPLOMATE A LONDRES.
si intércssanle de M. le duc de Broglie. Elle donne beaucoup à penser. Ce qu'on appelle la libre pensée eu France est vraiment un phénomène mystérieux et terrible.
a II ne faut pas juger par les journaux d'ici, par le Times surtout, de l'opinion anglaise sur les affaires de la France. On ressent ici une sympathie bien vive pour les efforts et la lutte presque désespérée des conservateurs.
a Croyez, mon cher monsieur Gavard, à mon amitié dévouée.
il Salisbury. «
(La lettre est en français.)
Londres, 8 novembre 1876.
Salisbury à Constantinople (1)! Je n'étais pas loin du numéro gagnant hier, je dois même dire que j'y croyais plus que je ne l'ai dit. La nomination ne sera pas agréable à la Russie. C'est la politique tory qui l'emporte : la méfiance de la Russie, presque le désir d'en venir aux coups, à la condition de maintenir la lutle à portée des canons de la flotte; occupation du Bosphore au premier signal. Pour l'Egypte, il est inutile de se presser, si on tient Constantinople. Voilà évidemment rhommc qu'il fallait pour faire échec à Ignatieff ; mais, nous, qui pouvons-nous envoyer? Il n'y a absolument que le duc de Broglie de possible.
(1) Le marquis de Salisbury fut envoyé à Constantinople comme premier plénipotentiaire à la conférence chargée de reviser 1g traité de San Stefano.
AMMEE 187(). 305
Il y a deux hommes dans Salisbiiry, l'homme simple, charmant, que toiil le monde connaît quand ou cause avec lui en tcle à tète, et Toiateur amei-, violent, qu'on entend dans toutes les assemhlces où il prend la parole. Le(juel va s'asseoir à la tahie de la conférence à Conslaulinople?
Londres, 17 dcccinbrcî 187G.
M'avez-vous quelquefois entendu faire la plaisanterie qu'au lieu de dlsestablish l'Kglise anglicane, Gladstone et autres feraient mieux de disestahlish les consonnes redoublées (ju'on ne prononce pas, les syllabes entières qu'on enjambe pour arriver à l'accentuée. Voilà sérieusement que le dernier hoard school de Londres fait un appel à tous les hoard schools, pour demanderau Parlement une réforme de l'orthographe, comme on règle les poids et les mesures. C'est un symptôme de plus du mouvement centralisateur (jui se produit dans les choses et dans les esprits et qui tond à ramener l'Angleterre à notre niveau politi(|ue.
Solvyns me complète, par une histoire allemande, mon nu)t sur le disestablisluuent des consonnes. On demande en Allemagne le nom d'un xAnglaisen voyage et l'on répond : Kr kcisst Sclimidt aber das schreibt sicli Douf/las. (Il se nomme Schmidt, mais cela s'écrit Douglas.)
EXTRAITS DES LETTUES
Londres, 22 janvier 1877
Hier, j'ai dîné avec le Dean (1) et sa sœur, celle qui s'est convertie au catholicisme, à l'exemple des Sœurs de Charité (ju'elle avait vues à l'œuvre en Crimée. Il paraît que ces saintes filles faisaient tout le gros ouvrage, pendant que miss Nightingale se réservait pour les grands blessés et pour la réclame.
Il y a autour de moi (2), pendant que je vous écris : le cardinal dans un fauteuil, lisant une revue; tout contre, Darwin pas trop l'air singe : deux ou trois vieux qui ronflent; un peu plus loin, Emly, qui rit tout seul en lisant une vie très mordante de Dizzy; près de l'autre cheminée, le directeur de la. National G aller y ; à une des tables, écrivant, Leightou, leur seul peintre. Dans la chambre où l'on joue, la partie est engagée entre Hayward, Solvyns, Trollopc, Forster. Je passe les évêques que je ne connais pas. Quant à moi, je prends une tasse de thé sur une petite table à côté de
(1) Stanley, Dean de Westminster.
(2) A l'Alhencum.
celle OÙ j'écris. Cela soutient quand j'ai oublié de déjeuner... Voilà Murchison, le médecin, (|iii traverse la salle; puis le pauvre Delane; il se traîne, ce n'est plus lui, il va échouer sur un l'autouil; Wade, retour de Chine. Je n'en (Inir.iis pas si je laissais le protocole ouvert.
Londrps, 2 févrior 1877.
Hier soir, Schouvaloff m'a lu sa dépèche rendant compte de son entretien avec lord Derhy. Celui-ci lui avait exposé la manière dont l'Angleterre prend les choses. Je rentre chez moi, je refais la dépêche et je la renvoie à son auteur, en lui disant que je venais de l'acheter pour cent livres. Il me la renvoie immédiatement, avec deux additions de sa main, qui témoignent de la parfaite exactitude du reste...
Le dîner chez Heeve était intéressant. Wade, le ministre, qui revient de Chine après sept ans de résidence, m'a fait faire un vrai voyage en (]hine, répondant à toutes mes questions. Ce qui met l'étouffoir sur les masses, c'est le système d'éducation. On épuise toutes leurs facultés à leur faire apprendre les livres de Confucius, après quoi, elles n'en peuvent plus, et, quand il faudrait raisonner, elles se souviennent. Du reste, nous allons les voir envahir le monde avec le charbon et le travail à bon marché. Il suffirait d'un Pierre le Grand pour triompher des usages et des préjugés, et pour lancer ces deux cents ou (juaire cents millions d'êtres dans la voie du progrès. \Iotley pérorait de l'autre côté, sans beaucoup de tact, sur la justice du retour de l'Ai-
sace et de la Lorraine à rAllemagne; Villiers lui tenait tête; je ne Taisais pas semblant d'écouter, mais je l'ai remercié après; c'est le frère de Clarendon.
Il y avait Grant Duff, personnage politique, qui donne ses œuvres reliées en reliure pleine.
Londres, 21 février 1877.
Arrivé, hier soir, au Parlement, à cinq heures, j'en suis sorti à minuit. Toujours un peu les mêmes discours, et je ne vois pas qu'on soit plus avancé après ce torrent de paroles. Ce ne sont pas, à vrai dire, des discussions parce qu'on ne croise pas le fer. On lâche, au commencement de la soirée, un discours qui va atteindre quelqu'un de l'autre côté; celui-ci riposte, mais c'est un troisième qui relèvera le gant. Quand un orateur a parlé, il peut s'en aller, et c'est ce qu'il fait pendant qu'on lui travaille les côtes. J'ai entendu Salisbury, c'est le plus orateur : une parole à effet et absolument naturelle; on sent la passion. Beaconsfield, rien de naturel, au contraire, rien que de l'art, une adresse extrême, se jouant des difficultés, sans le moindre scrupule à l'égard des faits et de la vérité. Il m'a fort amusé, d'abord par des passages téméraires où il a successivement mis en jeu la France et l'Allemagne, rappelé la guerre de 1870 et la conquête de la Prusse en 1807, à propos de l'intégrité et de l'indépendauce des nations. On ne savait pas s'il fallait rire ou pleurer, puis il a repris son discours de Guildhall; en changeant le ton, en déplaçant l'accent, il en a fait un
ANNKE 1877. 30Î?
agneau. Moi qui l'avais entendu lion à la Cité, j'ai particulièrement apprécié ce bon lour.
Vers dix heures, je suis allé chercher SchouvalofT, qui se morfondait au pied du trône et je Tai ramené dans la galerie où je lui traduisais comme je pouvais les passages à sensation. Pour ma peine, il m'a fait part d'une conversation de premier ordre qu'il venait d'avoir avec lord Beaconsdeld.
Londres, 22 févritM* 1877.
Banquet de la Chambre de commerce ! La réunion a eu un caractère plus important (ju(^ je ne l'avais espéré. Salisbury a parlé avec beaucoup de charme, et, dans le compte rendu de sa mission, il a donné à entendre cecjui se fait actuellement, ce dont SchouvalofT m'avait prévenu hier. Echange de compliments les plus courtois et les mieux tournés avec Forster. H faut lire ces deux discours qui sont des modèles du genre. Qu'on sache, en France, que ce sont les deux premiers orateurs et les deux extrêmes opposés : le commoncr pres(jue radical et le tory ullra. C'était charmant, du meilleur goût, toujours sur le Ion de la plaisanterie et toujours très sérieux au fond. Mais voilà (|ui devient plus grave : Forster me prend à partie, et l'éloge de la France commence, admir.itiou [)our son énergie, sa patience, sa possession d'elle-même, chaque mot souligné en me regardant. La terreur me prend. Il faudra répondre; or, si je dis un mot de politicjue, je suis perdu; mon siège est fait; si j'y change quoi (jue ce soit, comment m'y retrouver? Pas le temps (h» réfîé-
chir, des voisins très aimables m'entreprennent sur toutes sortes de sujets. Enfin, le moment est venu, me voilà sur mes pieds. Mon voisin, Salisbury, me dit qu'il va avoir bien du plaisir à m'entendre. Je m'en suis tiré, les raccommodages se sont faits.
Salisbury très cordial. Vous ai-je dit que je lui avais envoyé, le matin, une correction importante pour son discours de mardi? J'avais entendu autrement que tous les journaux. J'avais raison. Nous avons causé de sou entrevue à Berlin avec Bismarck : une heure et demie pendant laquelle le chancelier a parlé tout le temps avec une verve, une crudité, un esprit, une grossièreté sans pareils, mais chaque mot marqué au cachet de l'homme supérieur. Cependant, rien de ce qui le préoccupe le plus : il n'a parlé ni de la France ni du Pape. Lequel des deux le chancelier vise-t-il en ce moment? Il fait des offres indirectes à la façon de Biarritz, à tout venant, même à l'Angleterre, à laquelle il offre l'Egypte en restituant à la Russie les bouches du Danube. Tout le monde résistera-t-il à la tentation? C'est l'Allemagne qui a fait échouer la conférence, en persuadant aux Turcs que l'armée, russe ne pouvait tenir campagne, et Mais enfin, demandai-je, s'il engage la partie, n'aurons-nous pour nous que le bon droit? — Vous êtes irréprochables et vous savez mon sentiment, mais ce n'est pas le gouvernement qui décidera, ce sera l'opinion. Vous en avez le sentiment ou le pressentiment comme moi. Cherchez là vos renseignements. 1) — C'est là ce que je ne cesse de dire.
a\\i:k imi. 311
Londres. S avril 1877.
Solvyns vient de passer Irois jours charmants à la campa'jnc (le Leuson Gouer, IVère de lady Cieor'jiiia. Voilà (iladslone qui arrive avec sa caisse, son parapluie et sa hache; oui, sa hache, pour abattre des arhres. Heureusement, il a fait ,'jràce aux cèdres du parc, et on a pu lui livicr une i'ulaie voisine. Du reste, hôte merveilleux, intarissable : une lariété, un intérêt incomparables dans sa conversation.
Hier, s'est terminée, à minuit, la lutte pédestre entre les hommes qui marchent depuis six jours et six nuits l'un contre l'autre. G Cst le dernier mot de la brutalité. On se tuait pour aller à leur rencontre. H est vrai qu'on avait l'espoir d'en voir au moins un expirer avant la lin.
Londres, 20 mai 1877
Hier, au cercle, ballottage; c'est assez drôle. Je n'avais pas encore assisté à pareille cérémonie. On discute les noms des candidats, personne ne les combat, au contraire. On n'est que neuf présents. On vote et le candidat est l)lackl)Oulé. Ghacun se regarde, je n'ai pas dit ([lie j'avais vu le farceur qui a mis la boule fatale.
J'ai passé deux heures hier à llurlington. Gela m'a un peu réconcilié avec notre Exposition. S'il y a trop de nudités chez nous, ici pas une seule, pas un tableau sérieux, pas un essai de lutte; le dessin, le style font absolument défaut. Ge n'est viaiment pas la peine de
312 UN DIPLOMATK A LOXDUKS.
poindre. Rien n'é^jale la puérilité dos sujets que la naïve sottise du public qui se pâme d'aise. C'était jour de holiday. Foule énorme, pas une miss, sortie de derrière son comptoir, qui ne fût là, mettant des notes sur son livret.
Un fusil gig^antesque et vertical, un schako, un liavresac, un sabre; c'est « La garde meurt et ne se rend pas •>■) , par le frère du duc de Sutherland.
Londres, 27 mai 1877.
Admirable journée, hier, de dix heures à neuf heures du soir, au grand et bon air, avec un doux soleil. D'abord trois heures au pas cadencé de quatre chevaux, puis de quatre autres encore, toujours même robe. Mon vieil ami Henri Lacaze n'aurait pas conduit plus eu mesure et plus lentement, mais pas de regrets quand, du haut de son mail, on contemple la campagne anglaise. Après être sorti enfin, si toutefois on en sort, des maisons de Londres, du c(Mé des lacs que vous connaissez, c'est un parc qui commence et ne s'arrête que pour faire place à de gros bourgs, jusqu'à Waterford. Je me récrie et je m'attends à ce que nous trouvions la campagne des IJrett (I), engagée entre un public housc et une amorce de rue; mais rassurezvous, c'est un coin de prairie enfoncé entre le parc de lord Clarendon et celui de lord Essex, deux domaines considérables immobilisés depuis le roi Harold; personne n'y louchera jusqu'à la consommation des
(Ij 11. II. sir Brctt, Jucl<|c ol uppi iil.