ANNEE 1777. — SAMEDI. :;8 JUIN
les portraits des souverains de l'Europe , qui sont très mal faits.
P. S. Le comte de Gothland a soupe ce soir chez M. de Lascy, qui avoit invité M. de Juigné. Il devoit souper ici demain, mais la maladie de notre ministre l'en empêchera. J'ai été un peu surpris de n'avoir pas été invité chez l'Espagnol. Il y a sans doute quelque raison politique qui s'y sera opposée; je l'ignore.
J'ai vu Nesserolde, avec qui je suis venu souper chez les Behmer. Il prétend être sûr que d'un emprunt de deux millions d'écus qu'a fait la Suède en Hollande, il n'en a paru que huit cent mille dans la nation; le reste est demeuré dans les coffres du Roy pour ses menus plaisirs.
Le souper du comte Lascy a été de trente-cinq personnes et assez gai. Le comte de Gothland étoit placé auprès de la comtesse Ivan Czernichef. et Mme de Bariatinski étoit entre les ministres d'Espagne et d'Autriche; on croit que le premier auroit envie de la cultiver. Il me semble que ce seroit une affaire de convenance.
Samedi. 28. — Au même.
La fièvre du marquis commence à m'inquiéter; il est extrêmement maigre et affoibli. Roggersonn'en paroît pas content, d'autant plus que l'hypocondrie s'en mêle, et je crains qu'il n'en soit ainsi que du comte de Lascy.
J'ai passé la soirée, mon ami, auprès de M. de Juigné, qui a causé avec assez de plaisir. Cette distraction paroît lui être nécessaire et le médecin la désire. On dit que le
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comte Lascy maigrit depuis qu'il est revenu; l'air de ce pays ne lui vaut rien, ou il a un fond de mélancolie qu'il ne peut dissiper. M. de Juigné craint que cela ne le décide à demander son rappel.
Quant à moi, je ne sais encore ce que je dois souhaiter, ou d'être placé, ou d'être ici chargé des affaires. Mais cela ne pourroit être à moins d'y avoir des appointemens de trente mille livres. Les simples appointemens du secrétaire de légation de Prusse (1), qui est payé le moins et qui n'est pas sur le même pied que moi, est de quatre à cinq cens roubles par an; et lorsqu'il est chargé d'affaires, il reçoit cent roubles par mois de la Cour et cent de son ministre : ce qui fait en tout près de trois mille roubles, n'étant tenu à aucun état de maison. Sabatier (2), qui tenoit ici une fort bonne maison, avec beaucoup de simplicité, avoit dix à douze mille roubles. Il est vrai que, quoiqu'il ne fût ici que chargé d'affaires, il étoit ministre du Roy à Liège et réunissoit ces deux places.
Hiittel, avec qui j'ai parlé de sa place et de ses appoinmens, m'a dit que , quoique secrétaire de légation nommé par la Cour, il n'avoit point de patentes, mais qu'on le nommoit seulement dans la lettre adressée au ministre. Le roy de Prusse, m'a-t-il dit, fait presque toujours lui-même ses dépêches, et ses ministres en Cours étrangères les lui adressent toujours directement. Souvent, quand il a fait chiffrer une dépèche, il ajoute en clair de sa propre main un post-scriptum qui découvre le
(1) CVlait alors Iliittel, dont il a déjà étù plusieurs fois question.
(2) Sabaticr de Cabre était arrivé à Pétcrsbourg le 5 août 1769, en qualité de cliargé d'affaires. 11 y était resté jusqu'au mois de septembre 1772, et avait été remplacé par le ministre Durand. Il a écrit un mémoire : Catherine II et sa Cour el la liussie en i772 (Berlin, Asher, 1869, in-8»), qui est malveillant i>our l'Impératrice. Celle-ci, d'ailleurs, n'était pas dupe des dispositions de Sabatier pour elle; elle le traitait de gueux et de menteur. (Cf. A. Uambaud, Ik'caeil des insii-uclions... Bussie, t. II, p. ii63.)