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Demande à Vaney (1) si coram sepulcro est un solécisme. Dans cet lieiireux pays, voilà la (jiiestioii qui passionne le plus en ce moment. Le dean de Westminster a-t-il fait une faute de [jrammaire? C'est Oxford qui a engagé la bataille; réplicjue; les tiers interviennent. Le pauvre dcnn Stanley va rester convaincu d'avoir fait du hitiii tliéologi(|ue. Pour lui, c/est un peu dur. Qui se serait douté que la théologie gâterait jamais son latin ("2)? Il paraît que cornui ne peut avoir pour régime un nom de choses. Meurand(.'î) luimême y aurait peut-éire été pris.
Voilà une nouvelle affaire dans ce pays. On a voulu nietlic un haldarjiiin au-dessus du maîlre-aulel de l'église Saint-Harnabé Pimlico! Toute l'Lglise a pris les armes. Le I*ape lui-même envahirait l'Angleterre, qu'on ne crierait pas davantage. Heureuses gens!
Ce matin, comme j'essayais ma redingote, j'ai afï'ecté de raconter devant le célèbre Cook, mon tailleur, une foule de choses (jui ont été répétées, di\ minutes après, au prince de (ialles, qu'il lial)ille en babillant, comme avec moi.
Londres, 18 décembre 1873.
Le tapissier du duc de IJisaccia dresse des plans et prend des mesures. Il me parait décidé à faire les choses en grand. On ne pleurera pas pour l'étolfe, on taillera
{{) Conseiller à la Cour d'appel de Paris, mort en 1893. (^2) M. Stanley, doyen de l'abbaye de Westminster, passait pour n'avoir à peu près rien conservé des croyances ciiréticnncs. (3) Directeur aux Affaires étranj^èrcs.
162 UIV DIPLOMATE A LO\DRKS.
en long et en large. Toute trace du passé disparaîtra sous les tentures, les glaces et les tableaux. Il n'en faut pas tant pour que nous passions tous marqnis.
Mon tailleur a très bien fait sa commission. Le prince de Galles me fait dire ce matin d'aller m'entendre avec le général Knollys, son aide de camp.
Londres, 21 décembre 1873.
Je viens de faire mes adieux à Beust. Il m'a avoué que, s'il n'était pas toujours à la veille d'un départ, il ne supporterait pas ce manteau de plomb qu'on a ici sur les épaules; si l'on voit quelqu'un à Londres c'est en passant, et, pendant la saison, c'est en courant. Il faut donc faire cinq ou six heures de chemin de fer» en moyenne, pour aller chercher une conversation. Il paraît que lord Granville revient ce soir, mais il repart demain soir pour IVolmer-Castle, et, quand il sera rentré, il lèvera le pont-levis et abaissera la herse. Je dois le voir demain cinq minutes, et ce sera pour trois semaines au moins.
Pour me distraire d'écrire, je suis allé passer quelques instants à l'Athenaeum à remuer des livres. Trop fatigué ou trop pressé pour les lire, je les prends, je les retourne, je les manie; j'ai remarqué qu'il en reste toujours quelque chose.
Londres, 23 décembre 1873.
Il y a des jours où je me demande si c'est sérieusement que j'ai entrepris le métier que je fais. Les satis-
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factions (jii'il procure me sont si peu sensibles et les privations si cruelles! Il faut se répéter (|iie cela ne durera pas.
J'ai eu, hier soir, le plaisir de voir la cliar<|e, la très «jrossiére charge, de deux pièces françaises : Tune, quelque chose comme la Fille de VaveiKjle, de lJay;»rd ; l'autre, le (Ihnpeau de jyaille dludie. Bien entendu, on respecte trop les auteurs français pour les nommer. Comme on les arrange ! Tout ce qui est fin est enlevé, on ne le comprendrait pas, et on le remplace par du brutal. Ou trouve le moyen d'être grossier sans cho- (|uer les mœurs. C'est le contraire en France. Une observation m'a frappé. Comme, après la pauvre pièce intitulée Alone ^ on faisait successivement, suivant l'usage, défiler, devant le rideau, tous les acteurs, un coup de siffiet a salué la manager du théâtre, Mrs Lutton. C'était fort injuste; c'est la seule personne qui ait du mouvement, de l'expression et un certain charme. Le coup de sillh^ était absolument isolé; personne n'a crié : ' A la porte v ; pas de protestation eu sens contraire : chacun donne librement sou opinion ici, même au théàlro; il est permis de siffler à soi tout seul, (juaud tous les autres applaudissent.
Je viens enfin d'entendre de la musi(jue à Londres : c'était une femme (jui jouait de la trompette. Vois-tu cela? L'idée est tout à fait heureuse, et voici une émule à la virtuose (|ui joue du violon et au monsieur (|ui fait pleurer sur l'accordéon.
Londres, 25 décembre 1873.
Il y a tant de brouillard et les rues sont si désertes, que je suppose qu'il doit être dangereux de s'y promener; je me suis donc rigoureusement enfermé dans ma chambre, et n'ai mis le nez dehors que pour aller à la messe. C'est encore la meilleure manière d'être seul.
Les trois quarts des Anglais sont ivres à l'heure qu'il est. Ces jours de repos coûtent cher aux familles pauvres. Ce matin, j'en suivais une dans Hyde Park. Le père portait un fardeau; la mère un enfant à la mamelle; puis quatre petits suivaient comme ils pouvaient; l'un d'eux toussait et pleurait à fendre l'àme. Tout cela sous des haillons qui ne cachaient même pas la peau, et cependant, c'était évidemment la tenue du jour de fête. Rien que la manière dont ces bonshommes suivaient leurs parents, avec un pas ralenti, marquait la solennité de Noël. Le plus petit criait tant que le père, mettant son fardeau sur la plus grande des petites filles, a pris l'enfant souffrant dans ses bras, et la bande a continué ; la fillette, accablée sous le poids du fardeau, suivait à distance. Que j'aurais voulu lui venir en aide!
Cette procession de la misère défilait sous les fenêtres de Dorchester-House, pour passer, à quatre pas plus loin, sous celles de lord Dudley et de Grosvenor- House; contraste perpétuel; mystère économique que je n'ai jamais pu démêler : tant de charité et de si affreuses privations!
Londres, 31 drcenibrc 1873.
J'ai écrit aux amis, mais ce qui me perd mou Irmps c'est Varrivayr, par chaque train, d'escouades de cuisiniers, de valets de pied, de cochers, de clievaux, de voitures. Où loger tout cela? Au dernier moment, voici les télé'jrammes; c'est un peu tard. Il me faut louer des écuries, des chamhres, acheter des meubles, mettre la paix dans la maison; chaque arrivant veut prendre un appartement complet.
Le duc (de Hisaccia) sera lui-même ici domain : il est précédé d'une splendide ar<]enterie, et commande que tout le monde soit poudré pour le recevoir. Voilà qui est bien, pourvu que je ne sois pas imité à en faire autant.
La reine le recevra tout de suite à l'ile de W'ight.
EXTRAITS DES LETTRES
Londres, 2 janvier 1874.
Hier soir, réception de mon ambassadeur (I), très aimable ; on doit bien vivre avec lui. Nous nous entendrons fort bien pour le travail...
Londres, 3 janvier 1874,
Mon duc est revenu ce matin d'Osborne. Tout s'est passé pour le mieux. La reine lui a fait un accueil comme s'il n'était pas ambassadeur de France. Elle a causé tout le temps et de ses parents et de ses enfants. Il est certain que, pour être ambassadeur, mieux vaut être le gendre du prince de Polignac, puis du prince de Ligne, le fils ou Théritier d'un grand nom, que M. So and so. Je suis convaincu qu'il s'en est fort bien tiré; ce sera là, pour commencer, le côté le plus brillant. J'ai voulu expédier moi-même le compte rendu de la visite à Osborue. C'est écrit comme par un
(1) Duc de La Rochefoucauld-Bisaccia.