‹ Un diplomate français à la cour de Catherine 2, 1775-1780. Journal intime du chevalier de Corberon, chargé d'affaires de France en Russie, publié d'après le manuscript original, avec une introduction et des notesChapitre 10 sur 57 · ANNÉE 1T77. — MERCREDI, 20 JANVIER · texte numérisé non relu

ANNÉE 1T77. — MERCREDI, 20 JANVIER

mettre son portrait. M. Domachenef a eu aussi un présent de cinq mille roubles, d'une augmentation de mille dans ses appoinlcmens et d'une boîte de la valeur de deux mille cinq cens roubles.

Tu sais, mon ami. la difficulté que le prince de Cliimay a éprouvée pour être dans la loge des ministres à la comédie, où il n'a pu définitivement aller, grâce à M. de Lobkowilz. On y a cependant introduit le prince Ponialowski, ce qui n'a pas fait plaisir à M. de Chimay. Néanmoins, M. de Poniatowski est ici comme ministre de sa Cour et de la République de Pologne, avec des lettres de créance pour remercier l'Impératrice à l'occasion des démarcations faites par l'ordre de cette souveraine. Il est vrai qu'il n'a point présenté ses lettres de créance et qu'il est ici plutôt comme le neveu du roi de Pologne en apparence. Il n'est pas très bien au surplus à cette Cour et surtout à celle du grand-duc.

Le prince de Chimay a eu aujourd'hui une grande conversation avec le comte Panin, qui sest expliqué avec franchise sur le compte de M. de Juigné. Il sait fort bien, et l'Impératrice aussi, que M. de Juigné a envoyé M. de Robasomi dans sa maison avant que je le susse, puisque je ne l'ai trouvé dans ma chambre qu'en rentrant à minuit chez moi, et que je ne l'ai gardé que par son ordre. Il a dit au prince que l'abbé Desforges étoit venu de sa part lui donner sa parole d'honneur qu'il n'y étoit pas, au moment où il y étoit ; et cette parole est cause, a-t-il ajouté, que M. de Corberon a été puni pour son ministre. « Je n'aime point cet abbé, a dit le comte Panin, et sa manière de parler comme sa tournure m'a déplu. » Mais on a d'autres griefs contre moi. Le comte Panin a parlé des étourderies indécentes qu'ont fait les François vovageurs cet été à Péterhof, et de Tordre qu'il avoit

reçu de l'Impératrice par le comte Ostermann de prier M. de Juigné d'en parler vivement à ces messieurs. J'ai été compris dans cette affaire. J'étois dans ma chambre malade avec la fièvre, comme tu verras par mon journal, et je n'ai jamais été lié avec les étourdis en question.

Jeudi, 30. — Au même.

Comme les propos, mon ami, se multiplient! Comme ils se propagent, s'augmentent, se dénaturent !

Normandez -a dit aujourd'hui chez les Behmer que l'Impératrice a voit lu hier une dépêche de M. de Vergennes à M. de Juigné, où il étoit gourmande sur l'affaire de Robasomi en clair, etc. M. de Vergennes, aucontraire, mande en clair, à la vérité, à M. de Juigné qu'il s'est conduit sagement et prudemment, et qu'il est convaincu que cela ne peut lui faire aucun tort vis-à-vis d'une souveraine sage et éclairée comme l'Impératrice, etc.

Depuis l'époque de ma disgrâce, j'étois bien convaincu que l'affaire de Robasomi ne m'avoitpointfaitdetort; j'en suis maintenant certain, par ce que sait l'Impératrice de cet événement. J'ai tâché d'approfondir les motifs véritables qui ont causé ma défaveur et je crois y être. Tu m'as entendu parler de Pictet, qui a été onze ou treize ans dans ce pays-cy; je m'en suis servi, et Sa Majesté Impériale le renvoyant, je n'ai pu refuser à cet homme une lettre pour M. de Vergennes. Il a eu l'imprudence de m'écrire pour me remercier de la réception qu'il a éprouvée auprès du ministre, et le ministre même m'en a écrit dans une lettre particulière tout en clair; cela a été lu et cela m'a fait du tort. On a raison, mon ami, de m'en vouloir à cet égard; cependant je te jure que si j'avois été ministre ici, je me serois servi de mes connoissances

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à l'avantage des deux nations. Car tel est ou doit être, à mon gré, le principe en politique, qu'un ministre ne doit pas s'éclairer du pays où on l'envoie à son détriment, puisque c'est établir et fomenter des motifs de haine ou de division.

On m'a supposé d'autres torts, qui me sont absolument étrangers, tels que les liaisons que Saint-Paul, Pnységur, etc., ont eues avec la Champagnolo, chez laquelle je n'ai été qu'une seule et unique fois passer un quart d'heure, malgré moi, il y a huit mois, vers le temps de l'exposition de la feue grande-duchesse à Newski. C'est une chose pour laquelle je ferois les plus grands sermens. Cependant, par ce qui a échappé à Nesselrode, il semble que c'est un des griefs qu'on a contre moi, et il paroît que l'Impératrice l'a fait entendre. Je ne dois cette infâme calomnie qu'à un faux rapport du comte Ivan Czernichef peut-être, qui en est bien capable, car il ne m'aime pas et c'est l'homme le plus vil, le plus faux et le plus méchant.

Vendredi, 31. — Au même.

Charlotte m'a dit que le général Bauer (1) étoit boudé par l'Impératrice, parce qu'il avoit cherché à servir en France et qu'on avoit vu ses projets par une réponse en clair de M. Vergennes à M. de Juigné, ce qui est bien imprudent de la part des bureaux de Versailles. Sa fille, la Beumer (2), frêle, a éprouvé pareillement du froid, parce qu'ayant apporté de Darmstadt des lettres pour la feue grande-duchesse, et l'ayant trouvé morte ou mou-

(1) Hessois au service de la Russie, qui passe pour avoir beaucoup contribué aux succès militaires du maréchal Romanzof.

(2) Sic, pour Bauer. Elle avait été placée comme frêle ou demoiselle d'honneur près de Catherine II, par l'ex-favori Vassiltchikof.

rante, elle avoit renvoyé ces lettres à Darmstadt, au lieu de les remettre à l'Impératrice.

Tu vois, mon ami, quelle inquisition on exerce ici sur la liberté. Cela n'est pas étonnant dans un pareil gouvernement. Les Bauer n'y veulent pas rester; ils ont le projet de partir avant une année.

Samedi, 1" février. — Au même.

J'ai fait aujourd'hui un dîner russe dans toute l'étendue du terme : c'est.cliez le colonel Viasemski (1), nous étions en militaires. On a parlé de notre état, et l'on est convenu qu'en Russie il n'avoit pas assez de considération, en comparaison du nôtre. L'esprit de corps est peu connu parmi les officiers, parce qu'ils ont la liberté de changer souvent de régiment, ce qui empêche cette grande union.

Le petit Nélédinski, un peu pris de vin, s'est mis à politiquer et à moraliser avec la chaleur dun convive. Il est bien fâcheux que ce jeune homme soit adonné à une vie crapuleuse. Il a lu avec attention et il a la tète bien faite; mais il est peut-être perdu pour la société et pour son pays, parce qu'il ne se soucie que de vivre et qu'il met du raisonnement dans son inconduite même.

Mon affaire reste au même point. Mme Spiritof m'a dit que le prince de Chimay l'avoit avancée; je l'ignore. Cela me rappelle un propos du comte Panin, dans la conversation qu'il a eue avec le prince de Chimay, où, en lui parlant du comte de Lascy et de la tournure qu'il avoit imprimée au marquis de Juigné, il a dit de l'Espagnol : « Quand on voudroit renverser cet Empire, on ne

(1) Ce n'est certainement pas le prince Alexandre Viaziemski, qui après avoir gagné à l'aimée lo grade de quartier-maître général, fut nommé par Catherine II procureur général du Sénat. Voir ci-dessus, p. 41.

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s'y prendroit pas mieux. » Cependant c'est l'oracle de M. de Juigné, et jusqu'à Norniandez, le lourd Norniandez a succédé à sa confiance et à son intimité (1); car ils passent deux heures ensemble deux ou trois jours la semaine, et Dieu sait la politique qui s'y fait.

Dimanche et lundi, 2 et 3. — Au même.

Les propos continuent toujours, mon ami, sur mon affaire; mais qu'est-ce que des propos? La princesse Cherbatof m'a rabâché qu'on avoit trouvé à redire de ce que j'allois danser à la Cour en uniforme. Dans un pays où tout le militaire y paroît. où même (juelques ministres étrangers ne portent que cet habit!

Au surplus^ 3L de Vergennes a répondu à la deuxième dépèche, où il est question de ma défense de paroître à la Cour. Il y répond en clair dune manière favorable, et cela me met à l'abri des craintes du côté de Versailles. Mais elles ne sont pas nulles à l'égard du marquis de Juigné, suivant Combes, et il n'a pas tort. On ne lui répond que sur le rapport qu'il a fait, rapport à son avantage et qui suppose ou à l'Impératrice ou à ses ministres de la prévention. En sera-t-on content ici à la Cour, et ne voudra-t-on pas justifier la conduite qu'on a tenue à cet égard? Quant à moi, l'on m'assure toujours que cela finira bientôt à mon avantage, et l'on m'a déclaré que l'Impératrice avoit dit qu'elle me rappelleroit à sa Cour lorsque Robasomi sera parti. En vérité, si cela est, on s'occupe de moi beaucoup plus que je n'aurois cru. On a mandé de Riga à Combes que je partois.

(1) Normandez était alors chargé d'affaires d'Espagne, le comte do Lascy se trouvant en censé.

Mardi, 4. — Au même.

Notre position ici, mon ami, devient de plus en plus fâcheuse, et le marquis de Juigné donne lieu à mille propos désagréables, qui marquent le peu de considération qu'il a : ce qui retombe sur la nation. Ses conférences éternelles avec le pauvre Normandez et les visites qu'il lui fait, en enflant le petit chargé d'affaires qui s'en vante, n'alarment point, car ils ne sont pas effrayans, mais ils prêtent au ridicule le plus fàclieux. On lui voit une conduite plate vis-à-vis de lui, dupe et gauche avec Ivan Czernichef et Lobkowitz qui le jouent , embarrassée vis-à-vis de tout le monde. L'abbé Desforges, qui a la plus mauvaise réputation à Pétersbourg, est censé le mener pour ses affaires domestiques. Tout va à la diable, le marquis trouve tout bien; le prince de Chimay, qui voit le contraire, en prend de l'humeur, ce qui ne remédie à rien.

Le prince de Chimay est un homme assez singulier; si je ne t'ai pas crayonné décidément son caractère, c'est qu'il n'est pas facile, mon ami, à définir entièrement. Cet homme, dont l'éducation a été négligée, et qui, sans doute, n'est pas né avec un caractère ferme et entier, s'est formé successivement divers systèmes à travers mille préjugés de naissance, d'état, de position, et a fini par n'en adopter aucun à son âge, qui est celui oii l'on ne se refait plus. Il est haut par l'idée qu'il a de son nom, quelquefois bas par l'habitude que donnent la souplesse et l'esprit de la Cour; tranchant dans les occasions où il croit ne point rencontrer d'obstacles dans ses opinions, il devient le contraire lorsqu'il ne se sent pas assez de force pour les soutenir, ou qu'il imagine gagner à les troquer contre

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celles des autres. Sans ambition et sans projets décidés, on le trouve vacillant sur mille objets d'après les circonstances qui l'entourent. La multiplicité de formes que cela donne à son esprit et à son caractère et qu'il prend de bonne foi, feroit soupçonner qu'il manque de caractère, qu'il manque d'esprit, et cependant il n'est ni bête ni faux, mais d'un égoïsme outré et peut-être aveugle. Le malheur, qui suit cette tournure équivoque, c'est de faire quelquefois soupçonner son cœur et môme son honnêteté, sans qu'il soit dur ni malhonnête. Mais cet amour excessif de lui-même, lui faisant tout rapporter à lui, le jette souvent dans des conjectures puériles. Celalerend minutieux jusqu'au ridicule. Joignez à ce défaut de fermeté d'àme un physique très délicat, qui doit ajouter à cette susceptibilité minutieuse, et vous ne serez pas surpris de voir le prince de Chimay très haut ou très affable, trop resserré ou trop confiant, d'une extrême méfiance ou d'un abandon aveugle, gai, triste, philosophe, misanthrope, insouciant, homme de plaisir, en un mot, l'être le plus inégal, le plus inconséquent à lui-même et sans doute le plus malheureux.

Mardi j 2o. — Au même.

Je t'ai dit souvent, mon bon ami, que l'amour et l'amitié m'avoient consolé de ma disgrâce. Les Behmer sont à la tête des amis quej'ai conservés, les Cherbatof, les Golovin et la Nélédinski. Je n'ai vécu que dans ces sociétés, et j'ai eu lieu d'être agréablement surpris de la constance de l'amitié russe, quej'ai cultivée davantage.

J'ai fait, le jeudi 6, avec les Spiritof une partie de traîneau, pour aller voir la manufacture de porcelaine ; je la connoissois déjà. Il n'y a rien ni de beau, ni de remarquable.

Celle de faïence est mieux ; il y a un établissement d'élèves qui apprennent le dessin, qui est fort bien tenu. Ce sont des petits moujiks. Ils sont logés proprement dans un dortoir, où ils ont cbacun un lit. A côté se trouve une grande salle où ils mangent, où ils travaillent et où ils ont dressé un théâtre, car cette fureur qui vient de l'imbécile Betzkv a gagné tous les états.

Le dimanche 9, j'ai dîné dans la même maison, et nous avons été voir ensuite des courses de traîneaux qu'on fait sur la Neva, au Galernhof . Il y a ordinairement beaucoup de monde, et cela fait un joli spectacle.

Le mercredi 12, qui étoit le 1" du style russe, Garry s'est trouvé incommodé. Le lendemain, son malaise a augmenté. J'avois soupe ce soir-là chez les Golovin, et la vieille comtesse m'avoit tiré les cartes. Elle m'a prédit sans s'en douter, mon ami, le changement de situation qui devoit s'opérer en ma faveur. Elle m'a dit que j'étois aimé et tendrement d'une personne que j'aimois, et que les projets que j'avois ne s'exécuteroient pas tout de suite, mais qu'au surplus j'aurois du bonheur, que dans trois jours j'apprendrois une nouvelle imprévue qui me satisferoit beaucoup, que c'étoità un homme que je connoissois peu, mais qui s'intéressoit à moi. que je la devrois, et qu'aussitôt la chose accomplie cet homme s'éloigneroit, comme pour aller à Moscou.

Le dimanche 16, à midi, j'étois occupé près de Garry, dont la foiblesse m'alarmoit: le dentiste Dubreuil, son ami, n'avoitpas l'air bien rassuré, et Combes à son ordinaire ne disoit rien. M. de Juigné entre, suivi du baron de Sacken, ministre de Saxe. Je les reçus assez mal comme importuns, du moins le dernier. Après s'être chauffé, le marquis me dit : « Vous pouvez remercier le baron : c'est il son amitié que vous devez la bonne issue de votre

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affaire. Elle est terminée et vous pouvez retourner à la Cour. » Je ne fus, mon ami, ni surpris, ni enchanté de cette nouvelle; je ne trouvai point de termes pour remercier M. de Sacken, et je lui dis que je réparerois ce tort. Ils ne firent pas une longue séance; seulement il m'appiùrent que c'étoit par le prince Orlof que cela s'étoit terminé à mon avantage. Dès qu'ils furent sortis, l'impossibilité de dire cette nouvelle au pauvre Garry, son état, le noir qu'il minspiroit et à lui, firent une telle révolution que je me mis à fondre en larmes. Combes me prêcha; Dugué, le comédien, qui vint, crut que j'avois reçu des ordres de ma Cour pour m'en retourner en France, et nous avions tous l'air consterné, ayant lieu de nous réjouir. C'est ici, cher frère, que je dois à M. de Juigné la justice qu'il m'a servi sans éclat, mais avec amitié.

Le lendemain, le mieux de Garry se soutint, et nous espérâmes de le sauver d'une maladie affreuse, car c'est le choléra morhus qu'il a eu.

Je devois souper le mercredi soir chez les Spiritof, la mère et ses deux filles devant partir le lendemain pour Moscou. Je revins à dix heures du soir pour Garrv, en promettant de revenir dîner le lendemain et faire mes adieux. Cette nouvelle de ma réhabilitation à la Cour commençoit à se divulguer; les Spiritof m'en firent compliment avec cette naïveté, cette franchise qui n'appartiennent plus, mon ami, qu'aux provinces. J'en fus enchanté. L'aînée des Spiritof, surtout, qui a seize ans et une figure fraîche comme une rose, me dit les choses les plus flatteuses, et me chanta à mi-voix: « Quel plaisir! Il a sa grâce; c'est nous la donner à tous. — C'est me la donner en mon particulier », dit-elle. Ce peu de mots, dits à la dérobée par une jeune et jolie fille, dévoient produire un agréable effet sur le cœur de ton vaurien de frère. Je

le fus en idée, mon ami, je l'aurois été plus réellement si j'avois eu l'occasion; mais, mais... ne faut-il pas avoir des mœurs?

Il manquoit cependant à ma réhabilitation la forme ministérielle; je la reçus le soir, ou plutôt le marquis de Juigné, à qui M. Panin écrivit que l'Impératrice me permettoit de lui faire la cour comme auparavant.

Le lendemain, j'allai voir le prince Orlof, le comte Panin, le comte Ostermann, etc. Il falloit bien faire des remerciemens; j'en fis de courts, parce que dans le fond on ne m'a que l'endu justice. Les Behmer me firent savoir que le général Bauer leur avoit dit que le prince Orlof lui avoit beaucoup parlé de moi, qu'il m'avoit donné beaucoup de louanges sur la conduite sage et délicate que j'avois gardée en étant disgracié. Le général Bauer me l'a dit lui-même, et m'a recommandé de voir le prince Orlof.

Le dimanche 23, c'étoit le grand jour pour moi : je reparoissois à la Cour, quoique tu sentes bien, mon ami, que la faveur ne fût pas si grande. J'y allai avec le marquis de Juigné; je reçus vingt salutations, c'étoient des complimens, et c'étoient les seuls que je dusse et que je voulusse recevoir, car sitôt qu'on les articuloit, je ne les entendois plus. L'Impératrice arriva, je lui baisai la main à mon ordinaire, sans nulle espèce d'affectation. Elle eut l'air d'éviter mes regards, soit pour ne pas m'embarrasser, soit pour cacher elle-même son embarras. J'ai su depuis par le baron de Sacken, qui m'a bien servi dans cette afi'aire, que la première fois que le prince Orlof a parlé de moi à l'Impératrice, elle ne lui a rien répondu et s'est même détournée pour parler à une autre personne. Tout autre (ju'Orlof n'auroit pas insisté et eût môme dans cette circonstance changé de propos; mais le

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