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le faire eu peu de pages le détail de toutes ces époques différentes, tu jugeras par toi-uiéme si ma paresse est l'unicjue cause de mon silence, et si je n'ai pas ma justification avec moi.
Le vendredi, 2 de mai de notre style, ou 21 avril du vieux style, il y a eu gala à la Cour pour l'anniversaire de l'Impératrice, qui a eu quarante-huit ans (1). Après lui avoir baisé la main, nous passâmes chez le grand-duc, suivant l'usag-e, pour lui faire notre cour. Je sortis l'un des premiers et j'allai chez les dames Behmer. Je causois près de la fenêtre avec ma jeune amie Charlotte, lorsque l'aînée Caroline entra d'un air effrayé, tenant à la main un billet par lequel on lui mandoit que son père s'étoit trouvé malade à la Cour. Je l'y avois vu moi-mènK; lisant les gazettes sur une chaise près de la cheminée, en attendant l'Impératrice; cela me surprit. L'inquiétude et l'effroi se peignoient aussitôt sur le visage de la pauvre mère et des trois filles. Mais la scène devint bien plus touchante, lorsqu'on vit arriver ce malheureux homme couché à plat dans sa voiture, les portières ouvertes, soutenu par des soldats qui lui tenoient les uns les pieds et les autres la tète. Toutes le crurent mort. Je courus au-devant du carrosse, dans la cour^ et je les rassurai aussitôt. Il n'était pas mort, mais il avoit eu une attacjue de paralysie qui l'avoit fait tomber dans une des salles du palais comme il en sortoit. Nous transportâmes ce pauvre homme dans son appartement; il étoit fort lourd, fort gros, et depuis longtemps il menaçoit d'une attaque d'apoplexie. Ce moment, mon cher ami. présenta une scène douloureuse, effrayante, et m'a fait voir un des spectacles les plus touciians que j'aie jamais vus : l'eilroi
(i) Elle était en effet née à Stettin, le 2 mai 1729.
tumultueux de quatre femmes se désolant et courant par les chambres avec toutes les marques du désespoir. Quand il fut transporté chez lui, toutes s'empressèrent autour de lui pour le déshabiller et lui procurer du soulagement.
Le danger néanmoins ne paroissoit pas aussi grand; le pauvre père parloit et avoit à lui toute sa tête. Huttel arriva, et comme j'étois invité à un dîner de cérémonie chez le vice-chancelier, je partis : il étoit deux heures. A quatre, je retournai chez mes amies ; on avoit saigné leur père, il étoit dans un fauteuil, se sentoit mieux, à l'exception de 'son bras droit entièrement paralysé, mais qui depuis quelque temps étoit plus lourd que l'autre.
Le lendemain, le malheureux Behmer eut une deuxième attaque, quitenoit même de lépilepsie. Depuis ce jour, les craintes devinrent plus sérieuses. Il y avoit peu d'espérance d'un rétablissement et tout lieu de croire que la mort suivroit, ou des infirmités plus fâcheuses encore. Des intervalles de mieux rendoient la situation de ces femmes plus à plaindre par l'espérance infructueuse qu'elles en concevoient. Cependant, le soir du lundi, elles entrevirent le malheur qui les attendoit. Nous restâmes avec elles jusqu'à une heure de la nuit. Toutes les quatre étoient dans un désordre inexprimable. Comme j'imaginois que le malade ne passeroit pas la nuit et que je craignois que ces femmes n'eussent le spectacle de ce fatal événement, j'allai chez Huttel jusqu'à trois heures du matin, d'où j'envoyois de temps en temps savoir des nouvelles. Elles se soutinrent assez bien, et j'allai chez moi écrire jusqu'à six heures et me jeter sur un sopiia. A six heures et demie, je suis sorti. J'ai été chez ces dames à sept heures et je les ai trouvées contentes d'une lueur de mieux. Pour elles, toujours sur pied, se fatiguant, se tourmentant, elles avoient grand
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besoin de repos et n'en vouloient point prendre. Enfin, mon ami, cette cruelle et tragique scène a fini comme je m'y attendois, par la mort du pauvre Behmer, qui a rendu le dernier soupir, le mercredi à sept heures du soir. J'ai eu bien de la peine à leur épargner ce triste tableau. Elles se faisoient un devoir, une douloureuse satisfaction de recueillir le dernier soupir de ce malheureux, qui depuis plusieurs heures avoit perdu la connoissance ; j'ai été obligé de leur faire violence pour les empêcher d'entrer dans la chambre oii il étoit.
On a enterré ce pauvre homme le samedi à cinq heures, et j"ai assisté au service, qui s'est fait dans l'église luthérienne de la Perspective. Il avoit cinquante-quatre ans; ses travaux soutenoient sa famille, qui est pauvre. 11 avoit à Berlin pour six mille écus d'Allemagne de revenu des charges qu'il exerçoit avec honneur. D'une probité rare et sévère et d'un grand savoir dans son métier, l'Impératrice l'avoit attiré chez elle pour travailler à son Code, et ce n'est que d'après une injustice criante qu'il a essuyée à Berlin qu'il est venu en Russie, oii il étoit viceprésident d'un Collège de justice, avec deux mille et quelques cens de roubles (1). Sa mort prive sa famille de ses appointemens, dont elle vivoit depuis cinq ans qu'il étoit ici ; il y a eu quelques dettes contractées. Leurs amis et moi, nous avons songé à leurs afifaires. Je leur ai fait une lettre pour l'Impératrice et un placet, etc., qui successivement ont été présentés. La souveraine s'est expliquée sur leur compte avec l'air de la bonne volonté; mais quant aux effets, cela est nul jusqu'à présent, et je crains pour cette pauvre famille. On ne donne pas beaucoup ici à la véritable humanité, et les actions dans ce
(1) Voir t. I, p. li'o, noie 1.
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genre sont dictées par la vanité, jamais par le cœur. On ne fait que ce qui produit de l'éclat; ce qui peut être ignoré court grand risque.
On a joué ces jours-cy une comédie chez Mme Nélédinski : l'Anglomane et la Gageure. Le prince de Bariatinski joue agréal)lement. La Zoubof yjouoit aussi.
L'intrigue de la Nélédinski avec Repnin va finir: elle va, je crois, quitter ce prince pour le comte Léon Razoumofski, fr«^re d'André, et elle a raison : l'un a quarante et tant d'années, Léon en a vingt. Il n'y a pas à balancer.
Le départ de Garry, dont tu me parles dans ta dernière lettre, a été retardé à cause du vent contraire. Il a quitté Saint-Pétersbourg le 22 de mai, pour aller à Cronstadt. Le prince de Chimay, l'homme le plus extraordinaire qu'on puisse voir, après avoir raffolé de mon valet de chambre et désiré d'avoir un homme comme lui à son service, l'a décrié à son départ amèrement et s'est plaint partout qu'il avoit gâté ses valets de chambre. Ce prince est un pauvre homme absolument sans caractère, mécontent de tout et affectant une sorte de philosophie qu'il n'a pas. Il aime beaucoup les rôles de tuteur qu'il a fait à Paris vis-à-vis la plupart des fiUes de spectacle, et il a voulu faire de même ici, mais avec moins de succès. Il y a ici une comédienne assez jolie qui se nomme Michelet, avec qui Léon a eu une intrigue. Dès que M. de Chimay l'a su, il a écrit à cette fille pour lui offrir ses services, la priant de brûler son billet qu'elle a envoyé à Léon. Il est allé chez elle, ne voulant pas la voir, mais causer avec sa femme de chambre, à qui il a fait une foule de questions, etc. Enfin il se donne mille travers dans la ville, où l'on n'épargne point les étrangers, et il sortira de ce pays après y avoir séjourné trop longtemps pour son avantage. J'ai appris d'ailleurs qu'il avoit sollicité le
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cordon de Manlieim ({u'il porte, et qu'il étoit un peu brouillé à cause de cela avec sa femme, qui a fort l>lâmé cette petite vanité. Cependant, à l'entendre, il ne fait nul cas de cette décoration, et ne l'a prise que parce (ju'il n'a pu se dispenser de l'accepter.
Le comte de Lascy est arrivé depuis quinze jours, sans aucune lettre de ma famille, quoique mon père m'en ait annoncé beaucoup par cette voie.
On m'a donné ces jours-cy des portraits faits par un Russe nommé Miatelef. C'est assez bien pour unétrang-er. Ce Miatelef est un jeune homme (jui ne manque pas d'esprit. On m'avoit prévenu qu'il étoit faux, et je le croirois assez d'après ce que m'a dit le général Mélissino ((u'il a tâché débrouiller avec Cacht'dof, l'un de ses amis, par jalousie pour la préférence que Mélissino a montrée à Cachélof. Ce dernier s'est fort bien conduit à cet égard, et il a montré une droiture qui m'inspire de la confiance en lui.
Le prince Potemkin a le projet [d'établir à Pétershourget d'autres villes principales un corps de Cadets pour des enfans de soldats, qui fourniront' des bas officiers instruits, dont l'armée russe manque. Ce projet peut être fort utile ici, où les soldats ne savent ni lire ni écrire. C'est Mélissino qui est chargé de dresser ce plan, et je tâcherai d'avoir cette institution par écrit. Il s'agit pareillement d'un corps de cosaques. Je veux avoir toutes les institutions de Catherine TL
Le roy de Suède (1) vient passer quatorze jours ici vers le milieu du mois de juin; il s'appellera le comte de Gothland.
Il nous est arrivé ici, depuis une semaine, un chevalier
(1) Gustave III (1746-1792), roi de Suède depuis 1771.
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de la Teissonnière, homme de qualité recommandé par M. de Castries (i),M. deBreteuil et d'autres, qui en disent du bien. Cet homme, qui est capitaine réformé, voyage depuis le mois de juillet 1774 à pied. Il a vu l'Allemagne, verra tout le Nord, et s'en retournera en France pour y demander du service (2). Il a été en x\mérique. Il a de lesprit naturel, du sens, et voit assez bien, à ce qu'il me semble. J'aime assez une réponse (pi'il a faite en Prusse. Il regardoit une revue, et aux questions qu'on lui faisoit sur l'opinion qu'il avoit des troupes prussiennes, il répondoit toujours : « C'est très bien. » Un officier s'approche de lui à cheval (il étoit, lui, modestement à pied), et lui dit d'un air moqueur : « Monsieur, vous trouvez donc cette marche bien faite? — Oui, monsieur, très bien. — Ce n'est pas celle que vous aviez à Rosbacli. — Cela est vrai, répondit le chevalier, car nous marchions alors le pas que vous marchâtes àFrancfort-sur-l'Oder! » Cette réponse termina promptement la conversation.
Le prince Lobkowitz est parti. Nous attendons le comte Kaunitz, qui doit le remplacer. M. Harris (3) viendra aussi incessamment; on le dit fort aimable.
(1) Charles-Eugène-Gabriel de la Croix, marquis de Castries (1727-1801), lieutenant général, commandant en chef de la gendarmerie, gouverneur général de la Flandre et du Hainaut. Il fut ministre de la marine en 1780 et promu à la dignité de maréchal de France en 1783.
(2) Il resta en Russie et fut attaché au cabinet de Potemkine. 11 rendit d'importants services à la France, et M. de Corberon demandera plus tard à M. de Vergennes de récompenser son zèle. (Ms. 3059 de la Bibliothèque d'Avignon, p. 151.)
(3) James-Howard Harris (1746-1820), qui fut plus tard (1788) élevé à la pairie, avec le titre de baron, puis (1800) de comte de Malmesbury. Secrétaire d'ambassade en Hollande, ensuite à Madrid, il était resté, en 1769, comme chargé d'affaires, auprès du roi d'Espagne. Il avait été après cela ministre plénipotentiaire du royaume de Grande-Bretagne à Berlin en 1771, avant de venir à Pétersbourg succéder au ministre Oakes. Sa mission auprès de la grande Catherine consistait à conclure avec elle une alliance offensive et défensive; il y déploya la plus grande liabiielé, mit en jeu toutes les intrigues possibles, usa de ruse et même de fourberie, mais il ne put arriver à son but, malgré les dispositions favorables de
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Le marquis de Juigné a repris la fièvre. Il v en a beaucoup à Pétersbourg et il y a eu beaucoup de rougeoles.
J'ai été fort inquiet pour Garry, mercredi 28. Il y a eu un ouragan violent à dix heures du soir, accompagné d'éclairs et de tonnerre. Je ne sais pas à quelle distance mon valet de chambre étoit en mer, et j'ignore encore le jour qu'il est parti. Cependant quelqu'un arrivant de Cronstadt hier m'a rassuré : l'ouragan ne s'y est pas senti, et l'on ne croit pas qu'il y ait eu de danger.
Lundi, 2. — Au même.
L'arrivée du roy de Suède fait sensation ici. On dit qu'on a nommé deux chambellans, pour être de service auprès de sa personne, etc. Cependant il vient incognito. L'Impératrice n'en est pas trop contente, à cause de la
riiupéralrice pour l'Angleterre. « Le ministre anglois à Pétersbourg, est-il dit dans l'instruction remise à M. de Vérac lors de son départ pour la Russie, est l'homme le plus capable de mettre à profit ce que la ruse et les petits moyens peuvent faire pour suppléer aux avantages qu'il sent bien avoir perdus. » Son plus grand adversaire fut certainement le chevalier de Corberon, qui déjoua tous ses plans et contre lequel il conserva une rancune assez vive. Aussi ne l'épargna-t-il pas dans ses dépêches et dans sa correspondance; il inventa même des histoires où le chevalier aurait eu un vilain rôle; il le traita d'esprit médiocre, lui reprocha de se servir des valets de chambre et agents subalternes pour arriver aux ministres, d'user de corruption, etc. Quant à M. de Corberon, il écrivait ceci : « Harris est le gros poisson politique qui se nourrit du fretin et le revomit après. Je suis bien convaincu qu'il méprise tous les avortons dont il se sert au besoin et qu'il fait mouvoir à sa guise. Malgré les menées au.vquelles il a part, j'aime cet homme, parce qu'il a du caractère. « (Lettre du 2'6 mai 1781 à Mlle Ch. de Behmor, ms. 3059 de la Bibliothèque d'Avignon, p. 472.) — II passa cinq années à Pétersbourg (1777-1782) et fut ensuite ambassadeur à la Haye, où il négocia une alliance entre l'Angleterre, la Hollande et la Prusse. En 179G et 1797, il se trouva à Lille et Paris, afin de suivre les conférences pour la paix engagées avec le Directoire. Ce fut la fin de sa carrière diplomatique. Ses Mémoires (Diaries) et sa correspondance, très intéressants pour l'histoire des Cours où il a vécu, ont été publiés par les soins de son petit-fils, le comte de Malmosbury, en 18i4-1845. (Cf. l'analyse qui eu a été donné par John Lemoine dans la Revue des Deux Mondes, janvier et mai 1846.)
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dépense que cela va lui causer, car la bonne dame devient un peu vilaine.
Il est arrivé hier à Saint-Pétersbourg un vaisseau marchand hollandois à trois mâts. Comme c'étoit sa première course ici, il a salué l'Amirauté de quatre coups de canon. Quand il a eu jeté l'ancre, on lui a répondu de trois coups, auxquels il a tiré un dernier pour remercier.
On parle de marier la princesse Troubetzkoï avec le comte Mingden, jeune homme livonien.
J'ai été souper chez les Cherbatof, où j'ai parlé des préparatifs de marine qu'on fait à Cronstadt. On m'a dit que c'étoit pour l'arrivée du roy de Suède; on croit cependant que c'est pour l'Archipel.
De nouveaux projets de comédie, mon cher, vont me lier chez les Cherbatof. On me fait jouer le marquis de Polainville dans le François à Londres et le Somnambule. Ce sera bien autre chose pour l'hiver 1 On me destine M. Desmasures, Euphémon fils, Yanderck fils et M. Pincé. Mais adieu, nous sommes encore loin de ces beaux projets !
Mardi, 3. — Au même.
Nous avons été promener à Kaminiostrof , une île charmante qui appartient au grand-duc. Il y a fait bâtir une grande galerie pour danser au milieu des bois, avec quelques appartemens. La grande salle est décorée avec goût; ce sont des palmiers en caisse sculptés contre le mur qui font un très joli effet. Quatre petites cheminées sont aux deux bouts de la salle avec des glaces. Le tout est entendu avec beaucoup de goût. Nous sommes revenus le soir en chaloupe, comme nous y avions été, et nous avons passé une journée fort agréable.
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Mercredi, 4. — Au même.
Je t'avois parlé de sept vaisseaux de guerre : il y en aura en tout seize et quatre fi'égates, avec une galiote à bombes. Mais cela ne dit rien : il ne s'agit pas d'autre chose que d'une évolution comme l'année passée.
Notre comédie est retardée, je ne sais ce qui en sera. La petite Nélédinski est incommodée, je l'ai vue hier. On me reproche que je suis toujours chez les Behmer; que m'importe? Cela ne m'empêchera point d'être chez mes amies de préférence aux sociétés russes. J'ai dîné chez les Spiritof; ils m'ont engagé à venir à la campagne les voir. Ils partent demain.
La pauvre Protassof (1), frêle de l'Impératrice, est folle, à ce qu'on dit. Elle a du moins une humeur noire qui V ressemble. Il y a des gens qui pensent que c'est de jalousie et d'amour pour le prince Orlof, qui va épouser sa cousine Zénoviof.
J'ai dîné aujourd'hui tête à tête avec le marquis de Juigné. Sa santé est languissante et ses forces ont de la peine à revenir. Après le dîner, j'ai été chez le comte Panin, chez le comte Ivan Czernichef et chez la baronne de Nolkem, qui a fait une seconde fausse couche. Je me suis promené ensuite à Catherinhof, et suis revenu souper chez la maréchale Galitzin. La Matouchkin étoit
(1) Mlle Protassof, née en 1744, fille d'un sénateur et cousine des Orlof, première femme de chambre et confidente do Catherine II. Elle fut chargée de l'éducation d'une demoiselle Alieksieief, qui passait pour être fille de l'Impératrice et de Grégoire Orlof. Elle resta en faveur auprès de sa maîtresse jusqu'à la mort de celle-ci
jolie et aimable. J'élois à table assis à côté d'elle, et nous avons beaucoup causé. Il est question, je crois, d'un mariage pour elle, à ce qu'elle m'a fait entendre; mais elle aime toujours Maltitz, et quand elle sera mariée, il ne tiendra qu'à lui, prétend-elle, d'être son amant. Il y a longtemps qu'elle aime et qu'elle est aimée de Maltite ; elle a refusé plusieurs mariages par cette raison, elle a voulu même rester fille jusqu'à ce qu'elle pût épouser son amant; mais les défenses réitérées que ses parents lai ont faites de penser à ce jeune homme l'engageront ;à se marier pour vitre après avec lui.
Samedi; 7. — Au même.
J'avois quitté hier Charlotte, mon ami, pour aller à la répétition, où j'ai soupe. Le comte Mingden m'y pria de venir aujourd'hui souper à la campagne. Je fis ce que je pus pour m'en défendre, mais il m'en a prié avec tant d'instances que j'ai cédé.
Notre souper a été assez insipide. La Nélédinski et la Bariatinski étoient entièrement occupées par Léon et Mingden ; le reste de la compagnie n'étoit pas assez intéressant pour dédommager les tiers. La petite Troubetzkoï m'a fait mille agaceries, mais elle perd son étalage visà-vis de moi : quand on est amoureux, on cesse d'être valant même vis-à-vis toutes les femmes.
Lundi, 9. — Au même.
Le marquis de Juigné est malade, mon ami, et un peu sérieusement. A la suite de la fièvre tierce, il a voulu, selon son usage, sortir trop tôt; il sest attiré une colique, on la saigné, mais la fièvre subsiste depuis deux jours,